Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

d'après Jonathan Swift


C'est un objet de tristesse, pour celui qui traverse cette grande ville de Dublin ou voyage dans les vertes campagnes de l'Irlande, que de voir les rues, les routes et le seuil des maisons encombrés d'affiches, de banderoles en faveur du "non" au traité de Lisbonne ainsi que tous ces jeunes gens et ces individus de tout âge importunant le passant de leurs opinions négatives à l'égard de notre bienfaisante Union européenne.

Chacun s'accorde à reconnaître que ces quelques millions d'irlandais ont constitué une très grande charge financière pour notre Union européenne et que celui qui trouverait un moyen équitable, simple et peu onéreux de faire participer ces citoyens ingrats à la communion des bons esprits européens, mériterait si bien de l'intérêt public, qu'on lui élèverait pour le moins une statue comme bienfaiteur de la grande République eurocratique.

Mais mon intention n'est pas, loin de là, de m'en tenir aux seuls citoyens irlandais qui ont voté contre le lumineux traité de Lisbonne, mais se conçoit à une plus vaste échelle et se propose d'englober tous les citoyens irlandais en âge de voter.

J'ai beaucoup réfléchi à ce sujet capital, et j'ai examiné avec attention les différents projets des uns et des autres de nos grands penseurs euromaniaques et je n'y ai trouvé que de grossières erreurs de calcul politique. Les uns veulent exclure les irlandais de l'Union européenne et de ses bienfaits, les autres veulent les faire revoter de gré ou de force, jusqu'à ce que le peuple irlandais finisse par dire « oui » au merveilleux traité de Lisbonne, d'autres encore menacent de les priver définitivement de tout subside européen, tandis que certains des eurocrates les plus violents, en particulier le très turbulent petit roi de France, rêvent d'entreprendre un expédition punitive pour apprendre à nos irlandais la vertu qui s'attache à manifester de la gratitude à son bienfaiteur.

Étant généralement admis que la population du royaume d'Irlande s'élève environ à trois millions d'âmes, je déduis qu'il doit bien y avoir deux millions de citoyens inscrits sur les listes électorales.

Ces deux millions d'irlandais en âge de voter ont en moyenne coûté chacun à notre généreuse Union européenne plusieurs milliers de nos bons euros en subventions diverses qu'ils ont dépensé pour le plus grand profit de leur Nation et l'enrichissement remarquable de quelques membres éminents de leur classe dirigeante.

Il n'est évidemment plus possible de continuer à sacrifier tant d'argent pour les seuls citoyens irlandais qui de surcroît ont l'ingratitude de frapper la main qui les a nourris si longtemps.

Les convaincre de changer d'avis est impossible et le tenter serait d'ailleurs attenter à leur dignité. Les menacer par un chantage odieux de les priver de subventions tant qu'ils persisteront dans leur refus serait sans doute inefficace, tandis que que le chantage ainsi pratiqué porterait atteinte à la réputation d'honnêteté séraphique et de rigueur morale, confinant à la sainteté, qui s'attache aux dirigeants de notre Union sacrée européenne.

Laisser le belliqueux petit roi de France entreprendre une expédition punitive destinée à massacrer quelques uns des irlandais récalcitrants pour enseigner aux autres, par l'exemple, l'avantage et la sécurité qui résultent d'un vote positif, serait à la fois sanglant et injuste.

L'Irlande a déjà subi d'ailleurs au cours de son histoire douloureuse de nombreuses expéditions punitives qui n'ont jamais réussi à détourner ce peuple des chemins funestes de l'église papiste et de ses messes, pas plus que des pubs enfumés et de leurs guiness !

Il ne reste donc qu'une solution juste et équitable et particulièrement opportune en ces temps de pénurie alimentaire mondiale et de nécessité absolue où nous nous trouvons, d'un simple point de vue humanitaire, de fournir aux populations pauvres de la planète les précieuses protéines qui leur manquent.

Les adultes irlandais en âge de voter sont généralement assez gras, du fait d'un régime essentiellement composé de pommes de terre, de viande de mouton, accommodés en «Irish Stew» avec des oignons, de très grandes quantité de stout, voire d'un peu de saumon, tandis que la pratique régulière de la pêche à la truite selon les techniques du dry fly fishing, et d'autres sports essentiels tels que le rugby, l'équitation, et les bagarres du samedi soir à la sortie des pubs, leur donne une ossature solide et une musculature tout à fait convenables.

