Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Programme de stabilité budgétaire, 29 avril 2014


Monsieur le Premier ministre,
Il m’a été confié la tâche bien ardue d’exposer la position, pardon les positions nuancées du groupe RRDP sur le pacte de stabilité.
Avant de tenter cette synthèse pas tout à fait impossible mais néanmoins positive, je dois vous dire que ces positions ne procèdent ni du calcul ni de la posture mais de la solution d’une équation dans laquelle entrent la loyauté que nous devons au gouvernement, ce qui nous remonte du peuple qui nous a élu et tout ce que nous retenons des contradictions infinies des théories et des expériences économiques dans un contexte mondial de crise toujours recommencée.
Cependant, avant même de poser cette équation, nous devons à l’honnêteté de dire que l’axiome ou le postulat européen s’impose à nous : la France ne peut faire autrement pour respecter ses engagements européens que de présenter un plan d’économies.
Retrouver les 3% puis l’équilibre de nos comptes publics est une obligation absolue même si le gouvernement a pu une dernière fois en différer un peu le délai.
Atteindre cet équilibre par l’impôt supplémentaire est totalement exclu lorsque l’on est titulaire du championnat du monde des taxes et la France est donc contrainte à l’économie budgétaire et comptable.
Monsieur de La Palisse dirait que nous ne serions pas obligé de faire aujourd’hui de telles économies si elles avaient été faites auparavant : ce n’est pas un point de vue partisan puisqu’au jeu de la dépense publique, chacun, de gauche à droite et de droite à gauche, porte sa part de responsabilité.
Il est par ailleurs vain de rechercher une justification théorique ou expérimentale à ce qui nous est demandé au titre du dogme eurocratique. La théorie économique est partagée. Les fils prodigues de la pensée keynésienne pensent avoir hérité de leur maître la formule magique selon laquelle toute dépense publique contribue à la croissance et toute dépense sociale, tendant à corriger les inégalités, renforce l’économie.

Les néo-rigoristes analysent depuis un demi-siècle les statistiques pour tenter de démontrer à l’inverse que seule la rigueur finit par porter les fruits de la croissance mais leur recherches sont entachées d’erreurs de calcul et de méthodologie, comme celles qui ont été reprochées par la critique académique aux professeurs Rogoff et Reinhardt, tandis que l’expérience récente des cures de rigueur budgétaires tend à démontrer qu’elles permettent de guérir efficacement des économies malades avec malheureusement l’effet secondaire de les tuer.
Il est en revanche utile face aux chiffres et aux faits de souligner l’incroyable paradoxe par lequel la technocratie budgétaire de l’Europe nous impose l’austérité au moment même où la technocratie monétaire de l’Europe s’apprête à ouvrir à nos banques un crédit gratuit, renouvelable et sans contreparties de mille milliards d’euros, venant s’ajouter à plus de deux mille milliards d’euros déjà accordés depuis 2007 à notre appareil bancaire.
Les banques ont commis des folies, ont surfé sur les vagues spéculatives et joué au casino de la finance mondialisée en adossant leurs mises sur les dépôts de leurs clients.
Les autorités monétaires ont ouvert pour les sauver un crédit gratuit et pratiquement illimité tandis que tout l’effort de réglementation destiné à prévenir de nouvelles crises spéculatives a produit des montagnes de papier qui se traduisent par presque rien en termes de contraintes réelles.
Il est heureux que les peuples à qui l’on impose tant de sacrifices soient à ce point ignorants des politiques monétaires qu’ils ne perçoivent même pas la monstrueuse injustice qui leur est faite et qui aboutit à ce que les banques aient droit à tout, y compris la rémission de leurs fautes sans se voir imposer aucun purgatoire financier, tandis que les peuples doivent payer comptant avec intérêts et pénalités les erreurs commises par leurs dirigeants.
Au-delà de ces considérations générales qui constituent tout de même un contexte qui devrait légitimement nous interpeller, il reste que ce plan de stabilité, même s’il nous est indispensable, ne nous apportera ni la stabilité ni la croissance pour deux raisons : l’une tenant à la conjoncture internationale et l’autre tenant à notre refus persistant de toute réforme structurelle.
Je voudrais redire ici ce que je dis de manière récurrente depuis plus de six ans et qui reste malheureusement vrai, à savoir que pour sauver le système financier de la crise, on a effectivement ouvert un crédit illimité et gratuit aux banques par la création d’au moins quinze mille milliards de dollars au plan mondial. Cette manne a sauvé les banques dont le montant cumulé des pertes qu’elles ont dû enregistrer pour sauver leurs folies spéculatives n’atteint probablement pas le cinquantième de ce qu’elles ont reçu des autorités monétaires.
Cette création monétaire n’a pas suscité l’inflation mais la spéculation. Celle-ci se manifeste aujourd’hui non pas dans les prix à la consommation puisque l’on s’est refusé à donner au peuple de quoi acheter mais dans la formation de nouvelles bulles spéculatives puisque l’on a donné aux banques de quoi les gonfler. Les cours de bourse sont aujourd’hui très au-dessus du niveau atteint avant la crise, les matières premières avec un pétrole à plus de cent dollars le baril et l’or à mille deux cents dollars l’once sont surévalués par la spéculation, l’immobilier, en particulier aux Etats-Unis, a repris le chemin de la spirale infernale et les obligations privées se négocient aujourd’hui à des niveaux étonnement bas par rapport aux risques.
Imaginer dans un tel contexte qu’il n’y aura pas d’ajustement, c’est de l’inconscience.
Tous les observateurs lucides disent et redisent que nous nous trouvons à des niveaux de spéculation supérieurs à ce que l’on a connu au plus haut de l’avant-crise. William R. White, ancien chef économiste de la BIS, résumait la situation en disant que cela ressemblait à 2007 avec des marchés financiers surévalués et des prises en compte des risques au plus bas pour les marchés obligataires tout en remarquant globalement : « we are in a world where the profit belongs to the banks, while the governements socialize all the losses ».
De ce fait, l’idée que le cycle se retourne en notre faveur est une erreur de perspective et d’ailleurs une interprétation à tout le moins imprudente du cycle de Kondratieff.
En tout état de cause, quand bien même la conjoncture mondiale reviendrait favorablement alimenter la croissance, la France ne pourrait qu’être décalée par rapport à ce phénomène parce qu’elle se refuse résolument à une véritable réforme de structure et, pire encore, à l’évolution des esprits.

