Il y a eu sur notre propre territoire des guerres justes et même des services cinématographiques des armées sincères : quand John Ford filmait la guerre contre le nazisme, c'était une vraie guerre, une juste cause et un cinéaste sincère.
Mais c'est aujourd'hui une tout autre guerre que viennent filmer, à l'aube où ils ont été convoqués par les communiquants des ministères, une multitude de cinéastes télévisés, sans doute dénués du talent de John Ford mais beaucoup plus dotés en personnel et en moyens techniques.
Il s'agit bien d'une guerre puisque l'on envoie des troupes armées en milliers d'hommes, avec véhicules blindés et couverture aérienne héliportée et que sans doute, l'offensive de ce petit matin a-t-elle été précédée classiquement par un travail de renseignement mené comme on espionne le territoire ennemi.
Cet état de guerre est aussi revendiqué par les acteurs les plus en vue de la scène gouvernementale qui prétendent mettre en place un « plan Marshall des banlieues » comme si la guerre était déjà finie et qu'ils l'avaient gagnée, comme si nos caisses publiques étaient, à l'instar de celles des Etats-Unis en 1946, pleines à craquer de tout l'or du monde.
La fin d'un monde
22/02/2008Depuis des décennies, les pays occidentaux et surtout les Etats-Unis ont pris l'habitude de produire moins et de dépendre plus de la sphère financière, de l'immobilier, et plus généralement d'un reste de suprématie de plus en plus virtuelle.
Nous avons longtemps cru qu'en dépit de ce déclin dans l'économie réelle, le monde occidental s'en tirerait toujours par son avance technologique, sa domination financière ou encore par sa supposée supériorité politique et militaire.
Pendant ce temps, le centre de gravité de l'économie mondiale se déplaçait vers l'Asie ou plutôt y revenait, comme au début du XVIIIème siècle, quand la Chine et l'Inde produisaient plus de la moitié du PIB mondial.
Pendant que cette révolution s'opérait sous nos yeux, notre vieux monde et les Etats-Unis ont continué à vivre de leurs rentes. Mais au fil du temps, avec l'accélération de la désindustrialisation et l'accroissement de la charge des retraites dans nos pays vieillissants, nous avons commencé à vivre à crédit.
Les prêteurs ont d'autant moins manqué que l'évolution des prix des matières premières a concentré d'immenses richesses liquides au Moyen-Orient et en Russie.
Mais, en économie, lorsque le réel se détache du virtuel, il arrive toujours, parfois après des décennies, que la rupture se produise en quelques jours : c'est la fin d'un monde, non seulement sur le plan économique, mais encore avec d'immenses conséquences pour la stabilité politique et parfois pour la paix.
Nous ne sommes pas en train de vivre un épiphénomène, nous allons connaître une forte contraction du crédit qui va mettre cruellement en lumière le déséquilibre fondamental de nos économies occidentales. Il nous faudra nous adapter : repenser nos économies mais surtout l'équilibre du monde.
Iran : La France hors jeu
22/02/2008La France a pris sur la question du nucléaire iranien une position forte et juste sur le fond, mais, une fois de plus, notre passion de briller, de nous faire entendre plus que les autres nous conduit dans l'impasse, la contradiction, voire le ridicule, et à coup sûr un isolement tout à fait préjudiciable à nos intérêts.
L'expression de notre intransigeance, allant jusqu'à l'utilisation fort peu diplomatique d'un vocabulaire guerrier (« guerre », « bombardement », « plan d'Etat-major ») rend plus difficile pour l'Iran le retour à une position conciliatrice qui lui ferait perdre la face, comme si ce pays fier cédait à la menace de la force. Contrairement à tout ce que nous avons dit, nos rodomontades n'ont pas renforcé l'opposition iranienne mais obligé celle-ci a se rapprocher par fierté nationaliste de la position du gouvernement qui met habilement en avant le droit du pays à la modernité de l'enrichissement nucléaire tout en se défendant de toute tentation sur l'armement. Nos menaces conduisent la nation iranienne, opposition comprise, dans l'impasse que nous prétendons éviter.
