Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Mon explication de vote sur la proposition de loi sur la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, 28 janvier 2014


Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, le duc de Guise, dit-on, paraissait plus grand mort que vivant. De la même façon, le débat que nous avons eu sur les langues de France démontre que ces langues, sinon mortes du moins mourantes, paraissent encore menaçantes à certains d’entre nous. Le débat a permis une clarification juridique et linguistique. Juridique, parce que la portée d’une ratification, telle qu’elle a été définie par la France, a été précisée. Je n’y reviendrai pas, me contentant de me référer aux explications de notre rapporteur, Jean-Jacques Urvoas – vous conviendrez que j’eusse pu choisir plus mauvais maître. (Sourires.)

Il a été rappelé que le Conseil constitutionnel ne pouvait censurer les révisions constitutionnelles.

M. Guy Geoffroy. C’est normal !

M. Paul Giacobbi. Vous me direz que cela va sans dire, mais ce qui va sans dire va encore mieux en le disant…

M. Jean Glavany. Pas toujours, cher collègue !

M. Paul Giacobbi. …et, après avoir entendu le débat, il ne me paraît pas superflu de le dire une fois de plus. De même, il ne me paraît pas légitime d’évoquer je ne sais quel principe supraconstitutionnel auquel on ne saurait déroger, même dans le cadre d’une révision. Comme je l’ai dit lors du débat, les lois fondamentales du royaume n’existent plus ; c’est heureux, et je renvoie ceux qui les évoquent encore, sans savoir de quoi ils parlent, à leurs fantasmes carolingiens.

M. Jean-Luc Laurent. Du calme !

M. Paul Giacobbi. Je dois dire que je suis très choqué, quand il est question des principes fondamentaux des lois de la République, d’entendre encore certains de nos collègues évoquer des principes ou des règles que des juridictions, fussent-elles supérieures, voire prétendument suprêmes, auraient édictés. Je rappelle que notre droit prohibe les arrêts de règlement depuis 1789 et que s’il est un principe sans lequel il n’est point de Constitution, c’est celui de la séparation des pouvoirs, au nom duquel un juge ne peut disposer pour l’avenir, pas plus en un avis qu’en un arrêt.

M. Jean Glavany. Eh oui, c’est l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme !

M. Paul Giacobbi. Sur le plan linguistique, le débat a rappelé la beauté, la richesse, l’histoire et le présent des langues de France. Il a rappelé aussi le prix Nobel de littérature décerné en 1904 à Frédéric Mistral – trois ans après le premier reçu par un autre écrivain français, Sully Prudhomme – et tout ce que la littérature française et francophone doit à ces écrivains qui n’avaient pas appris le français au berceau. Je ne citerai qu’un seul de ces auteurs, plus surprenant encore que les auteurs francophones d’origine antillaise, africaine, chinoise ou roumaine, à savoir Michel de Montaigne, qui a dit lui-même n’avoir appris le français qu’à l’âge de sept ans.

M. Jacques Myard. Ça l’a amélioré !

M. Paul Giacobbi. Je ne saurais dire, mon cher collègue, mais j’ai du respect pour Montaigne, qui écrivait d’ailleurs aussi merveilleusement en italien qu’en français.

Enfin, le débat a montré, avec toute la lucidité qui s’impose, que la ratification, loin d’être une révolution, et moins encore la promesse d’une renaissance pour nos langues, n’était qu’un moyen modeste parmi tant d’autres, ou le début d’un travail – d’une thérapeutique, pourrait-on presque dire – permettant d’espérer une survie. Car les langues de France ne peuvent se contenter d’être un élément du patrimoine, un vestige du passé qu’il faut conserver à la manière d’un monument historique et que les lois ne permettent pas d’utiliser, tel un château fort dans sa fonction primitive.

Cette évolution est attendue dans toute la France. Je vous le demande très humblement, mes chers collègues : ne prenez pas ce vote à la légère – je suis sûr que personne ne le fera – et surtout, que chacun d’entre vous prenne conscience que, pour la France, ne pas reconnaître ses propres langues, secrétées par son territoire et ses enfants au fil des siècles, c’est condamner le français à subir le même sort au plan international.

