Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Le compte-rendu de la réunion de la commission des affaires étrangères que j'ai présidée, le 17 avril 2013.


Audition de Laurent Fabius
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http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cafe/12-13/c1213053.asp#P5_47 http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cafe/12-13/c1213053.asp#P5_47

Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 24/04/2013

Mon intervention en séance, le 23 avril 2013, à propos de cette figure imposée.


Monsieur le président, mes chers collègues, soumettre le programme de stabilité à la commission de l’Union européenne est ce que l’on appelle une figure imposée. C’est un exercice acrobatique par lequel nous allons faire semblant de démontrer que nous sommes capables de respecter cette règle, ce qui est d’ailleurs au-delà des limites du possible.

Si par extraordinaire nous y parvenions, il en résulterait une aggravation de nos problèmes, et non une amélioration. En outre, cette règle se fonde sur une théorie statistique reposant elle-même sur une erreur arithmétique et une faute méthodologique élémentaires. Avant d’aborder la réalité des perspectives économiques internationales et françaises, je voudrais vous exposer brièvement l’origine de la fable, ou du mythe.

Il était une fois – toutes les fables commencent ainsi –, deux économistes distingués – les économistes sont toujours distingués et les juristes éminents –, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff,…

Mme Valérie Rabault. Ils se sont bien trompés !

M. Paul Giacobbi. …qui observaient les statistiques de croissance des économies et de solde des finances publiques depuis de très longues années, ce qui devait être d’un ennui extraordinaire. Un jour, une bonne fée leur fit découvrir une corrélation selon laquelle, à moyen et à long terme, plus les comptes publics étaient équilibrés, plus forte était la croissance. Encouragés par la fée et alléchés par les propositions de leurs éditeurs, ils publièrent, après quelques publications académiques, un livre austère et ennuyeux, truffé de tableaux statistiques, d’analyses et de conclusions moralisantes, sous le titre prétentieux de This time is different.

La fée les gratifia d’un autre miracle : celui d’un tirage inespéré pour un ouvrage aussi indigeste. J’ai lu ce livre en 2011, et j’ai surtout été frappé par le fait qu’il était fondé sur une coupable confusion entre la corrélation et la causalité. Ce n’est pas en effet parce qu’un événement est toujours suivi statistiquement par un autre que l’un entraîne nécessairement l’autre dans tous les cas de figure, et c’est la raison pour laquelle les liens de causalité entre le solde des finances publiques et la croissance sont, comme toujours en économie, complexes et paradoxaux. Ce serait aussi stupide que de croire que ce qui entraîne les turbulences dans un avion de ligne, c’est le fait d’allumer le petit panneau où il est marqué : « Attachez vos ceintures » ! Quand on l’allume, c’est en général en prévision de turbulences.

Toujours est-il que les hommes politiques, marqués par le syndrome de la contrition et de la punition, ont accueilli ce livre comme la démonstration scientifique que leurs instincts restrictifs les entraînaient dans la bonne voie de la prospérité économique. L’Europe s’est donc lancée dans l’expérimentation de cette théorie, qui a donné ce que tout calcul macroéconomique élémentaire aurait laissé prévoir : dans une période de récession, plus on restreint la dépense publique, plus on approfondit la récession, moins on a de recettes fiscales et plus on alourdit le solde négatif des finances publiques. Cela rappelle ce qu’avait dit John Kenneth Galbraith à propos du regretté Milton Friedman : « Milton’s misfortune was that his policies had been tried. »

M. Charles de Courson. Excellent, mais l’accent est un peu corse ! (Sourires.)

M. Paul Giacobbi. On pourrait aujourd’hui répéter quasiment la même phrase : le malheur de Reinhart et Rogoff, c’est que leur théorie a été expérimentée. Mais il y a pire : ces professeurs ont voulu démontrer qu’il existait un chiffre magique. Les économistes sont très fanatiques du chiffre magique, surtout lorsqu’ils n’ont pas grand-chose à dire sur le plan théorique. Rogoff et Reinhart ont cru découvrir qu’au-delà de 90 % de ratio de dette publique par rapport au PIB, un pays s’enfonçait inéluctablement et définitivement dans la récession. Malheureusement, ces calculs savants avaient probablement été sous-traités à des thésards besogneux et négligents à moins que les distingués professeurs aient, comme votre serviteur, de considérables difficultés avec les programmes de tableurs, puisqu’en raison d’une malheureuse confusion entre moyenne et médiane, ils ont mis en évidence un chiffre magique qui n’existe pas – ce qu’ont récemment démontré trois chercheurs de l’université du Massachusetts Amherst.

