Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

La pensée virale

11/03/2015
La pensée virale
La pensée virale prolifère dans notre monde de la communication.
Une sottise, un lieu commun, une contre-vérité, voire une manipulation ou encore un mélange aléatoire de tout cela apparaît un jour sur la toile comme un virus mute inopinément ou se forme dans un milieu vivant et, en quelques heures, se répand dans le corps planétaire de l’électronique.
Dans la vie biologique, le virus se répand avec difficulté : il faut passer d’un être vivant à un autre et parfois franchir la barrière des espèces, tandis que la « pensée virale » ne connaît ni l’un, ni l’autre et « l’épidémie » peut être immédiate et contaminer l’ensemble à une vitesse impressionnante puisque la transmission électronique est instantanée et que l’essentiel de nos objets électroniques sont interconnectés.
La métaphore du bouche à oreille paraît plus appropriée mais, là encore, ce phénomène bien connu, qui est sans doute aussi ancien que le langage articulé et qui a transmis depuis l’aube des temps humains une infinité de rumeurs infondées, présente trois différences essentielles avec la transmission électronique, tout simplement parce que le bouche à oreille est un phénomène éminemment humain et que la rumeur dans nos sociétés se répand par ce biais à une vitesse biologique et certainement pas électronique.
La diffusion est infiniment plus lente puisque toutes les bouches ne sont pas connectées instantanément à toutes les oreilles alors que tous les émetteurs électroniques sont potentiellement connectés à tous les récepteurs électroniques.
La rumeur évolue, se déforme plus ou moins à chaque transmission, s’alourdit de variantes ou d’anecdotes, se heurte à la barrière des langages avec tous les aléas qu’entraine, au-delà même des mots que l’on peut traduire, la différence des concepts et des contextes. La pensée virale électronique, même si elle est susceptible de quelques évolutions, a une vertu d’invariance considérable puisqu’elle est souvent transmise bien avant d’avoir été lue ou réfléchie.
Enfin, la rumeur peut rester souterraine sans jamais s’écrire. Si certaines rumeurs ont la vie dure, une capacité remarquable à resurgir, elles peuvent aussi disparaître sans laisser de traces. Il n’en est pas de même d’une pensée virale électronique.
Même absurde, même à l’évidence fausse, même si elle a fait l’objet de toutes sortes de rectifications raisonnables et documentées, il est totalement impossible de l’effacer de l’univers des mémoires électroniques dans laquelle elle demeurera tant que la dernière machine n’aura pas été détruite par quelque cataclysme planétaire.
Il est donc extraordinairement difficile de lutter contre une information inexacte, manifestement fausse dès lors qu’elle s’est répandue sur la toile.
Le projet de loi du gouvernement relatif aux compétences des collectivités territoriales prévoit une disposition qui permet à ces dernières qui gèrent directement une aire marine protégée d’instituer une redevance pour le mouillage des navires dans le périmètre autorisé de ces zones.
Les parcs marins sont gérés par l’Agence des aires marines protégées, établissement public de l’Etat, et ne peuvent par conséquent instituer une telle redevance, pas plus que les parcs nationaux marins qui sont gérés par les établissements publics de l’Etats spécifiques.
Les seules aires marines protégées gérées par une collectivité territoriale ou un établissement public de ladite collectivité sont plus que rares.
Deux se trouvent en Corse et une troisième dans les Pyrénées-Orientales.
S’agissant des Pyrénées-Orientales, il n’existe ni volonté, ni possibilité d’instituer une redevance de mouillage dans la réserve de Cerbères-Banyuls pour la simple raison qu’il n’y a pas de zone de mouillage forain abritée dans la réserve elle-même.
La réserve naturelle de Scandola, en Corse, interdit le mouillage nocturne dans l’ensemble de son aire, ce qui exclut automatiquement l’institution d’une redevance, tandis que les bateaux dans cette zone vont mouillent dans le golfe de Girolata qui se situe hors de la réserve naturelle.
En revanche, dans la réserve naturelle des bouches de Bonifacio, de très nombreux navires, et notamment beaucoup de navires de très grande taille, mouillent parfois pour plusieurs nuits dans les parties autorisées de la réserve.
Cette affluence est due, non pas au fait que le mouillage est taxé dans le parc de la Maddalena voisin, et contrairement à toutes les contrevérités répandues toujours taxé, mais parce que sans doute l’agrément du site est supérieur aux Lavezzi.
Pour ces grands navires, une redevance de quelques dizaines voire quelques centaines d’euros ne représente que fort peu de choses quand on connaît les budgets quotidiens de tels navires.
Ces très nombreux navires au mouillage posent problème dans une réserve naturelle. Faut-il pour autant interdire le mouillage ou rechercher un moyen terme en instituant une redevance dont le produit permettrait de mieux concilier préservation de l’environnement et accueil des plaisanciers ?
Ainsi, il appartiendra à la Collectivité territoriale de Corse, si la loi est votée, et après qu’un décret aura fixé un tarif, d’organiser des zones de mouillage et, après concertation, d’instituer une redevance qui ne concernera que les navires les plus importants et après concertation avec les parties intéressées.
Ces faits n’ont pas empêché que se répande l’idée que « toutes les aires marines protégées de France et de Navarre se verraient imposées l’institution d’une taxe universelle de 25 euros par mètre linéaire etc… » et, dans quinze jours ou un mois, quand il sera évident pour tous qu’effectivement la portée de la loi est extrêmement limitée et localisée, ceux qui ont répandu la rumeur, au lieu de reconnaître leur excès et leur erreur, affirmeront que c’est grâce à leur mobilisation et leur vigilance que la plaisance française a échappé à un péril mortel.
Commentaires (89) | Rédigé par Paul Giacobbi le 11/03/2015