M. Bernard Accoyer. N’exagérons pas !

M. Paul Giacobbi. Il y a quelques jours, je suis passé près du monument aux morts de mon village. Si ce village a pour nom Venacu en corse, je vous en parlerai en l’appelant Venaco, car je suis obligé de prononcer son nom en me référant à la graphie utilisée par un agent voyer du XVIIIe siècle qui ne connaissait ni le corse ni le toscan, et parlait sans doute fort mal le français. Comme tout monument aux morts, ce monument est chargé de noms d’enfants de France morts pour la patrie de 1914 à 1918, alors même que, pour la plupart d’entre eux, ils ne parlaient que bien peu et bien mal le français, qu’ils n’avaient pas appris à la naissance. Cependant, je ne permettrai à personne de dire qu’ils n’étaient pas des enfants de France, ni même de nier qu’ils étaient, en leur temps, les meilleurs d’entre eux.

Un siècle plus tard, c’est pour toux ceux qui parlent encore ces langues, tous ceux qui n’ont pu les apprendre, tous ceux qui ont été conditionnés par l’idée absurde et dégradante selon laquelle elles ne seraient que des langues inférieures – comme il existerait, selon les idées, aussi affreuses que nauséabondes, que véhiculent certains, des « races » ou des peuples inférieurs –, que vous devez voter cette proposition de loi – ce que vous allez faire, je n’en doute pas. (Applaudissements sur les bancs du groupe RRDP et sur plusieurs bancs des groupes SRC, UDI, écologiste et GDR.)
Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 28/01/2014

Langues régionales

23/01/2014

Mon intervention lors de l'examen de la proposition de loi constitutionnelle en faveur de la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, 22 janvier 2014


Monsieur le Président,
N’est-il pas malheureux que nous soyons contraints d’organiser un tel débat afin de rendre possible constitutionnellement l’adoption de dispositions qui ne posent guère de difficultés partout ailleurs en Europe à l’exception de la Turquie et qui d’ailleurs font l’objet dans le monde entier, en tout cas dans le monde démocratique, d’un très large consensus ?
Depuis vingt ans, à l’encontre de ce qui devrait aller de soi, la reconnaissance du droit de s’exprimer librement dans la langue de ses ancêtres ou celle que l’on a apprise au berceau ou celle encore qui est de tradition dans la région où l’on habite, on a vu s’exprimer dans une grande confusion révélatrice d’abîmes d’ignorance, trois catégories d’arguments qui s’apparentent respectivement au droit, à la linguistique et au fantasme.
Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 23/01/2014
Médiateurs, autorités, observatoires, conseils…
Chaque année, pour ne pas dire chaque semaine, voit la création d’un nouveau bidule administrativo-participatif doté de pouvoirs plus ou moins définis sur un domaine de compétence relativement précis.
Une observation de la zoologie administrative française contemporaine permet de distinguer parmi les très nombreux spécimens de ces animaux indéterminés, quatre catégories principales : les autorités, les observatoires, les médiateurs et les conseils.
Le corps de la bête est toujours sur le même modèle : une tête très âgée, parfois à la limite de la dégénérescence sénile, accolée à un corps juvénile, sans véritable expérience de la vie réelle… c’est-à-dire que l’on met à la tête de ces bestioles proliférantes, des personnes parfaitement honorables mais ayant depuis longtemps dépassé l’âge légal de la retraite tandis que le corps de ces organismes est formé de jeunes gens et de jeunes filles, frais émoulus de l’enseignement supérieur, sans compétence particulière sur le sujet, sans formation adaptée et sans expérience à laquelle se référer.
Il s’agit généralement de reprendre sous un autre nom des tâches déjà exercées par les institutions de droit commun, lesquelles continuent d’ailleurs d’exercer leurs fonctions voire d’accomplir l’essentiel des tâches pourtant dévolues par la loi à la nouvelle création.
Dans un certain nombre de cas, le nouveau-né meurt très vite après que sa naissance ait été annoncée à grand renfort de publicité. Souvent, il change de nom avant l’âge de raison, parfois enfin il est remplacé en bas âge par un jumeau que l’on rebaptise aussitôt.
L’indice de satisfaction du public, l’appréciation que l’on peut porter objectivement sur l’utilité de ces micro-machins est universellement défavorable : au mieux ils ne font rien, au pire leur activité est toxique, la plupart du temps ils agissent en doublon de ce qui existe déjà et fonctionne de manière plus pertinente, dans tous les cas, c’est une gabegie.
Il arrive que dans un souci mal placé de solennité, comme pour frapper les esprits faibles de nos concitoyens, on dote ces nouveau-nés ou ces éternels adolescents d’un qualificatif tendant à les élever ou à les élargir. Il s’agit en quelque sorte d’une caste supérieure qui donne droit suivant les cas à l’adjectif « haut » ou à la reconnaissance de son caractère « général ».
Ces adjectifs sont particulièrement inappropriées puisque depuis la Révolution française, on n’admet plus que l’on puisse être « haut et puissant seigneur » tandis qu’il est stupide de qualifier de « général » des organismes qui, par définition, ont une vocation spécialisée.
Ces créations compulsives reposent du deux motivations à peine dissimulées : amuser la galerie et placer des copains.
Tout cela coûte beaucoup d’argent, alourdit la mécanique déjà complexe et poussive de la République, abaisse le citoyen au rang de manant ou de trouffion face à tant de « hauts » et de « généraux », contribue à ruiner nos finances et n’a d’autre utilité que d’alimenter la médiocre chronique des petits scandales ordinaires.
Une étape ultime de ce processus délétère se profile dans nos lieux politico-administratifs. Il manque encore, pour couronner cette cathédrale baroque flamboyante, une manière d’organisme suprême, une sorte de reine-mère secrétant le nectar digne de nourrir les dieux de la France d’en haut : un « haut conseil général de l’observation, de la médiation et de l’autorité ».
Je ne pense pas en tout cas qu’il faille attendre du nouveau « haut conseil stratégique de la dépense publique » qu’il donne dans tout ce fatras le coup de balai général qui s’impose car il s’abstiendra bien entendu de balayer devant sa porte.
Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 17/01/2014