Je sais bien que ce gouvernement a fait des efforts relativement limités mais, en définitive, sans précédent pour faire baisser les charges des entreprises et que dans le contexte actuel, celui qui nous conduit à des économies aussi forte que le plan de stabilité, il ne pourra guère aller plus loin dans cette voie.
Mais la réforme structurelle, ce n’est pas nécessairement baisser les charges qui d’ailleurs comptent bien moins que l’on ne croit puisque par exemple la surévaluation de l’euro d’au moins 15% est tout aussi défavorable en termes de compétitivité internationale.
La réforme structurelle c’est d’abord de recréer la confiance de l’investisseur qui est aussi l’employeur. Cette confiance se constitue progressivement par des actes en cohérence avec des discours, par la stabilité des lois, la loyauté fiscale et, par-dessus tout l’assurance qu’une démarche d’investissement et d’emploi est réversible.
Il y a quatre ans, j’ai passé des mois à interroger bien des investisseurs étrangers à propos de l’attractivité de la France.

Peu se sont plaints des charges, tous s’inquiétaient de l’instabilité de nos lois et manifestaient la peur de ne pouvoir se retirer de leur engagement dans notre pays si les choses tournaient mal pour leur investissement.
Nous souffrons aussi beaucoup d’un discours public qui, même s’il a évolué considérablement - et c’est heureux vis-à-vis de l’entreprise - témoigne encore d’une sorte de perversion par laquelle plutôt que de veiller à renforcer sur le long terme nos entreprises, nous intervenons bien trop tard au moment où elles menacent de disparaître ou d’être reprises par des mains étrangères. La quasi-totalité de ces interventions in extremis se traduit d’ailleurs par des échecs.
Ces réformes de structure-là ne coûteraient rien mais feraient plus pour la croissance que tous les plans et tous les pactes du monde dont nous avons depuis si longtemps éprouvé la vanité.
J’ajoute que les réformes de structure, elles ont eu lieu en Europe, en Grande-Bretagne, en Allemagne, dans les pays touchés par l’effondrement du crédit public et que le retard à rattraper pour la France est d’autant plus grand.

Quoi qu’il en soit, les erreurs de perspective au sens propre du mot ou l’insuffisance notoire de tout ce qui devrait accompagner en terme de réformes structurelles ce plan de stabilité n’enlève rien à son caractère contraint et indispensable et c’est la raison pour laquelle le groupe RRDP le soutiendra si du moins le gouvernement prend bien en compte, comme cela semble le cas, les trois revendications que nous avons formulées à ce propos.
La première consiste à épargner les petits retraités du gel de leur retraite en deçà d’un seuil de 1 200 euros par mois.
La seconde tient à l’équilibre entre ce qui est accordé aux entreprises et ce qui est exigé des ménages en définissant mieux les contreparties précises qui sont demandées aux entreprises et qui doivent être appréciées au niveau national et décliné par branche professionnelle en termes d’embauches.
La troisième condition tient à l’application sans décalage du plan de lutte contre la pauvreté qui comportait notamment une revalorisation significative du revenu de solidarité active, du complément familial et de l’allocation de soutien familial.