Extrait du débat sur le projet de loi sur la Nouvelle organisation territoriale de la République, 3 mars 2015


Je dois dire que je suis à la fois surpris et flatté de l’importance prise par cet amendement. Il s’agissait à l’origine d’un amendement du Gouvernement, voté par le Sénat. Mais l’article ainsi créé a ensuite été contesté. Il l’a été en raison de sa rédaction, et certainement pas sur le fond, car il n’avait pas la signification qu’on lui a prêtée.

De quoi s’agit-il, en substance ? La loi permet à l’Assemblée de Corse de proposer un certain nombre de modifications législatives et réglementaires au Gouvernement et au Parlement. Dans ce cadre, il s’agissait de permettre à l’Assemblée de Corse d’instituer une taxe de mouillage dans les aires marines protégées de Corse, celles qui – j’y insiste – sont gérées par la collectivité territoriale de Corse, c’est-à-dire Scandola et Bonifacio.

M. Marc Le Fur. Je croyais que la collectivité territoriale de Corse ne pouvait pas lever l’impôt ?

M. Paul Giacobbi. Permettez, monsieur Le Fur, que je poursuive. Je rappelle que cette mesure a fait l’unanimité à l’Assemblée de Corse, et que M. Camille de Rocca Serra a déposé un amendement très proche du mien – même s’il ne sera pas présent pour le défendre. Je répète que l’Assemblée de Corse s’est unanimement déclarée favorable à ces dispositions – y compris M. de Rocca Serra et les membres de son groupe.

Comme d’habitude, par la suite, on nous a dit : « vous comprenez, il ne faut pas que cela ne concerne que la Corse. » Nous considérons, pour notre part, que cela ne doit concerner que la Corse, et certainement pas l’ensemble des aires marines protégées – que je connais un peu par ailleurs.

Si on interprète à l’extrême l’amendement déposé initialement par le Gouvernement – et déposé à nouveau par votre serviteur – le dispositif pourrait éventuellement être appliqué ailleurs. Encore que ! D’abord, pour en déduire cela, il faut vraiment solliciter le texte de cet amendement, puisqu’il concerne « les collectivités territoriales ou les établissements publics ». Des sous-amendements ont été déposés pour modifier cette formulation. Ensuite, cet amendement ne concerne que les seules collectivités territoriales « qui contribuent à la gestion d’une aire marine protégée ». Il s’agit donc de la collectivité territoriale de Corse et – je l’ai appris récemment : voyez qu’on en apprend toujours, et à tout âge – le département des Pyrénées-Orientales, qui gère la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls. Sous réserve que les sous-amendements que j’ai évoqués soient adoptés, ce sont là les seules collectivités qui seraient susceptibles d’instituer cette redevance.

Puisque les sous-amendements visent à limiter le dispositif à la Corse et à une réserve des Pyrénées-Orientales, quelle est la situation en Corse ? Il suffit d’y aller, au lieu d’en parler : le sud de l’île, notamment, connaît une prolifération de très gros navires – je parle ici, non de bateaux de dix à vingt mètres, mais de bâtiments mesurant jusqu’à cinquante mètres, voire davantage – qui, pour éviter d’être taxés en Sardaigne, viennent dans nos eaux, ce qui crée un problème ingérable.

M. François Pupponi. Des navires loués 700 000 euros la semaine !

M. Paul Giacobbi. Comment le régler avec des moyens relativement limités ? Soit vous interdisez tout, ce qui serait une erreur profonde, car cela remettrait en cause une forme de tourisme et nous n’avons pas dans nos zones portuaires – tant s’en faut – et même ailleurs la capacité de recevoir l’ensemble de ces navires. Soit nous essayons d’instituer une redevance. Tel est l’objet du débat. Nous n’avons jamais eu l’intention, ni de près ni de loin, de créer un impôt nouveau applicable à l’ensemble de la France, comme cela a été prétendu. En tout cas, le risque est écarté par les modifications apportées à la rédaction de l’amendement et par celles proposées par les sous-amendements.

