Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

La crise économique que nous connaissons a provoqué une véritable panique aux Etats-Unis à partir de l'été 2007 et elle s'est progressivement généralisée à l'ensemble de notre monde au printemps 2008.
Voici un an et demi que je prêche dans le désert à l'Assemblée nationale et quand je le peux dans les médias pour expliquer à quel point cette crise est grave et pourquoi il ne faut pas s'attendre à une reprise imminente.
Une récente étude (voir pièce jointe) publiée par deux historiens de l'économie, Barry Eichengreen de l'université de Berkeley et Kevin O'Rourke de Trinity College à Dublin, indique de manière fascinante que les courbes de la production industrielle mondiale depuis avril 2008 à aujourd'hui et de juin 1929 à juin 1930 sont pratiquement identiques.
Le professeur Krugman, qui consacre l'essentiel de ses activités à une stimulante chronique dans le New York Times, avait essayé de démontrer, en se fondant uniquement sur l'économie des Etats-Unis, que la baisse de production enregistrée aujourd'hui était moins importante que celle que l'on a connu en 1929.
Les chiffres pour l'économie mondiale démontrent bien que la courbe est sensiblement la même, ce qui pourrait s'expliquer par le fait que les Etats-Unis ont une industrie relativement beaucoup moins importante par rapport à leur économie qu'elle ne l'était en 1929.
Dans le monde entier, la chute des cours des bourses est beaucoup plus accentuée sur l'année qui vient de s'écouler qu'elle n'avait été de juin 1929 à juin 1930. Il en va de même pour la contraction du commerce international.
Ce qui est différent en revanche, c'est que l'abaissement des taux directeurs des banques centrales a été beaucoup plus important aujourd'hui qu'il ne l'était à l'époque et que la fourniture de liquidités ou plus exactement la création monétaire a été beaucoup plus soutenue.
C'est là tout le débat dans la mesure où nous ne sommes pas du tout certains que les mesures prises pour créer tant de monnaie aient un quelconque effet sur l'économie réelle, c'est-à-dire la production de biens et de services. Nous remarquons en effet qu'aux Etats-Unis, par exemple, la récession industrielle se poursuit malgré une croissance de la masse monétaire (agrégat M2)sur un rythme de 15% par an.
Les quelques signes de reprise ou plutôt de stabilisation de la production à un niveau nettement plus bas qu'avant le commencement de la crise ne sont pas imputables aux mesures monétaires ni même d'ailleurs aux plans de relance budgétaire des Etats mais bien plutôt à cette reprise technique qui survient inévitablement lorsque les usines recommencent un peu à produire pour reconstituer leurs stocks alors même qu'elles avaient dans un premier temps préféré diminuer considérablement leur production afin d'écouler ces stocks.
Dans ce cas-là précis, rien ne garantit que ce type de reprise soit durable. Par ailleurs, la réalité des plans de relance budgétaire est toujours très inférieure à ce qui est publiquement annoncé, se traduit très lentement dans des dépenses d'investissements, tandis que les ménages en période de crise ont tendance à augmenter considérablement leur taux d'épargne, ce qui se traduit par un effet inverse à celui du plan de relance. J'ai ainsi rappelé dans une note récente « « Décennie perdue » ou émergence d'un nouveau monde économique ? », publiée sur mon site paul-giacobbi.org, que ce qui était retiré à l'activité économique par l'augmentation de l'épargne des ménages américains était du même ordre que le plan de relance de M. Obama.
Enfin, il n'est pas concevable que les Etats puissent continuer à s'endetter de manière aussi démesurée et que les banques centrales puissent continuer à fabriquer autant de monnaie et à multiplier encore par deux le montant global de leur bilan.
Je remarque d'ailleurs dans la même étude que la situation des finances publiques était tout de même globalement bien meilleure en 1929 qu'elle ne l'est aujourd'hui.
Par ailleurs, sans même évoquer un risque d'inflation qui ne se situe qu'à moyen terme, la demande croissante de crédit de la part des Etats, outre qu'elle accroît le fardeau des générations futures, a ou aura trois effets qui freineront toute reprise :

  • un effet de substitution. Les Etats et leurs emprunts tendent à absorber l'essentiel de ce que le système financier peut prêter, voire à absorber des surplus, par exemple ceux de la Chine qui aurait pu aller à de la relance économique réelle et qui vont plutôt vers l'acquisition de bons du Trésor américain. Tout se passe comme si les Etats faisaient du déficit pour relancer c'est-à-dire pour donner de l'argent à l'activité de production mais financent ce déficit par de l'emprunt, réduisant ainsi d'autant la capacité du système financier à prêter à l'économie productrice.

  • un effet de taux. A force d'inonder le marché financier de bons du Trésor, les Etats provoquent une inexorable montée des taux d'intérêt. Aux Etats-unis, les bons du Trésor à trente ans sont souscrits à un taux proche de 5% malgré une déflation constatée. Pourquoi voudriez-vous qu'une banque qui peut prêter à l'Etat à des taux aussi rémunérateurs veuillent prêter à des particuliers ou à des entreprises en prenant des risques considérables, à moins de le faire à des taux nettement plus élevés ? Là encore, le déficit massif des Etats sensé encourager la croissance provoque une montée des taux qui contredit le maintien des taux directeurs de banques centrales à un niveau proche de zéro et qui constitue un frein évident à la croissance.

  • un effet imputable au futur redressement des finances publiques. Il n'est pas concevable que les Etats continuent à s'asphyxier par des dettes qui désormais tendent dans le monde entier à représenter au moins une année de PIB, et fatalement, dès lors qu'un peu de reprise apparaîtra les Etats seront contraints de limiter leurs déficits voire de commencer à rembourser leurs dettes, ce qui ralentira encore toute reprise.

On nous a beaucoup dit que la crise actuelle était très différente de celle de 1929, notamment parce que nos grands décideurs de l'économie étaient infiniment plus intelligents, plus réactifs et plus compétents que leurs prédécesseurs d'avant-guerre.

Il m'avait pourtant semblé que nos grands argentiers, d'Alan Greenspan à Ben Bernanke en passant par notre Lagarde nationale, non seulement n'avaient pas vu venir la crise mais avaient émaillé leurs discours de sottises hallucinantes sur le risque systémique qui était derrière nous en septembre 2008 (Lagarde) ou le fait que nous avions abordé en 2003 une période de forte et durable croissance (Bernanke) ou encore qu'il ne fallait pas beaucoup s'inquiéter des risques financiers dans la mesure où l'ingénierie moderne de la finance avait définitivement permis de les réduire (Greenspan)...

Je ne fais aucune confiance pour la prévision à ceux qui n'ont rien su voir d'une crise dont l'imminence était annoncée depuis des années par tant d'économistes et de praticiens.

Je crois au contraire aux leçons de l'histoire et je persiste à penser malheureusement que nous ne sommes pas dans cette crise mondiale à la fin, ni même au commencement de la fin, pas même encore à la fin du commencement !




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Commentaires (13) | Rédigé par Paul Giacobbi le 24/06/2009
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