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Veni, vidi : Vinci !
Voilà qu'en déformant un peu la phrase célèbre et orgueilleuse de César (« Veni, vidi, vici », c'est-à-dire : « je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu »), je pourrais me contenter de vous dire que je suis allé voir l'exceptionnelle exposition sur la Sainte Anne de Léonard de Vinci au musée du Louvre.
Je me suis toujours exaspéré des commentaires, parfois des logorrhées que l'on se croit obligé d'écrire sur les chefs d'oeuvre de la peinture que l'on devrait se contenter de regarder. Il est cependant possible, non pas de parler de cette oeuvre en elle-même et de l'émotion qu'elle procure mais, à ce propos, de vous rapporter ce que l'on apprend sur un plan purement didactique de la visite de cette exposition.
Tout d'abord, il apparaît très clairement que l'idée de figurer la Sainte Vierge et l'enfant avec Sainte Anne en arrière-plan (la mère de Marie et la grand-mère de Jésus), est très ancienne et remonte au moins au XIVème siècle, comme en témoignent plusieurs oeuvres que l'on peut admirer au début de l'exposition.
La seconde remarque, c'est que Léonard de Vinci a commencé à dessiner sur ce thème d'une représentation de Sainte Anne, la Vierge et l'enfant probablement vers l'année 1500, c'est-à-dire une vingtaine d'années avant sa mort et que sans que l'on puisse dire avec certitude que c'est sa dernière oeuvre, il s'agit incontestablement de son ultime chef-d'oeuvre, le couronnement d'une oeuvre picturale qui représente un peu l'équivalent pour Vinci des Grandes Baigneuses pour Paul Cézanne.
Le travail mené par Léonard, avant d'aboutir à cette extraordinaire et merveilleuse composition, lui a permis d'envisager toutes les hypothèses : le groupe devait-il regarder de droite à gauche ou de gauche à droite, devait-on faire figurer ou non Saint Jean-Baptiste, à défaut de le faire figurer sur le tableau, Sainte Anne devait-elle désigner d'un index étrange le ciel comme le fait le Saint Jean-Baptiste de Léonard, l'enfant devait-il être au sol ou dans les bras de sa mère ?
Une composition aussi parfaite n'est évidemment jamais spontanée et il a donc fallu que l'artiste teste dans ses dessins toutes les combinaisons possibles avant d'en arriver à cette perfection.
La restauration de l'oeuvre a permis de la retrouver telle qu'elle était sans doute à la sortie de l'atelier du peintre, sans ces multiples couches de vernis que l'on déposait successivement dans les musées d'autrefois tout à la fois pour protéger la couche picturale, pour masquer certains défauts, pour uniformiser les teintes et donner à l'ensemble cette fausse patine muséale qui finit par affadir les oeuvres les plus magnifiques. Il se trouvera bien sûr des puristes qui affecteront d'être choqués de ne plus retrouver les défauts, les masques, la crasse en fin de compte à laquelle ils s'étaient habitués : les conservateurs n'aiment pas dépoussiérer et pensent parfois que la saleté accumulée par le temps acquiert la vertu d'une sorte de salissure noble.
Dans le cas d'espèce, la cure de jouvence est parfaite. Elle n'a pas consisté à restaurer, c'est-à-dire à repeindre certaines parties mais par exemple à enlever des tâches noires produites par un décollement de la couche picturale aspirée par certains vernis. On perçoit désormais la magnifique unité du voile de couleur lapis lazuli où certains obsédés de la psychanalyse freudienne ont vu la figuration du fameux vautour qui se serait posé sur le berceau de Léonard enfant. Et l'on peut enfin comprendre que le pied de Sainte Anne touche presque l'eau admirablement limpide et que seule une certaine nuance infinitésimale de turquoise à peine perceptible permet de visualiser.
On peut imaginer aussi ce que donnerait la Vierge au rocher, l'une des quatre peintures de Léonard de Vinci qui sont exposées au Louvre, si elle était enfin libérée de ses vernis qui condamnent les fameux rochers à une teinte de chocolat noir, les visages à un reflet jaunâtre qui ferait diagnostiquer une très grave affection hépatique à n'importe quel médecin, tandis que des détails sans doute magnifiques ont été progressivement masqués par ce processus photochimique qui assombrit la plupart des vernis.
Enfin, parmi les innombrables reproductions plus ou moins habiles de l'atelier de Léonard ou de ses suiveurs et des quelques chef-d'oeuvres que la Sainte Anne de Léonard a inspirés de très grands peintres tels que Quentin Metsys qui a réinterprété la composition de Vinci dans une Vierge à l'enfant beaucoup plus septentrionnale et rustique pour ne pas dire paysanne, j'ai été frappé par deux dessins beaucoup plus proches de nous.
L'un d'Edgard Degas, l'autre d'Odilon Redon. Le dessin plus que la peinture est révélateur de la qualité de la main d'un artiste et l'on voit dans ces deux esquisses, en particulier si on les compare aux plus beaux dessins préparatoires de Vinci, à quel point ces deux maîtres, Degas et Redon, maîtrisaient le trait et savaient capter par la grâce de leur crayon l'essence lumineuse du dessin original.
Si vous le pouvez, allez donc visiter cette exposition qui, malgré une exceptionnelle qualité didactique et le fait qu'elle réunisse des oeuvres de très grands maîtres, indépendamment de trois peintures majeures de Léonard de Vinci, ne semble pas connaître le succès qu'elle mérite.

Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 18/04/2012
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