Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   
Conduisant une délégation de députés français au Bangladesh (Chantal Bourragué, Claude Birraux, Noël Mamère et votre serviteur), j'ai observé tout le circuit de collecte, de production et de distribution de yaourts enrichis de vitamines et de minéraux, une initiative conjointe de la fameuse Grameen Bank du Professeur Yunus, prix Nobel de la paix 2006, et de la société française Danone.
Je ne sais pas comment l'on chantonnerait en bengali, sur l'air du « Poinçonneur des lilas », une rengaine du genre « des p'tits pots, encore des p'tits pots, toujours des p'tits pots ! ».
Toujours est-il que nous sommes partis au petit matin dans la campagne profonde du district rizicole de Bogra, à travers les petites routes en terre des digues qui entourent les rizières jusqu'à un point de collecte où les propriétaires de vaches apportaient leur très modeste production individuelle de l'ordre de un à dix litres, tandis que les responsables techniques faisaient des tests de qualité bactériologique et de densité avant de mesurer la quantité apportée et de rémunérer les producteurs.
Nous avons également visité la petite usine qui produit environ 100 000 yaourts par jour et nous avons pu assister à la vente et à la promotion de ces produits essentiellement destinés à lutter contre la malnutrition des enfants dans les villages.
Quelques chiffres permettent de se faire une idée des qualités et des défauts de cette initiatives :
- Chaque petit pot contient suffisamment de vitamines et de minéraux pour constituer le complément indispensable au développement d'un enfant à condition qu'il en mange deux par semaine.
- Chacun de ces yaourts est vendu suivant les modèles de 5 à 7 thakas (la monnaie du Bengladesh valant environ un centime d'euro).
- Le salaire minimum légal au Bangladesh est de 3 000 thakas, le salaire moyen dans les entreprises du textile est de 6 000 thakas et le revenu d'un paysan se trouve probablement en dessous de 2 000 thakas.
- Il faut donc à une famille de quatre enfants qui voudrait distribuer deux yaourts à chacun par semaine un budget mensuel de l'ordre de 200 thakas, ce qui représente approximativement dans ces campagnes au moins 10% du revenu disponible.
- La rémunération des producteurs représente environ 30% du prix de vente, ce qui est tout à fait considérable puisque la rémunération d'un producteur de lait dans un pays comme la France entre pour presque rien dans le prix de vente d'un yaourt dans un supermarché.
- Le nombre de personnes qui tirent revenu de cette affaire est considérable : plus de trois cents fermiers sont fournisseurs de lait, plus de huit cents personnes sont revendeurs de yaourts, l'usine emploie plusieurs dizaines de personnes de telle sorte qu'on ne doit pas être loin d'un équivalent de cinq cents temps pleins pour cette affaire.

Sur un plan plus qualitatif, les yaourts sont excellents et se conservent six jours sans réfrigération et le double lorsqu'ils sont conservés au frais.
A l'évidence, il faudrait diminuer le prix et, par ailleurs, réduire considérablement la part du plastique dans le conditionnement, par exemple en utilisant le système traditionnel dans le sous-continent indien des récipients en terre cuite jetable à usage unique...
Cependant, par sa qualité, par son insertion dans le tissu social de la campagne, par l'exemplarité de sa démarche de « social business », cette réalisation a déjà produit des résultats encourageants et pourrait sans doute connaître un développement important dans les années à venir.
On se demandera peut-être pourquoi des députés français ont tenu à parcourir la campagne bangladeshi à la recherche de ces fameux petits pots de yaourts. C'est que nous voulions éviter d'en être réduit à croire tout ce que l'on nous aurait dit sans aller observer les choses au niveau de l'herbe ou, plus exactement dans ces villages où le riz laisse peu de place à l'herbe, à celui des rizières...
C'est d'ailleurs le problème majeur de cette affaire : les vaches de cette région produisent de deux à cinq litres par jours quand une bonne laitière française en produit facilement trente. C'est une question d'espèce sans doute mais aussi d'alimentation puisque ces vaches des rizières sont nourries essentiellement avec de la paille de riz, des compléments alimentaires au soja acheté 30 thakas le kilo et aussi, quand le cycle de production rizicole le permet par de l'herbe ensemencée dans le fond des rizières qui permet de très éphémères pâturages.
Tout cela n'est rien à côté du bonheur des enfants auquel notre petit groupe a offert tout le stock disponible de la « Grameen lady » dans l'un des villages du district de Bogra.
En définitive, les petits pots permettent de prévenir la malnutrition de plusieurs centaines de milliers d'enfants et de faire vivre plus de cinq cents personnes !
Les petits pots de « Grameen shakti dohï »

Les petits pots de « Grameen shakti dohï »

Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 07/02/2011
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