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Le plus beau balai du monde

Je suis depuis très longtemps passionné de Vermeer. Je suis allé voir dans différents pays la quasi totalité de ses oeuvres mais on ne regarde jamais d'assez près les grands peintres et malgré des années de fréquentation, on découvre parfois des choses importantes que l'on n'avait jamais repérées jusque-là bien qu'elles soient totalement évidentes.

Ainsi, la célèbre « Lettre d'amour » actuellement exposée à la Pinacothèque de Paris et que j'irais visiter dans quelques jours montre, au tout premier plan du tableau, un magnifique balai de crin, à tête ronde et manche noir qu'il est impossible de ne pas voir et dont le peintre a figuré les moindres détails au point qu'avec un peu de patience, on pourrait s'amuser à compter le nombre de crins de ce célèbre instrument ménager qui peut être considéré comme le plus beau balais du monde.

Vermeer a dû mettre à peu près six mois pour peindre ce tableau et pourtant, comme la plupart des oeuvres du maître, on pourrait croire qu'il a été peint d'après un instantané photographique furtivement pris à travers l'entrebâillement d'une porte.

Il n'y a pas d'ailleurs que le balai dans cette oeuvre, il y a aussi deux chaussons, probablement ceux de la servante que l'on voit au fond du tableau avec sa patronne, tandis qu'aucun détail domestique ne nous est épargné dont la panière de linge sale dont on aperçoit le contenu.

Ainsi, apparaît clairement l'immense originalité de Vermeer, dont les composition sont naturelles et réalistes et représentent simplement ce qu'il voit sans qu'il soit véritablement ni utile ni souhaitable de se livrer à de profondes interprétations qui nous font dire par exemple, dans le cadre de ce tableau, qu'il s'agirait d'une lettre d'amour. Pourquoi ne serait-ce pas plutôt, dans un contexte aussi ménager, la facture mensuelle du boulanger que la brave servante transmet à la maîtresse de maison laquelle s'étonne qu'elle soit aussi lourde, ce à quoi la servante lui répond en contemplant l'embonpoint de Madame que ce n'est pas étonnant vu la quantité de pain que l'on mange dans cette maison !

Quand je pense qu'on a cru qu'Andy Warhol était original parce qu'il a su représenter une boîte de soupe en conserve ou que l'on a vanté le sens des réalités du sculpteur César parce qu'il comprimait dans certaines de ses oeuvres à peu près tout ce qui pouvait lui passer par les mains dans une maison ordinaire !

Que dire alors du balai de Vermeer ?

A moins que ce balais n'ait une signification politique puisque la vie publique française fait souvent allusion à cet instrument humble mais fondamental : « il faut donner un bon coup de balai ! », « il faut savoir balayer dans les coins », « il faut être du côté du manche », ou au contraire « il ne faut pas trop soulever la poussière ».

En conclusion, je me fiche des interprétations mais je constate que ce balai est un événement pictural de première grandeur puisque c'est certainement le premier et un des rares de toute l'histoire de la peinture à l'huile et le génie de Vermeer fait que plus de trois siècles après qu'il ait été peint, on ne serait pas étonné de voir la servante le prendre en main et achever sous nos yeux sa besogne interrompue, tant cette peinture est toujours parfaitement vivante.


Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 02/11/2009
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