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Taux d'intérêts

16/11/2011
Taux d'intérêts
« Les marchés se méfient des Etats et sont de plus en plus réticents à leur prêter de l'argent en souscrivant à leurs émissions de bons du Trésor ».
Voici ce que nous entendons tous les jours et ce que notre sens commun admet presque. N'est-il pas légitime de ne plus prêter à quelqu'un qui risque de ne pas vous rembourser.
Pourtant, une telle phrase est, à bien des égards, surprenante.
En premier lieu, pourquoi diable ceux qui prêtent à l'Etat ne pourraient être que les banques !
Au Japon, ce sont les citoyens qui placent leur épargne à la poste laquelle souscrit des bons du Trésor, à un taux très bas, de l'ordre de 1%, malgré le fait que la dette publique japonaise représente 200% du PIB.
Autrefois d'ailleurs en France, en tout cas de Philippe IV le Bel à 1914, l'épargne française prêtait à l'Etat assez directement par le système de la « rente », c'est-à-dire des obligations perpétuelles à taux très bas que l'inflation finissait par annuler tranquillement.
Il y eut encore quelques emprunts d'Etat, celui de M. Pinay ou de M. Giscard d'Estaing mais dont le rendement fut catastrophique pour l'Etat en raison d'avantages fiscaux et d'une indexation sur l'or.
Pour autant, un système d'emprunt direct de l'Etat par appel à l'épargne et par souscription en direct de bons du Trésor est encore concevable.
Par ailleurs, les banques souscrivent des bons du Trésor en Europe à des taux qui sont, pour une maturité de dix ans, de 1,8% pour l'Allemagne à 7 ou 8% pour les dernières émissions grecques avant le défaut de ce pays en passant par 3,5% pour la France.
Les mêmes banques bénéficient du concours de la BCE à 1% en milliers de milliards d'euros, et d'un escompte à 1,5%...
Autrement dit les banques empruntent à la BCE de 1 à 1,5% et prêtent à 1,8 à 8% aux Etats.
Les banques françaises sont engagées à hauteur de 489 milliards d'euros en bons du Trésor grecs, italiens, irlandais, espagnols et portugais (ces pays que l'on réunit sous l'élégant acronyme de PIIGS) et ont obtenu des avances égales ou supérieures en provenance de la BCE.
Pire que cela, la BCE rachète au « marché », c'est-à-dire aux banques les bons du Trésor qu'elles ont souscrits et dont elles veulent se débarrasser … si bien que la moins-value sur les titres des pays menacés de défaut est transférée du secteur privé au secteur public. Et pour couronner le tout, dans le cas où un défaut se présenterait comme cela a été le cas à 50% pour la Grèce, les Etats sont priés de fournir en fonds propres gratuits l'équivalent des pertes aux malheureuses banques...
Ces mécanismes sont choquants car ils représentent un transfert de risques et de charges en milliers de milliards d'euros des banques vers les Etats et la banque centrale, et alimentent un profit hallucinant et totalement injustifié pour les banques.
Les preuves comptables de ces mécanismes se retrouvent dans les statistiques de la BIS (Bank for International Settlements) et dans les comptes de la BCE.
Voici un beau sujet d'indignation, mais aussi de quoi structurer un discours politique responsable mais juste.

Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 16/11/2011
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