Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

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Tout l’or du monde !
Les prix de l’or atteignent ces jours-ci une valeur historique et hallucinante puisque l’once de métal fin vaut sur les marchés plus de 1 700 $, alors même que des accords de Bretton-Woods au lendemain de la seconde guerre mondiale au 15 août 1971, date de la dénonciation par les Etats-Unis de la convertibilité du dollar en or, ce prix était de 35$.
Au passage, l’once dont il s’agit dite « Troy once » qui représente 31,1 grammes est une unité d’origine française puisqu’elle était en usage dans la ville de Troyes, grande ville de foires et de marchés au Moyen-Age.
Il ne faut pas la confondre avec l’once anglo-normande dite « avoirdupois » laquelle représente 28,35 grammes.
Quoi qu’il en soit, l’or est à la mode notamment aux Etats-Unis où le candidat républicain à la vice-présidence, Paul Ryan, souhaite revenir à un système monétaire fondé sur le gold exchange standard, c’est-à-dire l’étalon-or, ce qui m’amène à rappeler quantitativement ce que représente tout l’or du monde…
On estime la quantité d’or totale extraite par l’humanité depuis les origines à 166 000 tonnes, ce qui paraît bien lourd sauf que tout cet or du monde tiendrait dans un cube de 67 pieds d’arête, soit environ 20 mètres, ce qui est beaucoup moins impressionnant.
Les réserves minières totales du monde sont estimées à 51 000 tonnes, ce qui fait que même si l’on arrivait un jour à extraire tout cela, le cube dont je parlais verrait son une arête s’allonger de deux ou trois mètres à peine.
Les banques centrales du monde possèdent environ 27 000 tonnes d’or dont 40% sont détenues dans la zone euro et 30% par les Etats-Unis. Il est intéressant de comparer ce stock de réserves monétaires aux 15 000 tonnes d’or estimées qui seraient détenues au titre de l’épargne privée en Inde.
L’utilisation industrielle de l’or étant relativement limitée puisqu’elle concerne essentiellement le secteur de l’industrie électronique qui en emploie un peu plus de 300 tonnes par an alors que l’extraction minière annuelle représente 2 500 tonnes, le prix de l’or, au-delà d’un attrait relativement stable voire déclinant pour la bijouterie provient essentiellement de la spéculation et de l’idée qu’ont certains particuliers de sa valeur « refuge ».
L’ampleur de cette spéculation fait que la vente des réserves d’or du FMI s’est faite il y a deux ans aux environs de 1 000 $ l’once alors même que, depuis, les cours ont augmenté de plus de 80%.
Que l’on songe encore aujourd’hui à fonder l’ordre monétaire international, à mesurer la richesse des nations et des peuples sur une denrée aussi rare, aussi marginale dans son utilité collective, montre l’importance du mythe et l’attachement à ce qui brille dans nos sociétés prétendument rationnelle et évoluée.
D’un autre point de vue, on peut se demander combien de gens ont été tués, torturés ou réduits en esclavage parce qu’ils ont été sacrifiés sur l’autel de ce dieu inerte et simplement brillant.
Si l’on entassait sans doute les cadavres de toutes les victimes de l’or du monde, il faudrait probablement une fosse bien plus grande qu’un cube de 22 mètres d’arête !
Le jour où les banques centrales devenues folles reviendront à la raison et freineront enfin un peu leur création monétaire effrénée, l’or cessera de faire l’objet d’une spéculation et reviendra rapidement à des niveaux raisonnables, même si les cours resteront soutenus tant que les êtres humains seront sensibles aux bijoux et aux ornements, à l’étalage visible de la fortune et à l’accumulation irrationnelle d’un métal que l’on dit précieux.
Ceci étant, la spéculation sur l’or, même si elle est fatalement destinée à ruiner ceux qui croient naïvement que le marché ne se retourne jamais, est infiniment moins grave que celle qui affecte l’immobilier, le pétrole et les principaux biens alimentaires.
Si les grands pays du monde, devenus enfin raisonnables, décidaient par exemple d’interdire aux banques les opérations pour comptes propres (ce que l’on appelle « Volcker Rule » aux Etats-Unis), d’interdire l’accès aux marchés de biens (pétrole, blé etc…) à ceux qui n’en ont pas l’utilisation directe dans leur activité ou qui n’en font pas commerce à destination des utilisateurs finaux, ce qui reviendrait à interdire l’accès de ces marchés aux spéculateurs, si les banques centrales cessaient d’alimenter la spéculation en apportant des concours illimités à des taux de 1% ou moins aux banques commerciales qui utilisent cette manne pour spéculer, on verrait sans outre rapidement les cours respectifs du pétrole, du blé et de l’immobilier revenir à des niveaux raisonnables, ce qui serait peut-être en définitive le seul moyen efficace de nous faire sortir de la crise.
A l’inverse, le fétichisme de l’or, s’il était à nouveau érigé en dogme monétaire international, n’apporterait qu’illusion et désordre.

Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 18/09/2012
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