Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Le vrai scandale

13/03/2014
George Canning
George Canning
Monsieur Copé et Madame Alliot-Marie exigent la démission voire le limogeage de Christiane Taubira en citant les grands principes de la République.
Comme l’avait dit Sir Robert Peel qui citait George Canning pour justifier son revirement à l’encontre de l’agriculture britannique : « le thème, l’orateur, la citation, quelle heureuse combinaison… ».
Car enfin, Christiane Taubira n’est pas accusée d’avoir détourné des fonds de la caisse de son parti, pas plus qu’elle ne peut se voir reprocher une collusion d’intérêts avec une dictature étrangère, tandis qu’elle est au fond critiquée pour ne pas avoir interdit aux juges de procéder à l’écoute de Nicolas Sarkozy, ce qui eût été contraire à la loi et aux principes d’indépendance de la justice.
Mais au-delà de ces enfumages qui se dissiperont au premier vent, il reste une vraie question, voire un vrai scandale dans cette affaire.
Comment est-il possible que l’on en soit venu à écouter judiciairement les conversations téléphoniques entre un avocat et son client. Je ne doute pas que la décision des juges ait été en partie justifiée dans le cadre d’une autre affaire tandis qu’il est clair que la Chancellerie n’avait pas le droit de contester cette décision.
Mais comment les juges ont-ils pu en arriver à cette situation qui méconnaît un principe universel et fondamental du procès équitable : le secret des échanges entre un avocat et son client.
Dans ce pays qui défend comme un principe sacré le secret des sources de la presse, comment est-il possible que l’on ait oublié que le secret professionnel des avocats est bien plus essentiel à la démocratie ?
En réalité, la confusion est telle en France que l’on en vient à considérer les droits de la défense comme secondaires et le pouvoir médiatique comme supérieur à l’autorité judiciaire.
La justice elle-même s’est soumise à la presse qu’elle utilise trop souvent comme un moyen de prendre à témoin l’opinion publique, violant allègrement un autre principe, celui du secret de l’instruction, sans lequel il ne saurait y avoir de présomption d’innocence.
Comme dirait un certain Cicéron, avocat de son état d’ailleurs : « Ô tempora, ô mores ! ».
Commentaires (8) | Rédigé par Paul Giacobbi le 13/03/2014

