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James Tobin , prix d'économie en mémoire d'Alfred Nobel (1981)
James Tobin , prix d'économie en mémoire d'Alfred Nobel (1981)
James Tobin n'a jamais imaginé une taxe sur l'ensemble des transactions financières mais seulement une taxe dissuasive, à un taux assez élevé, de l'ordre de 0,5%, sur les transactions des marchés de change, ce qui est profondément différent.
Les transactions sur les marchés de change sont infiniment moins nombreuses que les transactions financières, elles font l'objet au niveau planétaire d'un mécanisme complet de compensation, elles peuvent donc être assez facilement et globalement taxées, non pas pour rapporter de l'argent mais simplement pour dissuader la spéculation.
Une taxe sur les transactions financières, c'est-à-dire sur les transactions des marchés financiers où s'achètent et se vendent des actions, des obligations, publiques ou privées, ainsi que toutes sortes d'instruments financiers parfois extraordinairement complexes comme les produits dérivés, est une idée sans doute politiquement attractive mais malheureusement économiquement absurde.
Le problème n'est pas de taxer les transactions mais bien en amont de limiter la masse des capitaux spéculatifs, d'interdire purement et simplement ou au moins de réglementer considérablement ces instruments financiers pervers et dangereux, tels que les véhicules de titrisation et les CDS, de contrôler la vitesse des transactions pour interdire l'usage de la haute fréquence etc...
Aujourd'hui, le monde de la finance ne contribue pas à la stabilité et à l'équilibre économique mais représente la cause essentielle d'instabilité tandis que la rémunération de ces activités pernicieuses n'a cessé d'augmenter malgré la crise au cours des dernières années et ce d'autant plus que les Etats et les banques centrales ont décidé de renflouer en permanence et sans limite toutes les institutions financières qui en auraient besoin sans pour autant jamais leur reprendre un centime de ce qu'elles donnent si généreusement.
Les experts nous disent qu'une taxe Tobin rapporterait en Europe 37 milliards d'euros.
C'est très peu au regard de plus de mille milliards d'euros de prêts gratuits consentis aux banques européennes par la BCE ou des centaines de milliards d'euros d'aide en fonds propres que les Etats européens ont souvent dû consentir à leurs banques en difficulté.
Pour autant, si la taxe Tobin était instituée dans la zone euro, elle entraînerait instantanément et d'autant plus facilement que les moyens informatiques le permettent, une délocalisation des transactions dans un lieu quelconque non taxé comme la City de Londres, Wall Street ou les îles Caïman.
La taxe ne rapporterait pratiquement plus rien et si elle était instituée seulement en France, elle entraînerait une délocalisation immédiate de toutes les activités financières de la place de Paris et ce d'autant plus facilement que la place financière de Paris est gérée avec celle de New York et quelques autres par une société de bourse unique qui s'appelle NYSE-Euronext.
Il y a un immense travail politique à mettre en oeuvre pour reprendre la main sur le monde de la finance qui est devenu autonome, en ce qu'il échappe aux lois et cela suppose une réglementation lourde, globale et très détaillée. Et comme ceci est très difficile à mettre en oeuvre, beaucoup de gens préfèrent nous faire croire qu'il suffit d'une petite taxe pour que tout rentre dans l'ordre.
Depuis 2007, j'insiste sur la gravité de la crise, son ampleur et sa complexité ainsi que sur le temps qu'il faudra pour en sortir, ce qui supposera aussi beaucoup de remises en cause.
On nous propose aujourd'hui une taxe qui n'aura que des effets négatifs, qui coûtera plus cher aux finances publiques qu'elle ne rapportera car la délocalisation des activités financières amoindrira nos recettes fiscales. Et que dire des conséquences en termes d'emploi de ces délocalisations !
Et c'est le président qui nous parlait du modèle anglo-saxon et des vertus infinies du libéralisme financier qui prétend aujourd'hui l'instituer !
Nous espérons que le peuple ne se laissera pas abuser par cette pantalonnade.

Commentaires (6) | Rédigé par Paul Giacobbi le 11/01/2012
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