Vaudeville

14/01/2014
Cosi fan tutte, Photo by Marty Sohl/Metropolitan Opera
Cosi fan tutte, Photo by Marty Sohl/Metropolitan Opera
L’actualité tourne au vaudeville comme il n’y avait pas de sujets graves et qui nous concernent tous pour nous intéresser à des sujets plus légers et qui ne nous regardent en aucune manière…
En réalité, le vaudeville désignait d’abord une chanson normande née dans le Val-de-Vir qui par déformation lui a donné son nom. Cette chanson satirique évoquant les vicissitudes de la vie privée a fait écrire à Boileau :
« D’un trait de ce poème en bons mots si fertiles,
Le français, né malin, forma le vaudeville :
Agréable indiscret, qui, conduit par le chant,
Passe de bouche en bouche et s’accroît en marchant. »
« Passe de bouche en bouche et s’accroît en marchant… » comme le fait qu’un appartement, loué par une dame qui fut en ménage avec un monsieur corse ayant des démêlés avec la justice, devient de proche en proche une propriété du milieu insulaire.
La publicité faite autour de cette affaire est regrettable car elle appartient à la vie privée.
Ce n’est cependant pas une nouveauté que cette publicité faite autour de la vie privée des dirigeants politiques et j’ai déjà cité ici le mot de Jules Cesar, répudiant Pompeia Sulla, sa femme, au motif que « la femme de Cesar ne doit pas être soupçonnée… »
Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 14/01/2014

La nausée

07/01/2014
Que l’on puisse aujourd’hui faire rire les spectateurs, voire susciter une sorte d’adhésion sectaire avec force réseaux sociaux où, dans l’anonymat des pseudonymes, s’échangent des propos monstrueux tandis que l’on défie la loi et la simple dignité humaine en pratiquant un geste obscène auquel on a donné une signification antisémite que l’on est allée jusqu’à exprimer face à l’école toulousaine où Mohammed Merah avait assassiné des enfants.
Il existe deux moyens concurrents de lutter contre ce genre de perversion : la répression judiciaire et le traitement psychiatrique.
Que les autorités de la République fassent en sorte que ces deux réponses soient apportées aux questions que pose M. M’Bala et ses séides. Mais que l’on cesse, de grâce, de rentrer involontairement dans leur jeu de provocation et de promotion qui confère aujourd’hui à cet individu une notoriété nationale et internationale que ses talents ne lui auraient jamais permis d’espérer.
Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 07/01/2014
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