Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Ne nous réjouissons pas trop vite d'un semblant de reprise de la croissance économique, d'un rebond des bourses voire d'une stabilisation des prix de l'immobilier.

La reprise de la croissance économique est essentiellement due à la reconstitution des stocks ainsi qu'à un certain effet à court terme des plans de relance. Lorsqu'une crise survient, les détaillants, puis les grossistes anticipent une baisse de la demande bien plus forte que celle qui aura lieu en réalité et commencent par liquider tout leur stock. Les producteurs, affolés par cette absence de commandes diminuent leur production de manière encore plus drastique. Ainsi, alors que la demande pour les automobiles neuves a baissé au cours des derniers mois de moins de 20%, les constructeurs automobiles ont, à un moment donné, diminué de 50% voire plus la production de leurs usines.

Mais comme la demande, même diminuée grandement, existe toujours, les détaillants qui n'ont aujourd'hui plus de stocks se remettent à commander, et même s'ils anticipent des ventes inférieures à ce qu'elles étaient avant la crise, la nécessité de reconstituer un minimum de stocks les oblige à commander pour un laps de temps donné plus qu'ils ne l'auraient fait pour une période de temps comparable avant la crise.

Ces nouvelles commandes sont un signe très positif pour les grossistes qui ne voulant pas être pris au dépourvu vont amplifier le mouvement tandis que le même phénomène conduira les entreprises de production à encore plus d'optimisme.

Ainsi, le mouvement est-il très amplifié, de manière mécanique, ce qui nous condamne à connaître à très court terme une nouvelle rechute dès que les stocks seront reconstitués.

Par ailleurs, l'effet des plans de relance se fait sentir et par exemple aux Etats-Unis une dépense de 750 milliards de dollars au titre de la relance budgétaire pour un PIB de moins de 15 000 milliards provoque mécaniquement aussi, sur un ou deux trimestres, une reprise illusoire mais très accentuée.

On peut donc sans se tromper anticiper dans le courant 2010 une rechute significative de la production, l'essentiel étant de comprendre qu'en réalité l'emploi et la demande globale stagnant, voire diminuant, il ne peut être question de reprise durable dans les pays occidentaux, tandis que la reprise dans les pays émergents ne suscite pas vraiment d'effet stimulant pour nos économies occidentales.

Par ailleurs, sur le plan strictement financier, il faut rappeler que les additions se paient toujours, même pour les banques et que, selon une récente analyse publiée le 10 novembre dans le Financial Times, les banques commerciales sur l'ensemble du monde vont devoir rembourser de l'ordre de 7 000 milliards de dollars qu'elles ont empruntés sous forme d'obligations à court terme dont les échéances les plus lointaines se situent en 2012.

Je ne voudrais pas passer pour un oiseau de mauvaises augures mais je considère que plutôt que de se réjouir d'une reprise parfaitement illusoire, nous ferions bien de nous attaquer sérieusement aux racines du mal, faute de quoi nous allons connaître une rechute rapide et gravissime.

Sans qu'aucun des problèmes de fond n'ait été réglé, la crise actuelle a été soignée par une injection massive d'argent quasi gratuit au profit des banques. On ne dira jamais assez à quel point cette thérapeutique consiste à soigner l'état de manque d'un toxicomane en lui donnant à volonté de sa drogue favorite. Cela ne peut conduire qu'à une nouvelle crise, plus violent encore et dans un intervalle de temps réduit et ne saurait permettre l'amorce d'une guérison.

La reconstitution à la quelle nous assistons aujourd'hui d'une bulle financière, voire d'une nouvelle bulle immobilière notamment en Asie sont une conséquence directe de l'augmentation démesurée des masses monétaires depuis 2007. Ce n'est en aucun cas un signe encourageant de reprise.

Bien au contraire, cela ne peut qu'accentuer la rechute prévisible.

Les idées que je défends à cet égard ne sont malheureusement pas originales mais reflètent bien plutôt un véritable consensus des économistes, en tout cas de ceux qui ont vu venir la crise et l'ont annoncée en temps utiles.

J'aimerais beaucoup me tromper mais quoi qu'on en croit, il n'y a pas en économie de miracles ni même de cataclysmes imprévus.


Commentaires (7) | Rédigé par Paul Giacobbi le 10/11/2009
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