C’est en prenant en compte ces avancées que le groupe RRDP votera en faveur de ce plan, ce qui n’empêchera pas un certain nombre d’entre nous d’exprimer leurs nuances et de poursuivre leurs réflexions : le député radical est finalement toujours loyal et obéissant mais il n’en est pas de notre parti comme de la compagnie de Jésus puisque cette obéissance ne s’accomplit pas « perinde ac cadaver ».
Deux membres du groupe RRDP s’abstiendront parce qu’ils estiment que l’effort d’équilibre entre les entreprises et les ménages n’est pas allé assez loin ou parce que la voie de l’économie ne sera pas comprise par la population et, en particulier, par les plus démunis si un effort plus accentué en leur faveur n’est pas consenti ou enfin parce qu’ils estiment que les contradictions dont je me suis fait l’écho entre la rigueur budgétaire imposée aux Etats et l’abondance financière prodiguée aux banques crée un problème politique qui n’ira qu’en s’aggravant.
Néanmoins, Monsieur le Premier ministre, notre groupe est largement présent à vos côtés comme il l’a toujours été.
Notre loyauté nous impose de vous soutenir même si elle nous fait un devoir de vous avertir.


Explication de vote

M. le président. La parole est à M. Paul Giacobbi, pour le groupe radical, républicain, démocrate et progressiste.

M. Paul Giacobbi. J’ai déjà suffisamment indiqué, dans le débat, quelle est la position du groupe RRDP, avec sa loyauté, mais aussi ses réserves ou ses avertissements et quelques conditions.

Je dois dire que la suite du débat a conforté notre position. En effet, j’ai écouté avec beaucoup d’attention la position du groupe UDI, lequel manifeste un certain courage politique, mais tout de même, j’ai été surpris d’entendre dire que nous sommes à l’époque du Veau d’or. Nous n’y sommes plus, malheureusement – cela explique d’ailleurs la rigueur. Nous ne brûlons rien que nous ayons adoré : nous nous contentons, et cela n’est déjà pas mal, de prendre en compte le déroulement des événements.

J’ai aussi éprouvé une immense surprise – je le dis sans esprit partisan – en entendant l’opposition nous reprocher la dette. Mais à qui cette dette appartient-elle ?

Mme Claude Greff. À tout le monde !

M. Paul Giacobbi. Certes, mais qui l’a créée ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.) En moyenne – la France n’échappe pas à la règle –, la maturité des dettes publiques des pays occidentaux est de sept ans, chiffre mythique s’il en est. Je vous le demande donc : à qui la dette des sept dernières années incombe-t-elle ? Nous acceptons la responsabilité de deux d’entre elles – encore que, vous savez bien qu’il en va des finances publiques comme d’un navire très lourd que l’on n’arrête pas aussi facilement. Mais, à tout le moins, acceptez la responsabilité des cinq autres années et de celles qui les ont précédées.

Mme Claude Greff. Cela fait trente ans que le problème se pose !

M. Paul Giacobbi. Or, non contents de nous transmettre le fardeau, vous dites que c’est nous qui en sommes à l’origine ! C’est tout de même un petit peu exagéré.

Mme Laure de La Raudière. Vous y avez tout de même pas mal contribué !

M. Paul Giacobbi. Dans vos réponses aux différentes interventions, vous avez eu, monsieur le Premier ministre, beaucoup de courage et vous avez fait preuve d’une grande netteté. Vous avez appelé cette assemblée à l’unité face à l’Europe, face au monde, face aux prêteurs, aux marchés et à la mondialisation de l’économie.

Or, dans d’autres pays, à commencer par l’Allemagne, on voit se réaliser, quoique d’une façon un peu différente – chacun agit selon son génie national – une unité autour d’un programme qui se rapproche beaucoup de ce que nous proposons aujourd’hui. La principale différence est qu’en Allemagne les deux grands partis se sont accordés et unis pour préparer et mettre en œuvre un tel programme, malgré les difficultés qu’il pouvait y avoir à le faire à un moment où ils s’opposaient électoralement.

