Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Conférence à l'Université El Manar de Tunis, Faculté des sciences économiques et de gestion, le 11 novembre 2016.


Bonjour à toutes et à tous,
Je voudrais tout d’abord remercier et clarifier.
Je ne suis pas professeur, même si je suis souvent intervenu dans des universités sur des sujets économiques et parfois littéraires.
Je suis diplômé de l’Institut d’Etudes politiques de Paris, autrement dit Sciences Po et ancien élève de l’Ecole nationale d’Administration.
Je suis député à l’Assemblée nationale depuis 2002 et je ne cesse, depuis 2007, d’intervenir sur cette grande crise.
Je voudrais remercier l’Université de Tunis El Manar et la faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis qui m’accueille aujourd’hui.
Nous sommes le 11 novembre.
Je voudrais, en ce jour, rappeler ce que fut, pendant la Grande Guerre, parmi les troupes tunisiennes engagées, le quatrième régiment de tirailleurs tunisiens : pas une fois, il n’a reculé, il a été cinquante et une fois à l’ordre de l’armée. Il a reçu la Croix de Chevalier de la légion d’Honneur, le 14 juillet 1918 des mains du président de la République et il a défilé le 19 décembre 1918 dans Gebwiller, une commune alsacienne rendue à la France et d’où ma grand-mère paternelle était originaire. C’est à ce titre que j’évoque ce régiment mais bien d’autres pourraient être cités puisqu’au total plus de 80 000 tunisiens ont été engagés, plus de 10 000 ont péri et autant ont été blessés.
Ceci étant dit, revenons au sujet.
Qu’est-ce qu’une crise ?
En quoi celle-ci se distingue-t-elle des autres ?
Une crise économique a pour cause la surévaluation de certains actifs qui entraîne, de manière mécanique, un excès de liquidité. La crise commence avec une chute plus ou moins brutale des valeurs, ce qui entraine une destruction corrélative de monnaie, un trouble considérable de l’économie (emploi, défaillance bancaires) et de la société car il y a toujours, au bout du compte, des gagnants et des perdants.
Une des premières crises identifiée et circonscrite fut celle des Tulipes au XVIIIème siècle, aux Pays-Bas. C’était une spéculation démesurée sur les oignons de tulipes, qui donnent de si belles fleurs mais qui ne valaient pas que l’on ait échangé, en février 1637, un bulbe de tulipe pour dix fois le salaire annuel d’un ouvrier qualifié !
Même si cette crise reste largement virtuelle, car reposant sur des contrats à terme sans véritables obligations à l’échéance, elle illustre l’absurdité de la spéculation.
A l’époque moderne, nous avons vu passer l’or de 35$ l’once (Troy ounce, soit 31 grammes), prix fixé à Bretton-Woods et soutenu par le « Pool de l’or » dans les années 60, à 1 300 $ aujourd’hui, alors qu’il s’agit d’or stocké sous forme de barres de 10kg, n’ayant d’autre usage que sa conservation et l’échange entre opérateurs financiers publics ou privés. Les banques centrales en détiennent bien moins qu’autrefois, s’agissant d’un bien qui n’est plus une référence officielle de gage monétaire, et dont l’usage industriel ou pour la bijouterie donnerait un prix bien plus bas.
Nous avons connu la crise de 1929, l’éclatement de la bulle internet en 2000 etc… Ceci pour les valeurs boursières.
La crise de 2007 a démarré à partir de la surévaluation des actifs immobiliers.
Alors, qu’est-ce qui différencie cette crise de toutes les autres ?
L’ampleur de l’excès de liquidité, la multiplicité des actifs surévalués, le caractère planétaire, l’imbrication mondiale des montages financiers les plus vastes et les plus complexes de l’histoire.
- L’excès de liquidité : la dette globale mondiale, somme des dettes publiques et privées, atteint aujourd’hui 286% du PIB de la planète, c’est plus qu’en 2007. C’est le ratio le plus élevé de l’histoire…
Le mot « trillion » n’a jamais, à ma connaissance, été utilisé en économie jusqu’en 2007. A l’exception de la description de l’effondrement de la monnaie allemande en 1923, vous le trouvez chez Jules Verne pour décrire de très grands nombres.
Même si les économistes l’utilisent aujourd’hui dans l’acception anglo-saxonne (mille milliards) et non dans l’acception universelle (milliard de milliard), il est significatif de l’ampleur de la crise : en 2008, un analyste de talent, Charles R. Morris, publiait « The Trillion Dollars Meltdown ». La crise faisait évoluer l’unité de mesure de la macro-économie du milliard au trillion !
En fait, la crise a détruit entre 10 et 15 trillions de dollars.
- La multiplicité des actifs surévalués : l’immobilier, les valeurs boursières, l’or, les émissions obligataires publiques voire privées, les œuvres d’art contemporain etc… Le coefficient q de Tobin est le rapport entre la valeur de marché d’un actif et sa valeur de remplacement.
Selon Andrew Smithers, le coefficient q serait, au 23 septembre 2016, à 61% de surévaluation pour les valeurs non financières et à 89% pour l’ensemble des valeurs cotées sur les marchés des Etats-Unis.
- Le caractère planétaire car aucune partie du monde n’est épargnée (même s’il existe un certain « découplage »).
- L’imbrication des montages financiers : le phénomène de titrisation, les couvertures financières mutuelles, la rapidité des transactions etc…
- Des taux réels à zéro voire en dessous, et la mise en œuvre par les banques centrales de programmes successifs de « Quantitative easing », Q1, Q2…Qx.
- Un système bancaire devenu massivement systémique (exemple du risque financier encouru par AIG en 2008, soit 600 milliards de $).

