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Un tableau chez les riches
Une des quatre versions du Cri d'Edvard Munch vient d'être vendue pour 120 millions de dollars !
Cet événement nous démontre à la fois l'absence de hiérarchie des valeurs chez les ploutocrates, le degré de folie que peuvent atteindre les marchés spéculatifs et le caractère virtuel, sur le plan financier, de la fortune d'un bien.
L'absence de hiérarchie des valeurs
Edvard Munch est un excellent peintre, sensible, nuancé et original. Pour autant aucun amateur ou historien de l'art, ce que l'on appelait autrefois en anglais un « connoisseur », ne placerait Edvard Munch au-dessus de Picasso, de Cézanne ou même sans doute de Matisse.
Même s'il est très artificiel de faire des hiérarchies dans l'art pour distinguer les plus grands des moins grands, les « petits maîtres » des maîtres, on peut tout de même apprécier l'importance d'un peintre par la place qu'il tient dans l'histoire de l'art, par l'influence qu'il a exercé sur ses contemporains et sa postérité. Certains ont transformé notre vision du monde, y compris pour ceux qui n'ont jamais vu ou même entendu parler directement de l'oeuvre qui est à l'origine de cette transformation.
L'invention du cubisme, comme quelques siècles plutôt celle de la perspective, ont radicalement changé notre vision du monde même pour ceux qui n'ont aucune idée de ce que sont les Demoiselles d'Avignon de Picasso ou la Bataille de San Romano de Paolo Uccello.
Le degré de folie des marchés spéculatifs
Payer 120 millions de dollars pour le tableau d'un petit maître, qui plus est un pastel relativement fragile, qui mesure 79 cm de haut sur 59 cm de large, ne s'explique que par la folie spéculative dont la seule raison est que l'utilisation de ce tableau dans l'iconographie moderne est considérable et hors de proportion avec sa valeur intrinsèque et qu'il est l'une des rarissimes oeuvres très connues qui n'appartiennent pas encore à un musée.
Le caractère vituel de la fortune
En appréciant à 120 millions de dollars ce tableau, l'acheteur n'a créé aucune richesse mais a simplement transféré cette somme de son patrimoine à celui du vendeur, l'un et l'autre étant probablement tellement riches que ce transfert ne saurait changer la vie ou les habitudes ni de l'un, ni de l'autre.
Dans deux ans, dans cinq ans, le tableau peut disparaître : il peut être volé, être conservé au secret par l'acheteur ou subir un accident irréparable. Quoi qu'il en soit, l'économie n'en sera nullement affectée, ni même le public, ni même peut-être le propriétaire à qui il importe probablement peu de jouir de la vision de ce tableau mais qui attache un très grand prix, 120 millions de dollars, à pouvoir dire qu'il a été capable de dépenser une telle somme.
On peut tout de même dire qu'incontestablement le Cri de Munch est une oeuvre d'art saisissante qui nous fait presque entrevoir visuellement le son de ce cri qui semble former une onde de couleurs et de lignes tout autour du personnage qui crie. Qu'on en arrive à le payer 120 millions de dollars est une folie sans doute, mais quand on connaît le prix, inférieur mais néanmoins hallucinant des néants artistiques de MM. Murakami ou Koons, on pourrait trouver ce prix relativement raisonnable en comparaison.
En définitive, et comme l'a souligné une remarquable caricature publiée dans le New York Times, c'est l'annonce d'un tel prix qui pourrait par elle-même faire pousser un cri d'effroi à celui qui en prend connaissance !


Commentaires (5) | Rédigé par Paul Giacobbi le 07/05/2012
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