Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   
Le cuirassé Potemkine
Le cuirassé Potemkine
Cent soixante ans après le début de la grande guerre de Crimée qui opposait la Turquie, la France, la Grande-Bretagne et le Royaume de Sardaigne à la Russie, voici que se profile un nouveau conflit dont on espère qu’il restera uniquement diplomatique, entre les européens et la Russie presque pour les mêmes raisons !
La Russie est un immense pays maritime mais la quasi-totalité de ses côtes, de Vladivostok à la Baltique, sont prises par les glaces une grande partie de l’année, ce qui confère au débouché de la Mer Noire une si grande importance pour elle.
La Crimée a été conquise par la Russie à la fin du XVIIIème siècle qui en a fait une base navale essentielle. Cependant, les Britanniques n’ont eu de cesse d’interdire que les navires de guerre russes puissent franchir les détroits reliant la Méditerranée à la Mer Noire tout en faisant en sorte que leurs propres navires puissent être autorisés par les Turcs à entrer dans la Mer Noire.
La guerre de Crimée a été faite pour limiter les velléités d’expansion de la Russie au détriment d’un Empire ottoman en plein déclin mais aussi et surtout pour imposer que la Russie ne puisse accéder à la Mer Méditerranée. Ce principe a été consacré par le Traité de Paris de 1856 et il a fallu attendre la Convention de Montreux en 1936 pour qu’à nouveau les navires de guerre des puissances souveraines de la Mer Noire puissent passer les détroits, sous réserve de notification à la Turquie.
Si la Crimée a pu, lors de l’indépendance de l’Ukraine en 1991, être rattachée à cette ancienne République socialiste soviétique alors même qu’elle est essentiellement russophone, c’est parce qu’en 1954 la Péninsule de Crimée avait été attribuée à la République socialiste soviétique d’Ukraine par décision de Khroutchev qui était originaire d’une région très proche de l’Ukraine et qui avait longtemps exercé des responsabilités très importantes en Ukraine.
Cependant, l’attribution de la Crimée à l’Ukraine ne s’est pas faite sans garanties importantes au bénéfice de la Russie. La Crimée est en effet une province autonome d’Ukraine, disposant de son propre Parlement et de son propre gouvernement tandis que la Russie dispose d’une base navale importante à Sebastopol.
Nous nous trouvons donc au cœur d’une question stratégique et politique complexe : la Crimée fait partie de l’Ukraine mais, étant une province essentiellement russophone, dispose d’un statut de très large autonomie au sein de l’Ukraine tandis que la Russie dispose à Sebastopol d’une grande base navale qui lui permet d’accéder à la Méditerranée même si cet accès est contrôlé juridiquement et militairement par la Turquie, membre de l’OTAN.
Le droit, celui des peuples à disposer d’eux-mêmes, comme celui qui veut que les traités doivent être respectés par les parties qui les ont signés font que la question de la Crimée n’est pas aussi simple que la presse occidentale veut bien le dire.
Si demain un référendum demandait aux populations de Crimée, essentiellement russophones, s’ils préfèrent être russes ou ukrainiens, la réponse ne fait guère de doutes, tandis que la Russie a effectivement le droit de disposer d’une base navale essentielle en Crimée.
Bien entendu, l’appartenance de la Crimée à l’Ukraine a été reconnue par le monde, y compris la Russie, et ne peut valablement être remise en cause même si la Russie a aussi des droits dans cette affaire sur la base du Traité qui lui permet de disposer d’une base navale et du fait que les populations de Crimée sont russophones.
Comme souvent donc, la situation actuelle de la Crimée est complexe tandis que le statu quo qui prévalait jusqu’à la crise actuelle était établi sur la base d’un compromis, de même que le droit applicable aux détroits du Bosphore et des Dardanelles est le produit d’une histoire complexe et sanglante qui aboutit à un régime de droit et de fait qui fait exception juridiquement et militairement au principe général du droit international maritime selon lequel doit prévaloir une libre circulation dans les détroits.
On ne peut juger sommairement ce qui se passe aujourd’hui dans cette partie du monde sans connaître l’histoire des deux derniers siècles qui a abouti à ce que l’on pourrait appeler le « compromis de la Mer Noire » et l’on ne pourra garantir la paix dans cette région qu’en respectant ce compromis ou en en inventant un autre à la satisfaction des parties et, au premier chef, de la Russie.



Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 05/03/2014

Commentaires

1.Posté par alpha le 06/03/2014 16:04
Mr le Député,
Ces rappels historiques qui ne sont effectivement pas de trop pour comprendre une situation fort complexe et l’intérêt géopolitique dans cette partie du monde.
Ce qui parait moins aisé à comprendre pour un Français un peu "curieux", c'est bien le rôle, l'engagement, la forte implication de la France, de sa diplomatie officielle (et officieuse par la voix de BHL) dans les derniers événements qui ont conduit à la chute du président Ianoukovitch.
En effet, quand bien même ce président n'était pas un exemple de démocratie, loin s'en faut, il n'en demeure pas moins que le régime impopulaire en place n'était, a priori, pas la chose la plus contestable (et la plus contestée) par l'UE lorsqu'il s'agissait de mener des négociations visant à nouer un partenariat avec l'Ukraine ; projet dont le président Ianoukovitch mis subitement un terme au profit de la Russie (rencontre avec Poutine du 20 novembre 2013).