Avant cette crise, les voix des Cassandre se sont exprimées pour l’annoncer, de modernes Thucydide en ont déjà écrit l’histoire tandis que des Hippocrate économistes ont préconisé une thérapeutique appropriée (I).
Nous sommes au creux de la vague, allons-nous connaître une nouvelle tempête ou un ressac dévastateur ? (II)
Je voudrais enfin évoquer des questions essentielles : les hydrocarbures, le découplage planétaire, la géopolitique au cœur des tourments ou des espérances du monde en développement (III).

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I. Cassandre, Hippocrate, Thucydide.
Cassandre prédit le malheur sans être crue. Hippocrate sait soigner mais surtout ne pas appliquer de remèdes pires que le mal (« primum non nocere »), Thucydide a inventé l’histoire en racontant celle qu’il avait vécue, y jouant d’ailleurs un rôle peu glorieux…
La crise de 2007 a été prévue de très longue main par une pléiade d’économistes de talent, sa genèse à travers l’histoire des instruments financiers contemporains a été parfaitement décrite, les solutions possibles ont été exposées mais ne sont pas du tout mises en œuvre.
Les Cassandre
Il paraît que la reine Elizabeth II visitant, je crois, la London School of Economics en 2008, s’était étonnée en s’exclamant : « Why did nobody notice it ? »
Avec tout le respect que nous devons à cette souveraine, doyenne des chefs d’Etat, je dois dire que son information n’était pas complète.
Cette crise, due à un phénomène ancien et cumulatif, depuis les années 60, d’excès de liquidité, de dérégulation financière mondiale, de déséquilibre structurel des paiements des Etats-Unis, et la distorsion criante entre les revenus des riches et ceux des autres, a été prévue, analysée par avance par de nombreux auteurs depuis au moins les années 80-90.
Pour faire court, voici une bibliographie sommaire de quelques uns des ouvrages les plus remarquables dans leur anticipation.
Leurs auteurs ont une forte autorité académique, jointe souvent à une expérience pratique de l’économie considérable.
Les meilleurs économistes sont souvent des gens aptes à gagner de l’argent. Lord Keynes (John Maynard Keynes) est mort à la tête d’une fortune considérable (équivalant à 30 millions d’euros d’aujourd’hui) et, comme l’a dit un journaliste : il était, parmi les économistes, l’un des rares à présenter une aptitude pratique à gagner de l’argent.
Parmi les auteurs fondamentaux, je citerai d’abord trois français – une fois n’est pas coutume en économie – Jean Denizet, François Perroux et Henri Bourguinat, notamment pour « Inflation, dollar et euro-dollar », publié par les trois auteurs en 1971.
Ainsi que pour l’ouvrage de référence de Jean Denizet « Le dollar », en 1985.
Vous trouverez dans ces livres une réflexion documentée, très lisible mais contenant un travail remarquable sur le plan de la théorie économique.
François Perroux écrit notamment : « Tous les documents officiels affirment ou suggèrent le caractère sectoriel des inflations contemporaines ». C’est fondamental. Aujourd’hui, chacun feint de s’étonner, y compris chez les banquiers centraux, de ce que l’excès de liquidité n’entraine pas une inflation corrélative, c’est-à-dire une hausse générale des prix. Or, la formule d’Irving Fisher est incontestable, c’est même une tautologie : MV=PT où M est la masse monétaire, V la vitesse de circulation de la monnaie, P le niveau général des prix et T le volume des transactions.
Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que l’excès de liquidité va à la spéculation (une partie « sectorielle » de P), c’est-à-dire à l’or, à l’immobilier, aux valeurs mobilières etc… et s’accompagne d’une stabilité quasi négative des prix à la consommation et des prix industriels…
Un autre ouvrage, beaucoup plus ardu sur le plan de la théorie économique, c’est l’ouvrage du professeur Hyman P. Minsky « Stabilizing an unstable economy », publié en 1986. Rétrospectivement, Minsky est apparu en 2007, dix ans après sa mort, comme celui qui avait prévu la grande crise de 2007, en analysant l’instabilité et, en particulier le moment où des investisseurs surendettés vendent en masse leurs actifs pour faire face à un immense besoin de liquidité. C’est un grand paradoxe puisque l’excès de liquidité provoque des comportements spéculatifs qui conduisent à une crise de liquidité (« credit crunch »).
Je retiens, quant à moi, une éblouissante démonstration par laquelle apparaît l’analogie entre financement de la spéculation et Ponzi scheme. « However Ponzi finance, simply defined as the payment of cash to debt holders whith funds raised by either additionnal debt or decreasing cash kickers is not an unusual event – and it is not necessarily fraudulent”.
“An increase in the ratio of Ponzi finance, so that it is no longer a rare event, is an indication that the fragility of the financial structure is in a danger zone for a debt inflation”.
Enfin, un autre auteur, Richard Duncan, expert au FMI, à la Banque mondiale puis analyste dans le secteur privé, a écrit, en 2005, un ouvrage prophétique « The Dollar Crisis ».
Le chapitre 9 prévoyait la récession globale à venir : « global recession : why, when and how ?? ».
Il pointait, en particulier, de par son ampleur, la bulle immobilière : « How much longer this bubble in the US property market can continue to expand depends on two things : how much longer mortgage rates continue to fall ; and how much longer American can continue to finance home prices that are rising at a considerably faster rate than the increase of their wages and personal income ».