Si Mme la présidente fait preuve d’une certaine indulgence à mon égard, ce qui me paraît illégitime mais appellerait néanmoins ma gratitude, je profiterai de cette intervention pour préciser qu’au-delà de la limitation du dispositif à la seule Corse et aux collectivités qui gèrent directement une aire marine protégée, nous avons également la possibilité de renvoyer à un décret, pris après concertation, la fixation du tarif de la redevance – de manière à ce que personne n’ait rien à craindre.

Il ne s’agit donc pas de taxer la plaisance dans toutes les aires marines protégées, mais de permettre (Exclamations sur certains bancs)…

Nous avons déposé des sous-amendements pour restreindre le champ du dispositif ! Si vous ne les lisez pas, permettez que je les présente ! Il est difficile d’accepter un procès d’intention de la part de ceux qui n’ont pas lus nos propositions.
Commentaires (207) | Rédigé par Paul Giacobbi le 04/03/2015

Mon intervention dans le débat sur le projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République, 20 février 2015.


Madame la ministre, il y a un principe de droit, mais aussi de morale, qui est : donner et retenir ne vaut.

L’assemblée de Corse s’est prononcée dans le détail, non pour que l’on retarde le calendrier mais au contraire pour qu’on l’accélère.

C’est une vieille affaire. La Corse, c’est 300 000 habitants, deux départements, une région. Napoléon n’avait fait qu’un département, équilibrant d’ailleurs les pouvoirs entre la Haute-Corse et la Corse-du-Sud – à l’époque le Golo et le Liamone. En 1975, on a créé deux départements, séparant à nouveau l’île. En 2003, à l’initiative du futur président Nicolas Sarkozy, qui connaît d’ailleurs parfaitement bien la Corse, un projet de fusion a été soumis par référendum à la population. Comme en Alsace, la réponse a été négative, pour des raisons d’ailleurs sans lien avec la question posée, j’y reviendrai. Les esprits, en tout cas, n’étaient pas prêts.

Par la suite, il y a eu des années de travail, à la fois juridique, politique et pragmatique. Nous sommes entrés dans les détails comme rarement une assemblée territoriale l’a fait. La ministre le sait bien d’ailleurs puisqu’elle a accompagné le mouvement, assisté à toutes les étapes…

Mme Marylise Lebranchu, ministre. Je confirme !

M. Paul Giacobbi. …et supporté stoïquement toutes les impatiences des uns et des autres, y compris les miennes, qui n’étaient pas les moindres.

À ce stade, deux points méritent d’être précisés.

Premier point, l’assemblée de Corse a souhaité qu’une consultation populaire ait lieu. Le problème – et c’est là que « donner et retenir ne vaut » – est qu’il ne faut pas tout confondre. Si nous n’introduisons pas une telle disposition dans le texte, nous repoussons la réforme aux calendes grecques. On trouvera toujours d’excellentes raisons pour la repousser à chaque fois ; on ne sera jamais suffisamment prêt. Or cela fait dix ans que l’on en discute, sans même parler de projets plus anciens.

Peut-on alors concilier les choses ? Il me paraît possible de poursuivre le processus législatif et la préparation de l’ordonnance tout en réfléchissant à l’organisation d’une consultation, dont il faudra bien tirer les conséquences mais qui peut se dérouler à n’importe quel moment, sans constituer un préalable.

Second point, le Gouvernement nous a indiqué que les élus de l’assemblée de Corse seraient associés à la rédaction de l’ordonnance. Je pense que vous nous le confirmerez le plus précisément possible. Il y a d’ailleurs un précédent. La loi sur le plan d’aménagement et de développement durable de la Corse – PADDUC –, adoptée sous la précédente majorité, avait fait l’objet d’un remarquable travail en commun entre l’assemblée de Corse et le gouvernement de l’époque, ce qui lui avait permis, si mes souvenirs sont bons, d’être votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale et le Sénat.

Camille de Rocca Serra a évoqué la Constitution. Grande affaire mais, si nous devons commencer par réviser la Constitution, ce qui, nous le savons, est parfaitement impossible, pour envisager la collectivité unique, c’est la repousser encore à des calendes que je n’ose qualifier.

La vérité, c’est que je ne renonce pas à ce que la Corse trouve sa place dans la Constitution de la République française, mais je vois bien que ce n’est pas possible à très court terme. L’îlot de Clipperton y est, avec deux lignes pour définir son régime juridique. Ce qui vaut pour les oiseaux marins et les petits mammifères peut valoir également pour la Corse, à tout le moins. Toutes les îles françaises sont dans la Constitution de la République française ! J’y tiens donc expressément, mais cela prendra effectivement un peu plus de temps.

Le ministre de l’intérieur et vous-même, madame la ministre, aviez dit à cette occasion qu’il fallait construire le lien de confiance.

Je tiens à vous remercier parce que vous faites partie de cette liste, assez longue d’ailleurs, de gouvernants qui, à travers les temps, ont aidé considérablement la Corse. Nicolas Sarkozy en fait partie, Joël Le Theule également, qui a institué la continuité territoriale. Soyez-en remerciée. C’est très rare en France de remercier quelqu’un, en Corse encore plus.
Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 03/03/2015
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