Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   
La République française emprunte sur les marchés de l'ordre de 200 milliards d'euros par an. Il s'agit en effet de financer le déficit annuel de l'Etat auquel s'ajoute le financement du remboursement des emprunts antérieurs arrivés à échéance.
Nos bons du Trésor à échéance de dix ans sont aujourd'hui souscrits par les marchés aux environ de 3,5%. Pour donner une idée, ceux du Japon sont à 1,27%, ceux de la Suisse à 1,8%, ceux de l'Allemagne à 3,1%, ceux des Etats-Unis à 3,3% mais ceux de la Grèce à 11,2%.
Le vrai problème n'est pas de savoir si les marchés ont confiance ou non dans un pays donné. En effet, l'appréciation par les marchés de la situation d'un pays est assez stable, sauf crise exceptionnelle. La vérité est que pratiquement aucun pays ne serait capable de rembourser sa dette autrement qu'en souscrivant de nouveaux emprunts. Ainsi, l'Etat français est en déficit depuis un demi-siècle et a contracté une dette qui représente 1 300 milliards d'euros !
La vraie question est de savoir si les capitaux internationaux, cet océan d'argent qui a été fabriqué pour compenser les déficits structurels des économies occidentales et qui représentent plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars, préfèrent à un moment donné se placer dans le secteur public ou, au contraire, dans le secteur privé.
C'est un arbitrage complexe d'appréciation du risque et de prévision de rentabilité. Lorsqu'il y a crise et que les entreprises offrent avec leurs actions ou leurs obligations une rémunération faible et un certain risque, ces capitaux se portent massivement et à taux très réduit sur les obligations publiques.
S'il y a un semblant de reprise, non pas d'ailleurs de l'économie elle-même mais du profit des entreprises, et amélioration de l'appréciation qui est faite de leur solidité, les capitaux vont brusquement se détourner des obligations publiques et les taux des bons du Trésor vont se mettre à monter inexorablement pour tous les pays et atteindre des taux insupportables pour les Etats au sujet desquels apparaît un doute quant à leur solvabilité.
Il faut comprendre qu'il devient pratiquement impossible d'emprunter lorsque les taux à dix ans atteignent 7 à 8%.
Du reste, même l'Allemagne a parfois des difficultés à trouver des souscripteurs pour la totalité de ses émissions.
Nous sommes menacés à tout moment d'une telle situation que j'avais décrite dans une note de 2009 « « Décennie perdue » ou émergence d'un nouveau monde économique ? ».
Actuellement, les taux augmentent et, en cas de crise, la seule possibilité serait que la banque centrale européenne achète massivement les bons du Trésor du pays menacé de cessation de paiement comme cela a déjà été fait pour la Grèce, l'Irlande etc...
Simplement, il serait très difficile de réitérer la même opération pour un pays comme la France car les montants en cause seraient tels que cela deviendrait difficilement supportable pour la BCE et pour les pays de la zone euro.
La situation financière des économies européennes est infiniment plus grave que l'on ne croit. J'ai posé sur ce sujet de nombreuses questions au gouvernement en précisant chaque fois les risques et aussi ce qui allait se produire pour tel ou tel pays et d'ailleurs ce qui s'est produit inéluctablement.
J'ai évoqué la situation préoccupante de l'Allemagne sur laquelle pèse un risque bancaire de près de 1 000 milliards d'euros mais je n'ai jamais évoqué en séance publique la situation très inquiétante de notre pays.
Quelle que soit notre évolution politique, il faudra bien que la France fasse l'effort nécessaire pour se libérer de cet étau financier et, en s'y prenant à temps, on pourrait éviter que la rigueur ne s'applique prioritairement, comme en Grèce ou en Irlande, qu'aux fonctionnaires, aux services publics et aux plus démunis et qu'elle porte d'abord sur un certain nombre d'abus et sur les plus fortunés.
En attendant, il ne faut pas compter sur un regain de croissance en 2011 pour nous sortir de cette impasse et paradoxalement un semblant de reprise, même modeste, précipitera la crise des finances publiques.

Commentaires (15) | Rédigé par Paul Giacobbi le 19/01/2011
Paul Giacobbi - Photo officielle

Consultez le blog de Paul Giacobbi sur votre mobile !


Les dernières notes
Communiqué 20/02/2017
Pace e Salute ! 10/01/2017
Toutes les archives