Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   
Où est passé le Fonds Européen de Stabilité Financière ?
En ces temps d'effondrement des finances publiques européennes, ce que j'avais appelé dans diverses notes et interventions au Parlement, il y a déjà plusieurs années, la phase deux de la crise mondiale, on nous parle beaucoup de ce qu'ont déjà fait les Etats de la zone Euro avec ce fameux FESF doté de mille milliards d'euros de capital et susceptible de prêter durablement et à des taux extraordinairement bas les fonds nécessaires aux Etats impécunieux afin de leur permettre de survivre et de déjouer les méchants spéculateurs.
Les commentateurs qui, en bons commentateurs, se contentent de commenter sans jamais s'interroger sur le point de savoir si les informations ou les faits qu'ils commentent sont exacts, comparent cet engagement des Etats de la zone Euro et la pusillanimité de la Banque centrale européenne, incapable selon eux d'agir puissamment et rapidement comme le fait la Fed américaine qui achète à tour de bras et, en tout cas, par centaines de milliards de dollars les bons du Trésor des Etats-Unis d'Amérique.
Nous avons même entendu le président de la République française se réjouir de la réactivité des Etats de la zone Euro, sous-entendant qu'il fallait reconnaître sa force de conviction qui aurait permis de mettre en place le fameux FESF, de le doter de mille milliards d'euros de capital et de contribuer à sauver ce continent perdu de la finance qu'est aujourd'hui notre pauvre Europe.
Cependant, lorsque l'on va à la recherche du trillion d'euros, des fameux mille milliards d'euros du FESF et du taux d'intérêt extraordinairement bas auquel il est censé prêter aux budgets en déroute, on se rend compte que la réalité est très éloignée du rêve. Le fameux FESF existe bien, il a prêté effectivement à ce jour 6,6 milliards d'euros à l'Irlande, à un taux de 5,9% pour la première tranche et de 3,79% pour la seconde tranche tandis qu'il a prêté au Portugal 5,9 milliards d'euros à un taux de 6,08% pour la première tranche et de 5,32% pour la seconde tranche, ces prêts étant d'une durée de cinq ou dix ans suivant les tranches.
C'est tout. Le total des prêts consentis à ce jour par ce fameux fonds de mille milliards virtuels est, en tout et pour tout, de 12,5 milliards d'euros, à des taux très élevés, certes légèrement inférieurs aux taux auxquels emprunte l'Italie mais plus de trois fois supérieur au taux auquel emprunte l'Allemagne et très supérieur au taux d'escompte de la Banque centrale européenne, à peine supérieur à 1% et au taux des crédits extraordinaires de la BCE aux banques qui s'établit à 1%.
Pour le moment d'ailleurs, le fameux FESF a le plus grand mal à lever lui-même des fonds en émettant des obligations sur les marchés malgré les garanties données par les Etats tandis que l'on n'entend plus beaucoup parler des fameux cent milliards que devaient apporter les chinois, sans parler des cinquante que le ministre indien des finances a évoqué il y a quelques temps comme contribution de son pays à la stabilité financière européenne.
La BCE a acheté infiniment plus de bons du Trésor de la zone euro que le fameux FESF.
La BCE est un organisme très opaque, très avare d'informations sur sa gestion. Il est cependant possible, en observant de manière très attentive les rares communications des oracles de cet organisme qui ne cultive pas la transparence, de constater qu'à la mi-novembre 2011, la BCE avait racheté 187 milliards d'euros d'obligations publiques de la zone Euro, dont la moitié viendrait des Etats grec, irlandais et portugais.
Pour insuffisante ou imparfaite qu'elle soit aux dires des commentateurs, la BCE a acheté quinze fois plus d'obligations publiques que le fameux FESF, encore faut-il préciser que c'est bien la vocation du FESF de le faire et que la souscription de bons du Trésor par la BCE lui est statutairement interdit, tandis que le rachat d'obligations publiques par la BCE sur le marché secondaire est manifestement contraire à l'esprit du traité fondateur de la BCE, lequel s'oppose à toute action qui favoriserait directement ou indirectement l'inflation.
Voilà des faits réels, comptables, incontestables : le Fonds européen de stabilité financière ne joue qu'un rôle marginal, est incapable d'emprunter sur les marchés à un taux raisonnable des fonds suffisants, a prêté à peine plus d'une dizaine de milliards d'euros à ce jour et pratique des taux élevés, tandis que la BCE, avec tous ses défauts, a prêté aux Etats près de deux cents milliards d'euros à des taux nettement inférieurs.
Cela n'empêchera certainement pas notre président de fustiger la BCE et de se réjouir du FESF qu'il a porté sur les fonds baptismaux avec Madame Merkel, oubliant de dire que ni l'un, ni l'autre ne se sont occupés de cet enfant qui est en train de disparaître sans avoir jamais atteint la maturité.

Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 22/11/2011
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