Notre position est par ailleurs parfaitement contradictoire avec tout ce qu'a été notre politique dans l'affaire d'Irak. Peu importe que le président ait changé en France, nous restons tenus par nos attitudes passées : confiance dans l'AIEA et le conseil de sécurité et plus généralement le multilatéral, refus de tout recours à la force. Le ridicule est d'ailleurs frôlé pour ne pas dire atteint lorsque nous parlons d'une offensive armée que nous serions évidement incapables de monter et pour laquelle notre participation ne pourrait être que marginale comme aujourd'hui en Afghanistan. Avec notre unique porte avion en réparation pour deux ans, on ne voit pas bien quelle force aéronavale la France pourrait déployer dans le golfe persique…
Mais le pire est tout de même l'isolement. L'Allemagne a réfuté clairement et par avance toute perspective d'action armée et a fermement précisé qu'elle se limiterait au cadre multilatéral. Les Etats-Unis se situent en apparence dans la même ligne que nous, bien qu'ils fassent mine, avec humour, de calmer nos ardeurs belliqueuses. Mais il faut être aveugle pour ne pas comprendre qu'entre les Etats-Unis et leurs vrais alliés - Grande-Bretagne, pays arabes de la région, Irak compris, et même Turquie - se trame avec l'Iran une négociation globale et complexe qui nous dépasse à tel point que nous n'avons même pas pris la mesure de ce grand jeu à la table duquel nous ne sommes pas admis.
Depuis quelques temps, bien des indices nous révèlent que ce grand jeu a déjà commencé. Le Président Bush a autorisé la publication d'un rapport de synthèse émanant de l'ensemble des agences du renseignement américain qui exonère pratiquement l'Iran de tout soupçon en matière nucléaire. Et comme par hasard, au même moment, le Président iranien Ahmadinejad a proposé au Conseil de coopération du Golfe qui regroupe l'Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, le Koweit, le Qatar, Oman et Barhein – pays qui au total hébergent 40 000 soldats américains sur leur sol – un pacte de sécurité et un accord économique visant « la paix et la prospérité pour tous ». Le même Ahmadinejad a du reste été reçu officiellement à La Mecque lors du « Hadj ».
S'il ressort de ce jeu qui s'esquisse devant nous un règlement durable et global nous serons, plus encore qu'après l'Irak, les dindons de la farce. L'Iran pourra alors, paraphrasant Condoleeza Rice, dire quelque chose du genre : « nous réglons nos différents avec nos voisins, nous oublions nos dissensions avec les Etats-Unis, mais nous faisons payer à la France son arrogance… »
Aujourd'hui, les déclarations de Monsieur El Baradai, dans l'attente de son rapport définitif, n'encouragent aucun pays à adopter des sanctions plus lourdes hors du cadre des Nations-Unies. L'Amérique quels que soient les commentaires plus ou moins déterminés qu'elle fera, gagnera du temps et s'appuyant maintenant sur un rapport de ses propres services de renseignement plus favorable encore à l'Iran que ne l'aurait jamais rêvé M. Ahmadinejad, adoptera une attitude plus positive. Aux dernières nouvelles, l'Ayatollah Khamenei n'exclut plus une normalisation des rapports entre l'Iran et les Etats-Unis, même s'il juge les conditions actuelles des américains inacceptables. A terme, la prochaine étape pourrait bien être la conclusion du grand jeu devant régler au plan régional et international la place de l'Iran.
En voulant jouer seuls, en avant de tous les autres, nous avons commis ce que sanctionnent les règles du football comme celles de la diplomatie : un « hors-jeu ». En ce moment précis nous croyons, tout en courant seuls sans tenir compte des autres, que nous allons marquer un point historique alors même que les joueurs nous observent goguenards et que l'arbitre s'apprête à exclure notre folle action par un brutal coup de sifflet.
Le cinéma de guerre a eu ses heures de gloire avec le service cinématographique de l'armée américaine auquel participait glorieusement pendant la Seconde guerre mondiale John Ford. C'était du vrai cinéma, une vraie guerre, de grands cinéastes, c'était sincère, juste et digne.
Aujourd'hui, la France est en guerre contre elle-même puisque nous envoyons des troupes en milliers d'hommes, avec véhicules blindés, hélicoptères guerriers dotés de projecteurs pour la surveillance nocturne, et que cette situation de guerre ou d'après-guerre est reconnue et revendiquée par les acteurs les plus en vue de la scène gouvernementale qui parlent de plan Marshall, comme si la guerre avait déjà eu lieu et qu'ils l'avaient gagnée, comme si nos caisses publiques étaient remplies à craquer comme celles des Etats-Unis en 1945, comme si la nouvelle frontière de nos nouveaux combats, une sorte de ligne bleue des Vosges, était celle des barrières de nos villes.