Or, ici, l’opposition se contente de nous transmettre le fardeau d’une dette que nous n’avons pas créée. Je dois dire qu’à cet égard l’état du débat – pour ne pas dire l’état de la France – est extraordinairement inquiétant. Alors que les députés de la majorité et le Gouvernement ont le courage de faire ce qui ne l’a pas été précédemment, il va tout de même falloir que finisse par se manifester un esprit de cohésion nationale, sans lequel personne – pas même les radicaux, monsieur le Premier ministre – n’arrivera à réformer ce pays comme il convient. Voilà la situation.

Tout à l’heure, je vous ai dit que le groupe RRDP soutenait positivement et loyalement le Gouvernement, malgré les réserves que j’ai formulées et ce que j’ai dit – que chacun sait d’ailleurs – sur le risque pesant sur la croissance et sur la crise spéculative qui nous pend au nez comme un sifflet de quatre sous, ou plutôt de 15 000 milliards. Eh bien, à l’issue du débat, nous sommes renforcés dans notre position. Je suis donc très heureux de vous dire à nouveau, monsieur le Premier ministre, que nous vous soutenons loyalement. (Applaudissements sur les bancs des groupes RRDP et sur de nombreux bancs du groupe SRC.)

Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 29/04/2014

Commentaires

1.Posté par JJD le 29/04/2014 23:28
M. le Député,

beaucoup vous remercient une fois encore de la lucidité et la mesure dont vous faites preuve.

On peut cependant noter que rien ne pourra plus avancer dans l'économie Mondiale, et a fortiori Européenne, Française ou même Corse tant que nous n'établirons pas un salaire et une richesse maximale.

On peut s'attaquer à la spéculation immobilière en Corse (et nous vous en remercions) ou à la folie des banques, mais la racine est unique: s'il n'était pas possible pour les "loups" de Wall Street et d'ailleurs de gagner des millions, voire quelques milliards, personne ne s'amuserait à ce jeu de massacre. On peut une à une établir des règles qui ici ou là permettront de repousser la meute, mais la meute n'existe que parce que ces gains sont possibles.

La vérité, M. le Député, c'est que le degré d'innovation et les gains de productivités de nos sociétés modernes (dont la contribution de la France n'est bien sûr pas négligeable) permettent à chaque être humain de manger à sa faim, de se loger, d'éduquer ses enfants et de se soigner.

La seule, l'unique raison pour laquelle cela n'est pas encore possible aujourd'hui, vous la connaissez. Etes-vous aveugle au point de ne pas associer le naufrage du Ferry Koréen et de la perte de 300 vies aux mécanismes économiques contre lesquels nous devons faire front?

Combien d'emplois perdus, de misère, de vies cassées, de désespoir ... faudra-t'il encore pour que vous comprenez, vous les "politiques", qu'on ne peut plus permettre à quelques uns d'enrayer la machine économique pour se donner un style de vie qui n'a plus aucun sens à la surface d'une planète qui souffre et qui nous le rappelle chaque jour.

Qu'elle sera votre responsabilité, vous, les "politiques" du monde entier dans 10 ans, 20 ans, 50 ans, 100 ans? comment serez-vous jugés à l'aune des petites phrases et des clips TV que vous dispensez à tour de bras, de Valls à Copé, d'Obama à Putin?

L'équation est très simple: nous sommes tous capables de produire ce dont nous avons besoin, aurez-vous, vous les politiques, l'honnêteté de faire face à vos responsabilités?

2.Posté par zeltz le 02/05/2014 21:51
Monsieur le député,

L'heure n'est plus à être "loyal" avec le gouvernement que vous soutenez (cela uniquement parce que votre parti est dans la majorité et que vous en avez d'illustres membres qui sont au gouvernement).
L'heure est de mettre à plat les problèmes et de les régler intelligemment et en dehors de toute idéologie. Malheureusement, Hollande et Valls n'ont pas compris cela et au lieu de tendre la main concrètement aux gens intelligents de tous partis et de les convier dans le gouvernement de la France, s'entêtent à marquer dans tout ce qu'ils font (ou plutôt ne font pas) leur territoire idéologique.
Comme si c'était l'idéologie (quelle qu'elle soit et particulièrement la leur) qui pouvait régler de tels problèmes!
Mais on le sait, l'essentiel est de garder le pouvoir si chèrement acquis, non de régler les problèmes.
Vous et votre parti contribuez à cela, Monsieur le Député.

L'Histoire se souviendra des années Hollande. Bien tristement pour la France, plus besoin d'être prophète pour le deviner.

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