Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Répondant à un collègue parlementaire qui m'avait signalé l'article de Thomas Piketty dans Libération, je lui ai adressé le commentaire que voici.


A quantitative easing professional going about his business
A quantitative easing professional going about his business
Cher Collègue,

J'ai lu avec attention le papier de Thomas Piketty dans Libération du 22 novembre 2011.
L'appel au fédéralisme européen est totalement étranger au sujet (en tout cas au sujet de la dette des Etats). La question est celle de la création ou de la restriction monétaire et non de savoir si cela doit se traiter au niveau national ou européen.
Depuis un certain nombre d'années, disons depuis que M. Alan Greenspan est devenu le président de la Fed (Federal Reserve Bank, équivalent d'une banque centrale aux Etats-Unis) en 1987, succédant à un véritable génie de l'économie (Paul Volcker, aujourd'hui âgé de 84 ans, qui tout au contraire avait redressé le dollar et l'économie américaine en faisant monter les taux d'intérêt réels à 17%...) s'est répandue l'idée selon laquelle l'économie pouvait désormais éviter toute crise par un moyen très simple : offrir autant de liquidité que nécessaire au système financier en abaissant les taux d'intérêts dès que le besoin s'en ferait sentir et également en faisant des banques centrales les « prêteurs de dernier ressort » susceptibles, pour le cas où la diminution des taux d'intérêt ne suffirait pas :

- de fournir de la liquidité aux banques en leur accordant des prêts quasi-gratuits sans contrepartie,
- de financer les Etats en faisant souscrire massivement des bons du Trésor à la banque centrale à un taux très bas.

Cette politique est celle du pilotage de la conjoncture par les taux directeurs des banques centrales et celle des « quantitative easing » par les mêmes banques centrales.
Cette manière de faire a permis au monde de sortir de la crise de l'internet au début des années 2000 et a permis d'éviter l'effondrement du système bancaire international de 2007 à nos jours...
Je rejoins l'analyse de Piketty car, à court terme, il n'y a pas d'autres moyens pour éviter l'effondrement des finances publique et de l'euro en Europe.
Les autres solutions sont le défaut, c'est-à-dire la faillite, ce qui pose toujours bien des problèmes, et le « belt tightening » (se serrer la ceinture), ce qui consiste à imposer de telles restrictions budgétaires que l'économie entre en récession et que le budget est encore plus en déficit, tandis que le peuple bascule dans la misère ou la révolution...
Cependant, cette analyse est stupide à moyen et long terme pour bien des raisons :

1.Agir ainsi, c'est se condamner alors à subir une crise encore plus forte deux ou trois ans plus tard en espérant qu'il sera possible d'inonder à nouveau le monde de liquidités (les bilans de la Fed ont été multipliés par trois en quelques années : on a créé des milliers de milliards de dollars...).

2. L'expérience montre que les pays qui vivent dans un déficit permanent ont un taux de croissance sur une période moyenne et longue (de trois à dix ans) bien moins élevé que celui des pays qui vivent avec des budgets équilibrés et une restriction de la croissance monétaire. C'est ce qui ressort des travaux des professeurs Rogoff et Reinhart.

3.Si l'on veut éviter la répétition de crises financières de plus en plus gigantesques, il y a d'autres méthodes macro-économiques. L'expérience de Paul Volcker dans les années 1980 en est une magnifique illustration.
Sur le plan théorique, deux ouvrages ont admirablement analysé et même prophétisé les choses :
- Andrew Smithers, « Wall Street revalued, imperfect markets and inept centralbankers »
- Hyman P. Minsky, « Stabilizing an unstable world ».

4.Je te propose une lecture beaucoup plus accessible que celle de ces économistes de génie mais qui ne s'expriment qu'en anglais et en équation, trois notes ci-jointes que j'ai diffusées au cours des dernières années à l'Assemblée nationale.

Conclusion :
Les idées de M. Piketty sont un avatar européen de ce que les économistes appellent le « Bernankisme » (du nom de Ben Bernanke, actuel président de la Fed et auparavant âme damnée d'Alan Greenspan).
Il n'y a aucune originalité dans cet article et il témoigne d'un grand conformisme de pensée économique, aux antipodes de l'esprit des auteurs précités, lesquels sont parfois (Smithers et Volcker) des praticiens exceptionnels qui ont admirablement appliqué leur théorie au monde réel et avec succès et profit, soit pour eux-mêmes, soit pour la collectivité.
S'il existait un moyen de répondre à tous les problèmes économiques en créant, sans limite ni retenue, de la monnaie, le monde serait sans doute beaucoup plus agréable... Malheureusement, créer de la monnaie indéfiniment encourage la spéculation, permet aux financiers d'être encore plus riches et de se voir garanti par la collectivité de ne jamais faire faillite, tandis qu'à la fin, l'inflation ou la restriction qui finit par arriver ruine les pauvres gens.

Au fait, M. Piketty est-il socialiste ?

Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 04/01/2012
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