Droit international

13/03/2014
Droit international
Par un avis consultatif en date du 22 juillet 2010, la Cour internationale de Justice de La Haye a confirmé, à propos du Kosovo, sur la base du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, qu’une déclaration unilatérale d’indépendance d’une partie d’un Etat ne viole aucune norme du droit international.
C’est en substance ce que déclare aujourd’hui le parlement de Crimée pour justifier sa revendication d’indépendance et de referendum d’autodétermination à venir.
La vérité c’est que l’Occident ne peut jouer du droit international de manière réversible et ainsi défendre l’indépendance du Kosovo au nom du droit à l’autodétermination et réfuter ce droit en Crimée au nom de l’intégrité de l’Ukraine ou, plus exactement, l’Occident aurait dû penser aux conséquences que ses positions à l’appui de l’indépendance du Kosovo pouvaient avoir pour d’autres situations.
Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 13/03/2014
Governing the oceans
« The tragedy of the high seas », this is the title of an excellent paper published in The Economist on the 23rd February.
“Yet the state of the high seas is deteriorating. Arctic ice now melts away in summer. Dead zones are spreading. Two-thirds of the fish stocks in the high seas are over-exploited, even more than in the parts of the oceans under national control. And strange things are happening at a microbiological level.
The oceans produce half the planet’s supply of oxygen, mostly thanks to chlorophyll in aquatic algae. Concentrations of that chlorophyll are falling. That does not mean life will suffocate. But it could further damage the climate, since less oxygen means more carbon dioxide. (…)
… there should be more marine reserves. An eighth of the Earth’s land mass enjoys a measure of legal protection (such as national-park status). Less than 1% of the high seas does.”
Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 13/03/2014
Le cuirassé Potemkine
Le cuirassé Potemkine
Cent soixante ans après le début de la grande guerre de Crimée qui opposait la Turquie, la France, la Grande-Bretagne et le Royaume de Sardaigne à la Russie, voici que se profile un nouveau conflit dont on espère qu’il restera uniquement diplomatique, entre les européens et la Russie presque pour les mêmes raisons !
La Russie est un immense pays maritime mais la quasi-totalité de ses côtes, de Vladivostok à la Baltique, sont prises par les glaces une grande partie de l’année, ce qui confère au débouché de la Mer Noire une si grande importance pour elle.
La Crimée a été conquise par la Russie à la fin du XVIIIème siècle qui en a fait une base navale essentielle. Cependant, les Britanniques n’ont eu de cesse d’interdire que les navires de guerre russes puissent franchir les détroits reliant la Méditerranée à la Mer Noire tout en faisant en sorte que leurs propres navires puissent être autorisés par les Turcs à entrer dans la Mer Noire.
La guerre de Crimée a été faite pour limiter les velléités d’expansion de la Russie au détriment d’un Empire ottoman en plein déclin mais aussi et surtout pour imposer que la Russie ne puisse accéder à la Mer Méditerranée. Ce principe a été consacré par le Traité de Paris de 1856 et il a fallu attendre la Convention de Montreux en 1936 pour qu’à nouveau les navires de guerre des puissances souveraines de la Mer Noire puissent passer les détroits, sous réserve de notification à la Turquie.
Si la Crimée a pu, lors de l’indépendance de l’Ukraine en 1991, être rattachée à cette ancienne République socialiste soviétique alors même qu’elle est essentiellement russophone, c’est parce qu’en 1954 la Péninsule de Crimée avait été attribuée à la République socialiste soviétique d’Ukraine par décision de Khroutchev qui était originaire d’une région très proche de l’Ukraine et qui avait longtemps exercé des responsabilités très importantes en Ukraine.
Cependant, l’attribution de la Crimée à l’Ukraine ne s’est pas faite sans garanties importantes au bénéfice de la Russie. La Crimée est en effet une province autonome d’Ukraine, disposant de son propre Parlement et de son propre gouvernement tandis que la Russie dispose d’une base navale importante à Sebastopol.
Nous nous trouvons donc au cœur d’une question stratégique et politique complexe : la Crimée fait partie de l’Ukraine mais, étant une province essentiellement russophone, dispose d’un statut de très large autonomie au sein de l’Ukraine tandis que la Russie dispose à Sebastopol d’une grande base navale qui lui permet d’accéder à la Méditerranée même si cet accès est contrôlé juridiquement et militairement par la Turquie, membre de l’OTAN.
Le droit, celui des peuples à disposer d’eux-mêmes, comme celui qui veut que les traités doivent être respectés par les parties qui les ont signés font que la question de la Crimée n’est pas aussi simple que la presse occidentale veut bien le dire.
Si demain un référendum demandait aux populations de Crimée, essentiellement russophones, s’ils préfèrent être russes ou ukrainiens, la réponse ne fait guère de doutes, tandis que la Russie a effectivement le droit de disposer d’une base navale essentielle en Crimée.
Bien entendu, l’appartenance de la Crimée à l’Ukraine a été reconnue par le monde, y compris la Russie, et ne peut valablement être remise en cause même si la Russie a aussi des droits dans cette affaire sur la base du Traité qui lui permet de disposer d’une base navale et du fait que les populations de Crimée sont russophones.
Comme souvent donc, la situation actuelle de la Crimée est complexe tandis que le statu quo qui prévalait jusqu’à la crise actuelle était établi sur la base d’un compromis, de même que le droit applicable aux détroits du Bosphore et des Dardanelles est le produit d’une histoire complexe et sanglante qui aboutit à un régime de droit et de fait qui fait exception juridiquement et militairement au principe général du droit international maritime selon lequel doit prévaloir une libre circulation dans les détroits.
On ne peut juger sommairement ce qui se passe aujourd’hui dans cette partie du monde sans connaître l’histoire des deux derniers siècles qui a abouti à ce que l’on pourrait appeler le « compromis de la Mer Noire » et l’on ne pourra garantir la paix dans cette région qu’en respectant ce compromis ou en en inventant un autre à la satisfaction des parties et, au premier chef, de la Russie.


Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 05/03/2014
Paul Giacobbi - Photo officielle

Consultez le blog de Paul Giacobbi sur votre mobile !


Les dernières notes
Communiqué 20/02/2017
Pace e Salute ! 10/01/2017
Toutes les archives