Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   
Pablo Casals (Pau Casals i Defilló - 1876-1973)
Pablo Casals (Pau Casals i Defilló - 1876-1973)
Rigueur ou relance budgétaire ?
Souscription illimitée des bons du Trésor par les banques centrales ou régulation restrictive par les marchés financiers ?
Efforts de compétitivité par la restriction salariale ou soutien à la consommation par des augmentations de salaire ?
Les économistes plus ou moins distingués et les journalistes plus ou moins compétents se posent ces problèmes à longueur d'articles et opposent de manière catégorique leurs solutions de prédilection.
En fait, trois écoles, trois doctrines, voire trois philosophies s'affrontent :
celle des « rigoureux » qui considère qu'une économie n'atteint la prospérité qu'au prix de la souffrance et l'abondance que par la restriction. C'est une école fortement inspirée du sentiment de culpabilité judéo-chrétien qui ne permet l'absolution et la rédemption que par l'expiation et le sacrifice. Ceux qui enseignent dans cette école-là sont d'ailleurs rarement soumis personnellement à la souffrance expiatoire. Banquiers nantis, professeurs, conférenciers et publicistes bien rémunérés, ils ne connaissent le chômage et la misère qu'à travers les statistiques !
Celle des « néo-monétaristes » pour qui tout repose sur la liquidité et qui veulent faire des banques centrales les régulateurs infiniment généreux de ladite liquidité qu'ils réservent cependant aux banques et aux Etats, comme si cette manne ne pouvait légitimement soulager la misère des peuples mais seulement assurer la sécurité financière de ceux qui nous gouvernent politiquement ou économiquement. Cette philosophie technocratique née sur les bords du lac Michigan, à l'université de Chicago, sous les auspices de Milton Friedman, a fait beaucoup de petits dans les grandes banques centrales occidentales, notamment à la Fed américaine puisqu'on n'hésite pas à la qualifier de « bernankisme », du nom de l'actuel président de cette institution.
Celle des « néo-keynésiens » pour laquelle rien de vaut une succession ininterrompue de plans de relance budgétaire qui finiront bien un jour par faire repartir l'économie et ramener le plein emploi. Cette caricature de la théorie keynésienne est d'autant plus une imposture qu'elle prétend imposer sur le long terme une thérapeutique dont son inventeur a toujours considéré qu'elle ne pouvait s'appliquer qu'à court terme.

Aucun gouvernement n'a jamais réussi en appliquant exclusivement une seule de ces politiques.
Dans une situation de crise économique et financière, l'application prématurée de plans de rigueur budgétaire ne peut qu'aggraver la situation en induisant une récession plus profonde et plus durable et un déficit toujours plus lourd du fait de la diminution des recettes fiscales.
L'alimentation sans limite de la liquidité pour les banques et les Etats favorise d'abord la spéculation puis l'inflation sans pour autant parvenir à provoquer une relance durable de l'économie.
Le déficit budgétaire, massif et chronique, conduit bien plus sûrement à la banqueroute, car tôt ou tard la confiance fait défaut, qu'à l'emploi et à la prospérité.
Notre corps économique est malade et nous devrions le considérer comme tel pour concevoir une stratégie thérapeutique en plusieurs temps comme font d'ailleurs les bons médecins pour nous soigner. Aucune maladie grave ne se soigne en effet uniquement avec un seul traitement, uniformément administré depuis la crise aiguë jusqu' à la fin de la convalescence.
Si par exemple l'exercice physique régulier et progressif est probablement indispensable à la rééducation du muscle cardiaque à la suite d'un infarctus, aucun cardiologue ne le recommandera dans les heures et les jours qui suivent la crise !
Quelle stratégie thérapeutique faudrait-il appliquer pour nos économies malades ?
L'intelligence des réalités et des théories économiques devrait nous conduire à appliquer les trois thérapeutiques précitées en trois temps successifs.
A l'immédiat, il est évidemment indispensable d'assurer la liquidité des banques et le refinancement des Etats car si les uns ou les autres s'effondrent, tout le reste sera emporté.
Cela ne veut pas nécessairement dire faire n'importe quoi n'importe comment.
Par exemple, il ne faudrait garantir la liquidité des Etats qu'à la condition qu'ils s'engagent à bien utiliser l'argent qui leur est prêté à relancer l'économie et à revenir progressivement à un certain équilibre.
De même qu'il devrait être considéré comme l'un des grands scandales de notre temps que les banques européennes aient bénéficié de centaines de milliards d'euros de prêts quasi gratuits de la BCE pour les replacer aussitôt presque intégralement auprès de la même BCE sans les utiliser pour relancer l'économie par le crédit, quand elles ne reprêtent pas cet argent qui leur a été accordé à moins de 1% d'intérêt aux Etats impécunieux mais à un taux moyens de 3 à 8% !
Cette première phase est donc celle du retour à la confiance par la garantie d'une sécurité financière sans limite pour les banques et pour les Etats.
La seconde politique qu'il faudrait appliquer ensuite, une fois que la fièvre serait retombée, c'est-à-dire que les taux d'intérêt des bons du Trésor et des marchés interbancaires seraient revenus à des niveaux raisonnables, serait d'améliorer la compétitivité des entreprises et l'efficacité de l'Etat. Mais dans les deux cas, il faudrait agir avec discernement. Améliorer la compétitivité des entreprises, ce n'est pas diminuer les salaires mais bien plus tôt augmenter la productivité du travail par un effort continu d'investissement, d'innovation et de formation. Ce n'est que lorsque les perspectives de retrouver un emploi deviennent plus grandes que la flexibilité du marché du travail devient possible.
De même, améliorer l'efficacité de l'Etat, ce n'est pas réduire les dépenses de manière aveugle et uniforme mais de savoir se concentrer sur l'essentiel, c'est-à-dire l'éducation, la santé publique et les stratégies de développement industriel.
Enfin, ce n'est que lorsque tout cela commence à porter ses fruits qu'il faut sans tarder mais sans anticiper, revenir progressivement à l'équilibre budgétaire et à la modération salariale, c'est-à-dire à une progression du pouvoir d'achat qui correspond aux progrès de productivité de l'économie et à une répartition plus équitable des ressources entre le capital et le travail.
L'histoire économique nous apprend, même si nous en négligeons trop souvent les leçons, ce que nous devons éviter à tout prix. Nous devrions savoir par exemple qu'en 1937 Roosevelt a replongé les Etats-Unis dans la récession en revenant trop vite à la rigueur budgétaire après seulement quatre années de relance dans le cadre du « New Deal ».
Nous attendons ces jours-ci le projet de François Hollande et j'espère personnellement qu'il définira clairement les étapes de la stratégie de redressement économique de notre pays tandis que pour son application il saura convaincre nos partenaires européens de prendre ensemble et résolument le seul chemin raisonnable de retour au plein emploi et à l'équilibre.

Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 03/01/2012
Paul Giacobbi - Photo officielle

Consultez le blog de Paul Giacobbi sur votre mobile !


Les dernières notes
Communiqué 20/02/2017
Pace e Salute ! 10/01/2017
Toutes les archives