A Villiers le Bel, sans doute après que nos services de renseignements intérieurs aient mené enquête, comme on espionne le territoire ennemi, l'offensive a été menée dès l'aube avec un service cinématographique, sans doute dénué du talent de John Ford, mais beaucoup plus doté en personnel et en moyens techniques.
Tout ceci ressemble infiniment à une sorte d'Intifada, car le caillassage des véhicules de police, de secours ou d'urgences médicales dans nos banlieues est tout aussi fréquent que dans les territoires occupés, à quelques différences près: nous n'avons pas encore construit de mur de séparation, nos renseignements généraux sont assez éloignés des standards du Mossad, et nos CRS sont assez loin de la combativité de Tsahal !
Il n'est cependant pas nécessaire d'être vraiment efficace sur le plan militaire et incroyablement performant dans le domaine du renseignement, pour commettre des erreurs politiques majeures et pour instituer durablement entre des territoires une totale ignorance réciproque, une peur panique d'un côté face à une haine tenace de l'autre de telle sorte que l'on finit un jour par se trouver obligé d'en appeler au cessez-le-feu et à la lente reconstruction de la compréhension mutuelle, de la solidarité, et de la confiance.
Dans nos banlieues, nous en sommes aujourd'hui à la guerre, à l'exploitation partisane, via des médias asservis et propagandistes, d'opérations dont l'inefficacité en terme de sécurité n'a d'égal que leurs conséquences dramatiques dans l'ordre du traumatisme et de l'humiliation.
Avant que l'on en vienne, un jour peut-être, à réclamer à l'ONU des observateurs internationaux pour le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis, il serait peut-être temps d'abandonner ces rhétoriques, ces comportements et ces simulacres guerriers et de se persuader d'abord que ces territoires de banlieues sont la France, une France diverse et jeune, dynamique, créative et qui fera peut-être plus la France que les beaux quartiers vieillissants et racornis, uniquement préoccupés du pourcentage du bouclier fiscal et des plus-values boursières.
Les élus d'en haut
12/02/2008« Tête à claques » voulait être nommé à Neuilly par le prince et ne comprend toujours pas que les réticences de vulgaires citoyens puissent battre en brèche ce qu'il appelle « sa légitimité ».
Dans le même ordre d'idée et dans le même genre de quartier, Pierre Lellouche considère que ce ne sont pas aux électeurs de désigner les élus mais à l'UMP et que par conséquent, il est légitime, n'en déplaise aux électeurs.
Etant personnellement un élu d'en bas, c'est-à-dire élu par les électeurs, parfaitement conscient de l'extrême fragilité de ma position, j'ai beaucoup de mal à comprendre ces gens qui prétendent tenir leur légitimité d'en haut, d'un parti ou d'un souverain, le peuple n'ayant pas voix au chapitre.
Même sous la monarchie absolue, le roi lui-même était sensé être choisi par ses pairs, les grands du royaume, et recherchait l'acclamation populaire qui confirmait sa légitimité.
Mais de nos jours, surtout dans les beaux quartiers, il semble que l'UMP ait décidé de se passer du suffrage universel.
A ce titre, ce qui est en train de se passer à Neuilly et dans le VIIIe arrondissement est réconfortant pour la démocratie qui constitue encore une valeur à droite comme à gauche et qui réunit les électeurs de tous bords qui détestent par dessus tout qu'on choisissent à leur place, en haut lieu, ceux qu'ils sont sensés élire.
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Airbus A380
M. le Député, je crois que le problème es...Ecrit par jjd le 10/02/2012 -
Mortelle civilisation
Il est assez affligeant que plus d'un siècle apre ce débat recommance!!!...Ecrit par M.A le 10/02/2012 -
Mortelle civilisation
bonjour le blog , bonjour monsieur le député et président de l'exécutif de corse ....Ecrit par Antoine le 10/02/2012 -
Mortelle civilisation
Monsieur le Député, Je vous remercie d...Ecrit par François Bergoin le 09/02/2012 -
Le retrait d'Afghanistan : une triste matinée parlementaire !
C'est la raison pour laquelle les récents commentaires sur la "valeur" des civilisations es...Ecrit par Pasympa le 09/02/2012



