Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Extrait des débats de la commission élargie sur le budget de la mission Action extérieure de l'Etat, 7 novembre 2017


Monsieur le Ministre,
C’est un budget en stabilité plutôt positive que vous nous présentez aujourd’hui.
Dans le domaine diplomatique, les moyens financiers sont indispensables sans être du tout déterminants.
En substance, ce budget prévoit :
- un renforcement des moyens de sécurité,
- la poursuite de l’adaptation du réseau,
- une baisse de nos contributions aux organisations internationales et aux opérations de maintien de la paix,
- une baisse (-3%) des moyens des opérations de diplomatie d’influence.

Nul ne peut contester le renforcement des moyens de sécurité. La lutte contre le terrorisme et la part qu’y prend la France le justifient pleinement.
Mais, comme le budget n’est pas tout en diplomatie, il faut malheureusement souligner que les confidences publiées indûment au plus haut niveau de l’Etat posent problème à ce niveau.
Plus généralement, les déclarations tonitruantes du style va-t-en-guerre ne vont pas dans le sens de la sécurité des français et de la préservation des intérêts en France et dans le monde. Faire sans le dire est une vérité diplomatique qui n’est plus une caractéristique de notre pays.
La poursuite de l’adaptation de notre réseau est une action déterminée et bien menée qui conduit, non pas à un affaiblissement de notre diplomatie mais à sa plus grande efficience.
Sur les organisations internationales et les opérations de maintien de la paix, il faut clairement aller plus loin. Les organisations internationales sont en crise, le multilatéralisme n’est plus de mise : le concert des nations, à près de 200 Etats membres de l’ONU, sans chef d’orchestre et, le plus souvent, sans instrument est devenu une cacophonie que plus personne n’écoute, sans oublier le fait qu’une partie de la recette – les cotisations des « gentils membres » - est, dans des proportions non négligeables, volée par les « gentils organisateurs ».
La baisse des moyens des opérateurs de diplomatie d’influence est en revanche très regrettable.
Elle intervient au moment où la plupart des pays considère le « soft power » comme un axe essentiel de la diplomatie. C’est, au demeurant, un des moins coûteux et un des plus efficaces.
La France a d’immenses atouts dans ce domaine.
La langue et la culture française restent partout des valeurs sûres, un signe de distinction que les élites économiques, politiques et intellectuelles placent au premier rang.
Peu de gens parlent français aux Etats-Unis mais, dans ce pays, maîtriser notre langue, c’est, tout à la fois, s’afficher « uppercrust » et « high brow » (faire partie du « gratin » et des « intellectuels »).
Je dis parfois que Marcel Proust est mieux étudié et célébré aux Etats-Unis et au Japon qu’il ne l’est en France.
Nous nous montrons assez chiche pour conforter cette place unique de notre culture et de notre langue dans le monde.
Le français n’est pas, n’est plus ou n’a jamais été une langue véhiculaire mondiale mais il est encore une langue littéraire au rayonnement sans nul autre pareil.
Il y a des initiatives heureuses et peu coûteuses.
La création d’une librairie francophone, sur la 5e Avenue, à New-York, dans les anciens locaux de notre service culturel, est une excellente chose. J’avais suggéré l’idée, lors d’une séance de la commission des affaires étrangères, il y a de longues années, quelqu’un d’autre a eu cette même idée et surtout l’a mise en œuvre.
Ce qui est fait pour promouvoir la gastronomie française peut paraître anecdotique mais c’est essentiel : c’est un front diplomatique sur lequel nos positions sont menacées. L’enjeu est culturel, sociétal (faire du « French way of life » un modèle mondial) mais aussi économique si l’on pense à l’exportation de nos villes et à nos activités touristiques.
Quand je sais les efforts déployés par d’autres nations dans le soft power, je suis indigné par la faiblesse des nôtres.
La comparaison avec l’Inde, que je connais un peu, est frappant :
- Le yoga est devenu un des axes fondamentaux de la promotion de l’indianité dans le monde (Narendra Modi au Congrès des Etats-Unis évoquait les dizaines de millions de citoyens américains adeptes du yoga tout en soulignant, avec humour, qu’il ne demanderait pas de droits pour la propriété intellectuelle…).
- La réunion, dans chaque pays visité, non seulement des citoyens indiens mais de toute personne d’origine indienne, nous rappelle, par comparaison, que nous ne cherchons jamais à réunir les étrangers d’origine française qui sont 12 millions, rien qu’aux Etats-Unis… Nous ignorons superbement que Franklin Delano Roosevelt avait des origines françaises par sa mère (Delano est une simplification de De la Noye), comme nous ignorons que le plus grand entrepreneur de l’Inde, JRD Tata, développeur du groupe éponyme, était né en France, de mère française, et repose d’ailleurs au Père Lachaise…
- Nos efforts à regrouper et constituer un réseau des étudiants étrangers ayant fait leurs études en France restent insuffisants malgré le travail remarquable de Campus France.
- Les efforts considérables de promotion tel le programme « Namasté France » qui se déroule en ce moment. Inauguré le 15 septembre par un spectacle d’une exceptionnelle qualité, donné à la Grande Halle de La Villette, et qui se termine le 30 novembre à la Philarmonie de paris (je l’espère en présence d’un ou plusieurs membres du gouvernement).
Cette dimension du soft power, de la diplomatie d’influence est fondamentale. Il semble, et je le regrette, que ce ne soit pas une priorité de ce budget.
Bien évidemment, notre groupe approuvera le budget de cette mission.
Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 08/11/2016
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