Thucydide
Le récit de la crise, de l’intérieur, et par une analyse “ethnographique” de la tribu financière a été écrit, dès 2009, par Gillian Tett, une remarquable journaliste du Financial Times, dans un livre intitulé : « Fool’s gold » (« How the bold dream of a small tribe at JP Morgan was corrupted by Wall Street greed and unleashed a catastroph »).
Ce récit pointe le rôle des nouveaux instruments financiers dans la genèse de la crise et la responsabilité des uns et des autres.
Hippocrate
Je ne citerai qu’un « bon » auteur, Andrew Smithers dans un ouvrage publié en 2009 : « Wall Street, imperfect markets and inept central bankers ».
Il recommande que les banques centrales surveillent l’inflation avec les taux d’intérêt, mais surtout le développement des bulles spéculatives avec la possibilité de restreindre l’offre de crédit pour prévenir les crises spéculatives.

II. Au creux de la vague, nouvelle tempête ou ressac dévastateur ?
Pour ne relater que ma très modeste expérience personnelle de l’analyse de la crise, je vous avouerais que, depuis l’automne 2007, je ne cesse de dire à mes collègues de l’Assemblée nationale que la crise va durer longtemps, que nous ne faisons rien pour en sortir quand nous n’aggravons pas la situation et que, pour le moment, notre seule alternative est une nouvelle tempête spéculative ou une prolongation plus ou moins agitée de la situation présente de « déflation spéculative ».
La crise va durer longtemps.
Les cours de la bourse américaine ont retrouvé leur niveau d’avant la crise de 1929 au milieu des années 50… Les crises durent longtemps, en fait quasiment une génération, soit vingt-cinq ans.
Nous ne faisons rien, voire nous aggravons la situation.
La crise de 2007 peut s’analyser comme un prodigieux réajustement, de l’ordre de 10 000 à 15 000 milliards de dollars. On peut estimer que la création de monnaie à l’initiative des banques centrales et des pays occidentaux pour contrer la crise est du même montant.
Beaucoup d’indices démontrent que la situation spéculative, la surévaluation des actifs, est aujourd’hui égale ou supérieure à ce qu’elle était en 2007 : l’immobilier, les valeurs boursières (moins surévaluées qu’en 2007, de l’ordre de 65% contre 100%), l’or etc…
Est-ce que notre système financier est plus robuste à coup de ratio de Bâle, de soi-disant régulation financière (stress tests, « Dodd-Frank act », « Volcker rule » etc…) ?
Je vous suggère, à ce titre, une lecture académique tout à fait précise et remarquable, publiée en septembre 2016 par Messieurs Sarin et Summers de l’Université d’Harvard et qui s’intitule « Have the big banks gotten safer ? » qui conclut que le risque est plus grand qu’il ne l’était avant la crise ! (L’un des deux auteurs, M. Lawrence Summers, était précédemment le conseiller économique du président Obama.)
Pour dire les choses brutalement, depuis la crise, les banques centrales et les Etats ont compensé la destruction de liquidité par une création corrélative, ce qui a évité que tout le système n’explose mais nous a ramené à la situation de 2007, sans que la régulation ne soit véritablement allée au fond des choses.
Il va bien falloir pourtant guérir, c’est-à-dire faire quelque chose avant que la bulle n’explose d’elle-même.
Les taux d’intérêt des Etats-Unis vont remonter après les élections. De combien ? Avec quel effet ? Nous l’ignorons encore !
Je crois que nous allons rester longtemps dans ce que j’appellerais la « déflation spéculative ».

III. Hydrocarbures, découplage planétaire, géopolitique, financement, nouveaux tourments et nouvelles espérances du monde en développement.
En préambule, je voudrais vous dire que je me sens à la fois citoyen du monde occidental développé et citoyen du monde en développement.
Je le suis au moins juridiquement puisque je suis porteur d’un passeport français mais aussi d’une carte d’OCI (Overseas Citizen of India) et que donc, avec une famille franco-indienne, je suis autant préoccupé par l’évolution du monde en développement que par celle du monde développé.
Dans le désordre, je voudrais vous livrer quelques réflexions pour nourrir le débat qui va suivre :
Hydrocarbures
Je considère, m’appuyant sur des travaux académiques nombreux et documentés, que les cours du pétrole sont assez éloignés de l’offre et de la demande et dépendent, à court terme voire à moyen terme, des positions des spéculateurs sur les marchés des matières premières et, à long terme, de l’évolution de l’offre et de la demande avec des ruptures considérables dues à l’évolution géopolitique.
Zaki Yamani, qui fut pendant vingt ans le ministre saoudien du pétrole, disait fort justement que l’âge de la pierre n’a pas pris fin parce qu’il n’y avait plus de pierres mais parce que l’on avait découvert le fer et qu’il en serait de même pour le pétrole.