En tant que viande de boucherie, les citoyens irlandais en âge de voter, s'ils représentent une quantité per capita nettement inférieure à celle d'un bovin de race charolaise, n'en représentent pas moins collectivement et potentiellement une source d'alimentation carnée et protéinée que l'on peut sommairement évaluer à l'équivalent d'un troupeau d'au moins cinq cent mille bovins adultes des meilleures espèces. De surcroît, et sur le plan gustatif, nous remarquerons que les éleveurs japonais de Kobe prennent soin de masser à la bière tout au long de leur engraissement leurs merveilleux bovins et que si les citoyens irlandais ne bénéficient pas de ce traitement, il est probable que les très grandes quantités de guiness qu'ils absorbent donnent à leur chair un parfum persillé tout à fait assimilable à celui du boeuf de Kobe.

Sur le plan économique et financier il importe de s'interroger sur le point de savoir si le produit de la vente de tout cette bonne chair irlandaise au prix actuel sur les marchés européens et asiatiques du charolais ou du boeuf de Kobe permettrait à notre bienheureuse Union européenne de rentrer dans ses fonds et de se rembourser des sommes considérables qu'elle a consacré aux subventions irlandaises.
Le calcul est assez difficile compte tenu des variations importantes des cours de la viande et de la difficulté où l'on se trouve de savoir si celle des citoyens irlandais sera appréciée sur les marchés internationaux à sa juste valeur ou si elle subira une décote absurde, imputable à on ne sait quel préjugé plus ou moins judeo-chrétien qui écarte parfois l'être humain de se nourrir de la chair de ses semblables.
Sans que l'on soit certains que notre Union rentre complètement dans ses fonds, il n'en demeure pas moins que l'opération qui consisterait à transformer en viande de boucherie les deux millions de citoyens irlandais qui ont, par leur vote majoritaire, eu le culot de rejeter le traité de Lisbonne, aurait au moins l'avantage politique de montrer aux autres peuples récalcitrants de l'Europe ce qu'il advient à ceux qui défient la sagesse des dieux bruxellois et contribuerait donc à convaincre tous les peuples récalcitrants, des polonais au néerlandais, en passant par les tchèques, de l'intérêt qu'il y a pour eux à approuver sans réserve les superbes traités sublimement négociés par nos Grands Conseils européens.

Même les français pourraient peut-être par cet exemple se laisser convaincre de voter « oui » dans un référendum populaire, ce ce qui serait d'ailleurs dommage d'un point de vue gastronomique et financier puisque l'on peut imaginer que la chair des citoyens français ayant bénéficié d'un régime alimentaire nettement plus raffiné que celui des citoyens irlandais pourrait être plus appréciée sur les marchés mondiaux et contribuer plus encore que celle des irlandais à l'enrichissement des caisses de notre grande Union européenne qui doit faire face aux charges croissantes d'un élargissement sans limite.

L'intérêt économique et financier comme l'intérêt politique d'une transformation totale de tous les citoyens irlandais en âge de voter en bonne viande de boucherie communautaire n'échappe évidemment à personne.

Les aspects techniques ne posent aucun problème car notre sage Union européenne a permis d'équiper tous nos abattoirs aux normes communautaires qui permettent à l'animal et donc aussi à l'homme, moyennant sans doute une très légère adaptation des outils, d'être tués sans douleur dans des condition sanitaires irréprochables, tandis que cette même Union bienveillante s'est équipée d'immenses entrepôts frigorifiques communautaires parfaitement suffisants pour stocker les quantités correspondantes à ces deux millions de citoyens irlandais sous forme de carcasses de boucherie.

Il reste que c'est sur l'aspect moral que ma modeste proposition doit à l'évidence s'imposer à tous. Si l'Union européenne dans sa sagesse et sa clairvoyance décidait de procéder ainsi à la transformation en bonne viande de boucherie des mauvais citoyens irlandais, elle démontrerait une fois encore à quel point elle est capable de transformer en valeur économique très positive des citoyens encore prisonniers d'absurdes préjugés anti-européens. De surcroît le fait pour l'Union européenne de récupérer, en quelque sorte sur le vif des citoyens, l'argent par lequel sous forme de subventions si généreuses elle a contribué à les nourrir pendant tant d'années ne saurait que satisfaire les exigences morales du plus scrupuleux des théologiens europhiles.

Je n'ai personnellement aucun intérêt personnel à ce projet n'ayant aucune implication dans l'industrie de l'abattage, le commerce de la viande ou le stockage et le transport des carcasses, mais croyant fortement en la grandeur et en l'humanité bienfaisante de notre Union européenne j'ai voulu comme fît autrefois un esprit religieux et moral qui fut également un littérateur imaginatif faire prendre conscience à l'Europe des problèmes que pose la situation irlandaise.
Ainsi l'esprit de Jonathan Swift éclairera, plusieurs siècles après sa première proposition, la grande Europe sur les problèmes de la petite Irlande.




Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 24/06/2008
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