Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Cassandre

02/07/2014
Cassandre
Il existe encore dans notre monde financier des institutions publiques qui font leur devoir.
La BIS (Bank for International Settlements) qui est formée par les banques centrales vient de lancer un avertissement enjoignant à ses actionnaires de commencer à reconstruire un monde économique dans lequel la croissance serait fondée sur moins de dettes, où les autorités monétaires se borneraient à fournir la liquidité nécessaire aux transactions sans combler les trous abyssaux des banques ou alimenter une spéculation galopante, dans lequel enfin on restaurerait la confiance dans le système financier.
Comme c’est le destin de Cassandre, ceux qui se trouvent ainsi avertis répondent par le mépris et par des raisonnements spécieux.
La réfutation principale s’apparente à ce que j’appelle le syndrome de la chute du 50e étage : malgré l’évidence du danger et l’imminence d’une arrivée au sol potentiellement léthale, celui qui s’est inconsidérément jeté dans l’abîme pense que jusque-là tout va bien au moment même où il franchit le 15e étage.
Bien peu de commentateurs admettent que nous aurions mieux fait d’écouter la BIS il y a dix ans lorsque son responsable du département économique et monétaire, Claudio Borio, avertissait le monde des banquiers centraux des dangers de l’excès de liquidités que M. Bernanke et M. Greenspan distribuaient alors au taux de 1% malgré une croissance de 4%.
Si nous avions alors restreint la liquidité afin de contenir, voire de réduire les bulles spéculatives et de l’immobilier, si nous avions jeté un œil lucide sur les produits dérivés et décidé d’en réglementer l’usage avant que ces monstres financiers n’échappent à tout contrôle, nous aurions peut-être connu une période de relatif ralentissement de la croissance mais, renonçant à la fuite en avant, nous aurions évité la crise.
Revenir à la raison sera beaucoup plus douloureux aujourd’hui mais poursuivre dans la folie de l’expansion monétaire sans limite nous conduira inéluctablement dans une crise plus grave encore que celle de 2007.
Malheureusement aujourd’hui, ceux qui décident sont les banquiers et ceux qui payent sont les peuples puisque le pouvoir de créer la monnaie qui était le privilège des Etats est devenu l’apanage des banques qui, depuis plusieurs décennies ont de surcroît échappé à tout contrôle de telle sorte qu’il y a peu de chance que les banquiers centraux puisent écouter les avertissements de leur Cassandre.
Le retour de la crise n’est plus aujourd’hui une hypothèse mais une certitude. Plus nous tenterons d’en reculer l’échéance par la poursuite de la fuite en avant, plus nous aggraverons la violence avec laquelle elle nous frappera et les dommages qui en résulteront.
Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 02/07/2014
Les illusions perdues
Je ne sais pourquoi Arnaud Montebourg me fait penser à cet archétype ancien de l’arriviste que Balzac a immortalisé sous le nom de Rastignac…
Dans le cas particulier de notre Rastignac ministériel, la manière dont il traite de l’investissement et de l’emploi dans notre pays est particulièrement choquante.
La CNUCED indique dans un récent rapport que l’investissement étranger en France a chuté de 94% sur dix ans. Il n’atteint que 5 milliards d’euros en 2013 contre plus de 80 milliards d’euros annuels entre 2005 et 2007.
Cette contre-performance nous place parmi les derniers rangs des pays de l’OCDE pour l’accueil de l’investissement étranger, alors même que le chômage progresse chez nous quand il recule dans l’ensemble de l’Union européenne.
La récente farce d’Alstom et de General Electric est une illustration de cette politique de gribouille qui, prétendant nous conduire de succès en succès, nous fait dégringoler la pente chaque jour plus tout en faisant rigoler l’assistance.
General Electric est en France depuis des décennies, l’alliance GE-Snecma a permis à notre industrie nationale d’entrer dans la cour des grands des moteurs d’avion aux côtés de Rolls-Royce et de Pratt & Whitney et de vendre 22 000 turbines dans le monde entier, ce qui a entrainé la création de dizaines de milliers d’emplois dans notre pays.
Dès lors, la proposition d’un industriel de référence dont l’investissement en France a beaucoup profité à l’industrie et à l’emploi dans notre pays aurait dû être salué comme une chance à saisir et non comme une offensive à combattre.
Après avoir agité le fantasme du cow-boy américain venant prendre au lasso notre industrie nationale, notre Rastignac a dû admettre que sa « contre-proposition européenne » qui s’est d’ailleurs révélée japonaise entre temps ne tenait pas la route et que celle de GE était la seule envisageable.
Mais pour calmer l’amour-propre courroucé de notre ambitieux, il a fallu annoncer que l’Etat achèterait, pour la bagatelle de 2 milliards d’euros, une partie des actions d’Alstom détenues par Bouygues.
En réalité, GE conserve le niveau d’engagement de son offre initiale mais voit l’Etat se substituer à lui, à hauteur de 2 milliards, pour racheter les actions détenues par Bouygues. Ce n’est pas pour GE une punition mais une aubaine.
On a pris entre temps un décret grotesque sur le « patriotisme économique », concept emprunté à l’inénarrable Galouzeau, qui ne pourrait franchir la barre d’aucun tribunal ni en France, ni en Europe.
L’investissement étranger s’effondre : combien de dizaines de milliers d’emplois pourraient-ils être créés chaque année si l’on continuait à accueillir dans notre pays autant d’investissements étrangers qu’il y a dix ans ?
La France aime les Rastignac mais, pour rester dans la veine balzacienne, elle devrait aussi lire et relire « Les illusions perdues ».
Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 02/07/2014
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