Aujourd’hui, le pétrole est à 45$ le baril, soit un prix toujours élevé si l’on considère les coûts d’extraction dans les grands pays exportateurs (le pétrole saoudien est rentable à 20$ le baril), suffisamment bas pour décourager tout hydrocarbure alternatif (gaz et pétrole de schiste), en dessous du cours « d’équilibre » qui satisferait les producteurs sans être dommageable aux consommateurs (environ 70$ le baril).
Le prix actuel dépend peu de la spéculation financière alors qu’elle expliquait entièrement les cours au-delà de 90$ le baril.
La question pétrolière reste importante sans qu’elle puisse provoquer une crise économique, comme en 1973, car elle est au cœur de toute la problématique environnement/énergie qui nous obsède, et représente encore un enjeu géopolitique considérable entre monde en développement et Occident et au sein du monde en développement (en particulier dans la relation Iran/Arabie Saoudite).
Il peut y avoir des soubresauts économiques en raison du pétrole mais cela ne provoquera plus de grande crise.
Découplage
Dans les années 2007 et jusque récemment, l’idée d’un découplage entre une Asie triomphante à 8-12% de croissance et un Occident en crise à moins de 1% était à la mode.
Aujourd’hui, la Chine est entre 3 et 5%, ce qui est dramatique, tandis que des bulles financières ne cessent de gonfler dans ce grand pays (immobilier et shadow-banking en particulier). La Chine n’est pas en découplage, elle peut être à l’origine d’un nouveau séisme financier.
L’Inde se situe à un niveau beaucoup plus bas en terme de PIB mais bénéficie d’une croissance considérable, probablement la plus forte du monde, au-delà de 7%, en raison d’une démographie dynamique encore, d’un système politique tout à fait démocratique et respectueux de l’Etat de droit (bien plus que dans beaucoup de démocraties occidentales), d’une recherche et d’une technologie très développées, et d’une classe entreprenariale à la fois familiale et extraordinairement innovante.
Cependant, l’inde n’a pas atteint un niveau de puissance économique qui lui permettrait d’entrainer le monde ou même le monde émergent.
Géopolitique
Si nous oublions les conflits et les tensions, il reste un phénomène majeur et puissant de retour au protectionnisme. Chacun, en Europe comme en Amérique, semble avoir tourné la page du libre-échange et trouve de bonnes raisons pour élever des barrières protectrices. Ceci entravera le développement économique du monde jusqu’à ce que nous retrouvions la voie de la sagesse et du progrès.
Je vous rappelle le raisonnement fondamental de David Ricardo (1772-1823) économiste, agent de change et député !
Je vous conseille de lire et relire ce qu’il a écrit sur l’avantage comparatif avec, en particulier, le schéma des échanges entre l’Angleterre productrice de textile et le Portugal, producteur de vin !
Financement
Les taux d’intérêt en occident ne peuvent que remonter. Ils sont aux alentours de zéro aujourd’hui. Ces faibles taux d’intérêt ne doivent pas occulter la pénurie quantitative de crédit ailleurs qu’en Occident. En Inde où le capitalisme est familial, l’appel public à l’épargne limité, le crédit est difficile à mobiliser et cher avec des taux réels supérieurs à 1,5%. Ces taux positifs attirent les capitaux. Si les taux augmentent en Occident, les capitaux y reviendront massivement.
Alors même que nous vivons dans une bulle financière alimentée par la production sans limite de liquidité, une partie du monde risque le « credit crunch » et connaît actuellement une pénurie du financement.
Il fut un temps où l’on raisonnait au FMI en termes d’allocation de droit de tirage spéciaux (DTS ou SDR, special drawing rights) aux pays du Tiers-monde pour financer le développement.
Cet enjeu du financement est oublié au plan mondial et multilatéral, et dans les grands pays concernés, qu’il s’agisse de la Chine où le prêteur est l’Etat mais aussi le shadow-banking, ce qui est terriblement dangereux, ou de l’Inde pour les raisons que je vous ai dites…
Le Moyen-Orient est plus créatif, notamment aujourd’hui l’Arabie Saoudite qui se dote d’un fonds souverain de 2 000 milliards de dollars et qui met sur le marché une petite partie de l’ARAMCO.
Il reste que le monde en développement, soumis à ces tourments, est porteur d’espérance.
Il est riche de sa jeunesse, à l’exception de la Chine, et « il n’est de richesse que d’hommes » (Jean Bodin), il est bénéficiaire de la diffusion de la technologie, de ce qui reste du libre-échange, de la maîtrise de beaucoup de matières premières stratégiques, de ses souverainetés retrouvées. Vous êtes l’avenir.