Dès lors la manœuvre orchestrée par les EU, l'OTAN et donc l'UE a conduit au montage de la révolution ukrainienne, à ce coup d'état visant à remplacer le président Ianoukovitch par une personnalité politique plus à la convenance de ces derniers, mais surtout de Washington.
La conversation téléphonique captée par les services secrets russes (texte disponible sur Internet) entre Victoria Nuland et l’Ambassadeur US à Kiev est à ce titre plus qu'édifiante sur l’immixtion des USA, sur le modus operandi de Washington en matière de déstabilisation de la vie politique et sociale d’un pays.

Le terme de complot apparait donc le plus approprié pour qualifier cette ingérence et cette manœuvre visant à changer le régime de ce pays en y plaçant Arseniy Yatsenyuk comme premier ministre.

La Russie a certes commis une erreur en intervenant militairement en Crimée (violation de la charte des Nations Unies), mais les USA n'ont ils pas commis la même erreur, avant même la Russie, par ces manœuvres d'ingérence tout aussi condamnables par la charte des Nations Unies.


Revenons à la position de la France dans cette affaire car, au fond, c'est tout de même le pays qui nous doit nous préoccuper. Cela ne fait aucun doute, en tant que membre de l'UE et de l'Otan, elle ne peut que suivre la position des USA. Mais, pour autant, un autre membre, et non des moindres, l'Allemagne, a quant à elle su modérer ses réactions en appelant non pas à des sanctions, mais au maintien du dialogue politique. Mme Merkel a d'ailleurs pris le soin d'appeler Vladimir Poutine ; tout ceci dénote un certain souci de prudence de l'Allemagne (soucieuse du coup d'après...) comparée à l'attitude offensive des USA et de l'Otan.Et de la France. La diplomatie française qui, là encore (Libye, Syrie), ne semble pas mesurer les conséquences, justement, de son manque de diplomatie à l'encontre du géant parmi les géants qui, une fois le calme revenu, n'en doutons pas, saura s'en souvenir. Il est d'ailleurs étonnant que la diplomatie (presque) officielle française soit confiée à Mr BHL, personnalité non élue par le peuple français, qui s'occupe des affaires étrangères de la France ! Il est encore plus étonnant qu'aucun parlementaire n'est posé une question au gouvernement sur ce sujet ! Peut-être seriez vous le premier Mr le député ? Si Mr BHL est tellement soucieux des droits de l'homme, qu'il aie donc chatouiller les régimes d'Arabie Saoudite ou du royaume de Bahrein..pour ne citer que ceux là.

Pour conclure : dans cette affaire qui ne se stabilisera pas d'aussi tôt, la diplomatie française n'aurait-elle pas du en premier lieu faire prévaloir le droit en s'opposant à ce que l'UE n'intervienne dans les affaires intérieures de l'Ukraine ?
Le bon sens commande à la modération, à l'équilibre...

2.Posté par zeltz le 06/03/2014 18:34
Il faut tout de même prendre pleinement en compte le cas "Poutine" qui en fait (comme nombre de russes) regrette l'URSS défunte et l'influence, ou plutôt la suzeraineté , de la Russie d'alors sur les peuples limitrophes.
Si on laisse faire Poutine là, on court le risque qu'il n'ait de cesse d'en faire de même pour les autres peuples "frères" de la région.
Quoiqu'on pense des forces politiques ukrainiennes et de leurs méthodes, l'Ukraine est un pays indépendant et a donc le droit de se déterminer sans que les russes y viennent mettre leurs pions (et leurs bateaux et milices), cela en Crimée comme ailleurs.


Imaginons que l'Italie veuille récupérer la Corse, pour des tas de bonnes raisons, historiques, linguistiques, géographiques, culturelles, etc... Les corses, les continentaux, plus généralement la communauté internationale pourraient-ils laisser sans réagir l'intrusion de milices italiennes venus soi-disant pour défendre les intérêts italiens et des italiens de Corse, mais en fait pour mettre la main basse dessus? Certes pas!

Alors faudrait-il en faire de même pour les russes de Poutine, sous prétexte que leur pays et leur puissance sont gigantesques?

Non.

Il fallait donc une réaction de la communauté internationale à ce sujet. Et la France en avait donc le devoir, à maints titres évidents que je n'énumérerai pas (et qui n'ont rien à voir avec ce "seigneur des faussaires" qu'est BHL).

Réaction diplomatique, mesurée, laissant place au dialogue (ce que les USA ne font pas), mais réaction effective.

3.Posté par zeltz le 12/03/2014 19:29
On est actuellement en train d'assister à l'Anschluss de la Crimée par la Russie de Poutine.
Exactement comme l'Anschluss de l'Autriche par l'Allemagne d'Hitler.
Attention, je ne dis pas pour autant que Poutine c'est Hitler. Mais sur ces deux situations, les procédures utilisées par ces deux personnages ont énormément de points communs.

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