Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Je ne sais pas si c'est en raison du vieillissement ou d'une certaine lassitude mais je commence à avoir de réelles difficultés de compréhension de ce qui se dit à l'Assemblée nationale.

Depuis le début de la crise par exemple, j'ai des difficultés avec le mot « régulation » utilisé en français en traduction inexacte du mot anglais « regulation » qui n'a pas du tout la même signification.

En effet, la régulation en français, c'est un mécanisme automatique qui permet à un système mécanique de se maintenir à l'équilibre ou d'y retourner aussitôt qu'il tend à s'en éloigner. Le même mot « régulation » en anglais, signifie « controling human or societal behaviour by rules or restrictions », ce qui veut dire en gros : réglementation.

Les choses se compliquent du fait que ceux qui utilisent ce mot en français ignorent à peu près tout de ce qu'ils sont sensés désigner.

Si je demandais à tous ceux qui parlent de « régulation bancaire » de m'expliquer en quelques mots le ratio Cook, les réserves obligatoires ou les engagements hors bilan, je n'aurais pas plus de réponse claire que si je posais la question – ce dont je suis malheureusement incapable – en annamite ou en swahili !

Mais au-delà des termes prétentieux, employés par les ignorants pour cacher leur absence totale de connaissance du sujet, je relève que même le vocabulaire quotidien à l'Assemblée devient de plus en plus difficile à comprendre.

Hier, dans les questions au gouvernement, M. Morin, ministre de la défense, a affirmé à propos de l'indemnisation des victimes des essais nucléaires, que la France s'était mise « en conscience avec elle-même ». Je ne sais pas ce que celà veut dire.

Le ministre a-t-il voulu dire que la France avait pris conscience du problème ou bien qu'elle voulait être en paix avec sa conscience ou encore était-ce une allusion rabelaisienne à propos d'un sujet scientifique comme le nucléaire, du style « science sans conscience n'est que ruine de l'âme »?

Je vais donc écrire à M. Morin pour lui demander si l'une de ces interprétations est la bonne ou s'il faut rechercher une autre traduction possible de son propos en français.

Il y a quinze jours, un autre membre du gouvernement nous a affirmé péremptoirement sa volonté de mettre en place « des claustères (?) de l'immatériel ». J'ai, bien entendu, flairé l'anglicisme et il m'est venu à l'idée que le ministre voulait créer des sortes de cloîtres (« closters»), lieux de réflexion, éloignés des rumeurs du monde, où de sympathiques chercheurs exerceraient leur sagacité sur le monde immatériel.

Puis, un collègue m'a dit qu'il s'agissait des « cluster », c'est-à-dire des grappes, des groupes, des bouquets que l'on pourrait former de manière immatérielle.

Depuis, je réfléchis à ce que peut être un bouquet immatériel et j'en suis arrivé à l'idée que le ministre a fait une allusion à Mallarmé : « je dis : une fleur ! Et, hors de l'oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d'autre que les calice sus, musicalement se lève, idée même et suave, l'absente de tous bouquets ».

Mais je dois avouer que ces recherches pour essayer de trouver un sens francophone aux paroles prononcées par nos ministres me prennent beaucoup trop de temps tandis que je ne suis jamais certain d'avoir vraiment compris et que je me demande parfois si M. Morin a lu Rabelais ou si l'autre ministre, dont je préfère oublier le nom, connait Mallarmé.

Dans ces conditions, il devient urgent de doter l'Assemblée nationale de cabines de traduction simultanée qui permettent aux députés moyens de comprendre certains ministres.

Personnellement, je souhaite que la traduction soit faite en anglais, ce qui permettrait, vu le nombre d'anglicismes utilisés d'au moins les traduire dans leur sens réel de leur langue d'origine.

On pourrait aussi demander aux traducteurs de ne traduire que lorsque les phrases prononcées ont un sens, ce qui rendrait leur tâche plus facile puisque la plupart de temps, ils n'auraient rien à traduire du tout puisque les phrases n'ont aucun sens...

On pourrait aussi peut-être demander au président de l'Assemblée nationale, qui est un homme de bon sens, d'interrompre l'orateur chaque fois qu'il dit quelque chose qui n'a aucun sens pour lui demander de préciser sa pensée voire, dans les cas extrêmes, de doter notre président d'une canne en bois vert afin qu'il puisse taper régulièrement sur les doigts de ceux qui abusent d'un langage vide de sens.

Il serait tout de même assez juste en effet de taper sur les doigts de ceux qui passent leur temps à nous casser les pieds !


Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 01/04/2009
Paul Giacobbi - Photo officielle

Consultez le blog de Paul Giacobbi sur votre mobile !


Les dernières notes
Communiqué 20/02/2017
Pace e Salute ! 10/01/2017
Toutes les archives