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La crise est là, elle va se prolonger longtemps et je voudrais seulement vous faire toucher du doigt cette triste réalité : malgré ses immenses progrès, la science économique, si elle parvient à comprendre et à anticiper n’a qu’une faible influence sur la conduite économique mondiale.
Le temps n’est plus où Keynes donnait au New Deal sa force théorique et contribuait à faire sortir les Etats-Unis de la crise.
Le temps n’est plus où David Ricardo contribuait, en tant qu’économiste et parlementaire, à l’abolition des « corn laws », début du libre-échange qui a fondé notre prospérité.
Quand des économistes ont de l’influence aujourd’hui, elle est perverse. La doctrine de l’expansion monétaire sans limite, forgée par MM. Greenspan et Bernanke, est une des contributions majeures à la crise.
Mais ici, dans le monde en développement, il est essentiel d’acquérir la compréhension de l’économie.







Bibliographie

- Charles R. Morris, « The Trillion Dollar Meltdown », 2008
- François Perroux, Jean Denizet, Henri Bourguinat, « Inflation, dollar, euro-dollar », 1971
- Jean Denizet, « Le Dollar », 1985
- Hyman P. Minsky, « Stabilizing an unstable economy », 1985
- Andrew Smithers, « The road to recovery », 2013
« Wall Street », 2009
- Richard Duncan, « The Dollar Crisis », 2003
- Gillian Tett, « Fool’s Gold », 2009
- David Ricardo, « The principles of political economy and taxation », 1817
- Natasha Sarin, Lawrence H. Summers, « Have big banks gotten safer », 2016

Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 14/11/2016

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