Entre-temps, l’inénarrable Olli Rehn, grand penseur économiste en chef de l’Europe, avait affirmé sa foi dans la règle des 90 % en citant comme sa bible le livre des deux professeurs que, comme beaucoup de prédicateurs zélés, il avait négligé de lire jusqu’au bout, ce qui l’aurait déjà amené à tempérer son enthousiasme car les conclusions du livre et surtout celles des papiers académiques qui l’avaient précédé sont tout de même plus nuancées que la caricature que l’on en a tirée.

Voilà donc l’origine du mythe : une confusion primaire entre causalité et corrélation, une faute épistémologique très fréquente mais pas excusable pour autant, et une erreur de manipulation d’un programme de tableur, très fréquente chez les économistes et d’ailleurs aussi chez les climatologues, deux catégories de scientifiques souvent brouillés avec la statistique élémentaire.

Mais les mythes ont la vie dure, et je suis persuadé que celui-là survivra non seulement à la démonstration mathématique des erreurs sur lesquelles il se fonde, mais même à l’expérimentation en grandeur réelle qui amènera l’effondrement économique, social et politique de plusieurs nations, peut-être d’un continent entier.

S’agissant des réalités, je suis stupéfait que dans un tel programme de stabilité, on n’évoque même pas les deux risques majeurs qui affectent aujourd’hui l’économie mondiale, à savoir la remontée des taux d’intérêt sur les obligations publiques et l’éclatement des bulles financières et immobilières en Chine.

S’agissant des taux d’intérêt, nous nous réjouissons dans nos malheurs, depuis 2007, de la faiblesse des taux sur les obligations publiques. Les États affichent leurs taux d’emprunt très bas comme une preuve de confiance du monde financier, argument qu’ils opposent au mythe rigoriste, même s’il est tout aussi fallacieux que ce dernier. Or si les États bénéficient encore de taux très bas, c’est pour deux raisons simples : la première, c’est qu’ils empruntent à très court terme depuis 2007 ; la seconde, c’est qu’en période de troubles et de risques, les marchés préfèrent ne rien gagner avec des obligations publiques que de risquer beaucoup avec des obligations privées ou des actions.

Le problème avec les emprunts à court terme, c’est qu’il faut les rembourser rapidement. Ainsi, les États-Unis d’Amérique vont devoir, au cours de cette année 2013, rembourser la somme pharaonique de 4 000 milliards de dollars parce que les emprunts d’État viennent à échéance pour ce montant au cours de cette année. 4 000 milliards de dollars, c’est 25 % du PIB, soit beaucoup plus que ce qu’ils avaient dû rembourser l’an dernier ou l’année d’avant. C’est aussi beaucoup plus que le solde annuel du budget fédéral, qui est de l’ordre de 1 000 milliards de dollars. La banque centrale américaine, la Fed, pourrait évidemment souscrire les trois quarts de cette somme, mais cela lui ferait en une seule année doubler son bilan qui a été déjà multiplié par trois depuis 2007 ! Il est passé de 1 000 milliards à 3 000 milliards, et il faudrait alors passer 3 000 milliards à 6 000 milliards.

Je me souviens d’un article, paru il y a quelques années déjà, de Josef Stiglitz, un économiste pas très orthodoxe – un hyperkeynésien dans la pire acception du terme –, qui s’inquiétait portant déjà de l’excès des achats de bons du Trésor par la Fed ! Cette voie sera peut-être partiellement utilisée : elle conduirait non pas à l’inflation, mais à une augmentation folle de la masse spéculative, celle qui a entraîné la crise économique de 2007, dans des proportions cette fois-ci encore plus spectaculaires. Je signale au passage que ce que fait aujourd’hui la banque centrale japonaise en monétisant la dette publique, jusque-là financée par l’épargne nationale, n’a rien à voir avec le sujet, même si à court terme cela fait curieusement baisser les taux des bons du Trésor dans l’ensemble de l’Asie et même aux États-Unis.

