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Navets et carottes

29/09/2011
Navets et carottes
La fameuse affaire de la paillote incendiée sur ordre d'un préfet a fait l'objet d'un téléfilm dont je n'ai vu qu'une toute petite partie à ce point caricaturale qu'elle ne m'a pas donné envie de voir la suite. Tout celà me fait penser à deux légumes bien connus : le navet et la carotte.
Le navet bien sûr, parce que ce genre de production évoque inévitablement ce légume sympathique mais relativement insipide, de consistance moyenne et de couleur terne dont les caractéristiques ne suscitent pas plus d'enthousiasme que la bouillie indistincte de lieux communs et de caricatures qui constitue l'essentiel de ces productions.
La carotte me fait penser à M. Bonnet, non pas parce qu'elle est traditionnellement associée au bâton que ce préfet indigne agitait dans tous les sens, mais à propos d'une anecdote vécue.
La carotte est, en effet, associée au tabac parce qu'autrefois les débitants de tabac, à fumer dans les pipes ou à priser, plaçaient dans leurs stocks des carottes destinées à maintenir un degré approprié d'humidité. C'est d'ailleurs pourquoi les débits de tabac ont une enseigne rouge évoquant une carotte stylisée.
J'ai commencé à comprendre qu'au-delà de ses excès verbaux et de ses rodomontades, le préfet Bonnet n'avait pas une conception saine des lois lorsqu'un jour, à la préfecture d'Ajaccio, après un déjeuner, il nous fut proposé des cigares d'excellente provenance puisqu'il s'agissait d'authentiques havanes.
Je ne put résister à la tentation d'en fumer un (il était encore permis de fumer à l'époque dans les lieux publics), tout en faisant remarquer au préfet que la République ne se refusait rien.
Celui-ci me répondit que, soucieux d'économiser les deniers publics, il faisait l'acquisition de ces précieux havanes via internet en les important directement d'Espagne, ce qui revenait beaucoup moins cher. Je lui fit simplement remarquer que cette pratique était certes avantageuse mais rigoureusement interdite et qu'elle consistait manifestement en une fraude fiscale puisque les produits du tabac font l'objet en France d'un monopole de distribution et d'une très lourde taxation.
Ce à quoi le préfet me répondit que je me trompais et qu'il était tout à fait licite d'importer ainsi en détaxe via internet. Je lui rétorquais que les douanes n'avaient pas la même conception de lui que la détaxe ce à quoi il me répondit avec un aplomb impressionnant qu'il avait demandé l'avis des douanes sur ce point et que lesdites douanes lui avaient confirmé la légalité de ses acquisitions hors taxes.
Comme j'étais en train de fumer un des produits de ce trafic illicite, je décidais de ne pas insister mais je compris aussitôt qu'il m'avait menti, qu'il n'avait évidemment pas saisi les douanes sur ce point, lesquelles, s'il l'avait fait, l'auraient immédiatement mis en garde sur le caractère frauduleux de son petit trafic.
J'en déduisais aussitôt que M. Bonnet possédait au moins quatre caractéristiques : une capacité remarquable à proférer un gros mensonge sans sourciller, un culot assez phénoménal, la certitude que ses interlocuteurs étaient imbéciles et ignorants et enfin une conception extraordinairement laxiste de l'application des lois quand celles-ci le concernaient à l'opposé de la rigueur qu'il entendait appliquer à tous les autres.
Quoi qu'il en soit, entre carottes et navets, le film en question n'a sans doute pas provoqué l'appétit des téléspectateurs, et finira sans doute rapidement, après cette timide incursion sur nos écrans, par disparaître définitivement des menus audiovisuels.

Commentaires (4) | Rédigé par Paul Giacobbi le 29/09/2011
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