Par ailleurs, vous avez tous constaté depuis quelques mois la remontée des valeurs mobilières sur les bourses d’actions et l’appétit retrouvé – et inquiétant – des marchés financiers pour les produits structurés, ce qui signifie que cette appétence pour des placements privés rend d’autant moins disponibles des financements pour les obligations publiques. De ces deux phénomènes, il devrait mécaniquement résulter une augmentation des taux d’intérêt sur les obligations publiques. La dernière fois que cela s’est produit, très brutalement d’ailleurs, c’était en 1994 et l’augmentation avait été de quatre points – devant le chœur des vierges qui disaient évidemment, comme toujours, que cela n’arriverait pas. Si cela se reproduisait aujourd’hui, il en coûterait, au bout de quelques années seulement en raison du taux de renouvellement actuel des emprunts américains, 600 milliards de dollars par an aux finances publiques des États-Unis, ce qui changerait la nature des choses.

Par ailleurs, l’explosion de la bulle du shadow banking ou celle de l’immobilier en Chine, qui représentent là aussi des montants assez pharaoniques, est sans doute un risque moins important mais qui ferait que la crise toucherait en même temps l’Asie et le monde occidental.

Dans ces conditions, présenter comme certaine une perspective de reprise progressive à partir de 2014 me paraît irréaliste.

S’agissant de la France, il faut saluer les efforts en termes de compétitivité et de flexibilité, qualitativement et quantitativement sans précédent dans notre pays. Depuis dix ans que je siège ici, je n’ai pas remarqué qu’on ait jamais fait les mêmes efforts de compétitivité et de flexibilité. On en a parlé, on l’a promis, mais il faut reconnaître que c’est ce gouvernement qui les réalise, peut-être insuffisamment mais de manière tout de même déjà significative. Mais ces efforts ne nous permettent pas de rattraper l’écart de compétitivité qui s’était creusé, dès avant la crise, avec l’Allemagne, et celui qui s’est creusé plus récemment avec les pays européens les plus durement touchés par la crise financière et qui font, par la force des choses, des efforts de compétitivité désespérés. Cela veut dire que la France n’est pas encore en état de bénéficier d’une reprise internationale, en tout cas pas autant que ses voisins de la zone euro.

Dès lors que peut faire le Gouvernement ? Prendre le contre-pied du mythe de la stabilité et se lancer, seul contre tous, dans une politique de relance massive ? Cela nous conduirait à la faillite dans quelques mois. Essayer de peser avec d’autres pays européens pour desserrer l’étau d’une orthodoxie budgétaire pernicieuse à court terme ? Certainement, et c’est ce que fait d’ailleurs le Gouvernement. Je constate que les discours s’infléchissent à cet égard en Europe, que les affirmations péremptoires se nuancent. Même M. Barroso, qui prévoyait en 2008 que la crise ne toucherait pas l’Europe, réalise l’ampleur du désastre provoqué par une politique budgétaire imposée à la zone euro et qui aggrave la crise financière.

M. le président. Il faut conclure, mon cher collègue.

M. Paul Giacobbi. Pour toutes ces raisons, le groupe RRDP, avec les nuances que j’ai exposées – sans nuance aucune – approuvera majoritairement la déclaration du Gouvernement. (Applaudissements sur les bancs du groupe RRDP et sur plusieurs bancs du groupe SRC.)

Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 24/04/2013

BoJ

18/04/2013
BoJ
Le titre de ce billet désigne la banque centrale du Japon dont le lecteur doit se demander en quoi elle pourrait influencer l’actualité nationale ou régionale.
Pourtant, la révolution culturelle que vient de lancer cette banque centrale apportera peut-être une réponse à la très grande inquiétude du moment sur l’éventualité d’une augmentation des taux d’intérêt sur les obligations publiques tout en faisant peser sur l’économie mondiale de nouveaux risques à plus long terme.
Dans un récent billet intitulé « Les fantômes de 1994 », j’avais émis l’hypothèse, toujours d’actualité, selon laquelle nous pouvions craindre une augmentation brutale des taux d’intérêt sur les obligations publiques, c’est-à-dire sur les emprunts émis par les Etats. Si, en effet, le volume de ces emprunts augmente brusquement cette année parce que ces Etats, depuis le début de la crise ont emprunté beaucoup plus massivement qu’auparavant et à plus court terme, tandis que les marchés financiers et les obligations privées paraissent plus attractifs, cela entrainera mécaniquement une forte augmentation des taux d’intérêt que devront payer les Etats pour emprunter dans le public. Cette augmentation pourrait être de l’ordre de quatre points, ce qui représenterait, à terme pour le Trésor public américain une charge supplémentaire de 600 milliards de charges par an et pour la France une charge de 80 milliards par an.
Le seul moyen d’éviter cela serait évidemment que les banques centrales se mettent à acheter encore plus massivement qu’auparavant des emprunts publics, provoquant une immense création monétaire supplémentaire qui entretiendra, non pas une poussée inflationniste mais une aggravation des phénomènes spéculatifs dans un monde déjà gravement déstabilisé par une folle spéculation.
En tout état de cause, l’annonce de la Bank of Japan (BoJ) qu’elle souscrira désormais des bons du Trésor de son pays à hauteur de 75 milliards de dollars par mois est évidemment un phénomène qui entraîne dans toute l’Asie des effets sur les émissions publiques et même aux Etats-Unis puisqu’on a constaté une diminution sensible et corrélative des taux de souscription des bons du Trésor américain.
Tout cela peut paraître affreusement technique et ésotérique mais témoigne de la folie ou, plus exactement, de l’état de dépendance qui fait reposer la survie économique de notre monde sur des décisions qu’un esprit ordinaire, animé par le sens commun, pourrait objectivement qualifier de folles.
La dette par habitant du Japon est l’une des plus élevées au monde. Elle est couverte aujourd’hui par l’épargne japonaise qui déposée dans le système financier japonais, en particulier à la poste, finance à peu près totalement les émissions massives d’emprunts publics.
La décision de la BoJ de souscrire des bons du Trésor ne correspond donc à aucun besoin de financement de l’Etat japonais mais à une volonté macro-économique : il s’agit non plus de financer l’emprunt public par l’épargne mais par la création monétaire et sans doute de permettre à l’épargne ainsi libérée de financer l’investissement dont la croissance économique japonaise aurait grand besoin.
C’est donc une situation très différente de celle des Etats-Unis ou de l’Europe où il y a bien longtemps que l’épargne publique ne finance plus les emprunts d’Etat.
Néanmoins, cette politique nouvelle de la BoJ peut ouvrir la voie à une nouvelle phase de création monétaire qui, à court terme, nous éviterait l’inconvénient majeur d’une hausse des taux d’intérêt sur les emprunts publics mais qui alourdirait objectivement la masse des capitaux spéculatifs, ce qui contribuerait inévitablement à une nouvelle explosion de bulles spéculatives.
Depuis six ans que la crise a éclaté, le monde vit dans cette folie et jongle en permanence dans une sorte d’exercice de cavalerie financière de plus en plus monstrueuse.
Quoi qu’il arrive désormais : plus dure sera la chute, moins pour les spéculateurs que pour les peuples qui devront bien, en définitive, payer très durement la facture.
Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 18/04/2013
A la conférence internationale sur la haute mer. Mon intervention en tant que Président de l'agence des aires marines protégées.
Le site de la conférence : http://www.lecese.fr/content/la-haute-mer-avenir-de-lhumanite-conference-internationale-du-cese-le-11-avril

haute_mer.pdf Haute mer.pdf  (21.91 Ko)

Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 11/04/2013

Bis repetita…

11/04/2013
Bis repetita…
Contrairement à ce que dit Horace dans son art poétique (« Bis repetita placent », c’est-à-dire « ce qui est répété plaît »), je n’ai pas été heureux de l’issue du référendum alsacien sur la simplification des structures des collectivités locales dans cette région bi-départementale.
Cela m’a rappelé tristement le référendum négatif de 2003 en Corse, il y a dix ans.
On reproche souvent, entre autres, aux hommes politiques de ne pas avoir le courage de simplifier et de rationnaliser nos structures administratives mais, pour une fois, force est de constater que la plupart des hommes politiques alsaciens s’étaient bien mis d’accord pour simplifier mais que c’est le peuple qui s’y est refusé.
Il apparaît donc que même dans une région prospère, responsable, comme l’est l’Alsace, même lorsque les responsables politiques de bords opposés s’accordent sur un schéma de simplification, le peuple, consulté par la voie du référendum s’oppose à ce que la rationalisation des structures et leur modernisation prévalent.
Le général De Gaulle disait qu’il est difficile de gouverner un pays où il existe plus de cent sortes de fromages. Il m’arrive de me demander s’il faut comprendre cette phrase au sens propre ou au sens figuré…
Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 11/04/2013
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