Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

(Réponse à Fabien)


Un remarquable commentateur de ce blog, dont je vous conseille de lire les commentaires sous l'article « Les faux-semblants de la reprise », m'interroge, avec des données et des arguments pertinents, sur la formation des prix du pétrole.


Pour simplifier les questions qu'il pose, disons qu'il considère que la montée des prix du pétrole correspond tout de même, au-delà des phénomènes spéculatifs, à une inadéquation sur le long terme, ou au moins le moyen terme, entre l'offre et la demande.


Il considère aussi qu'il ne faut pas uniquement recourir à l'économie mais aussi à la géologie, voire dit-il à la thermodynamique pour analyser la formation des prix du pétrole.


Mon correspondant dit des choses justes mais qui méritent d'être nuancées et je souhaite surtout réaffirmer très clairement à quel point le raisonnement sur le prix du pétrole que l'on nous sert trop souvent est excessivement simpliste, parfaitement erroné, ce que l'expérience d'un siècle a parfaitement démontré.


Les données du problème sont extraordinairement complexes pour plusieurs raisons :


- il n'y a pas un prix du pétrole mais plusieurs et pour l'essentiel, ce que nous appelons « le prix du pétrole » est en réalité le prix relevé sur les marchés spéculatifs de certaines qualités de brut très léger, très facile à raffiner, et qui sont les plus demandés et les plus chers. Ceci est extrêmement important dans la mesure où nous avons manqué au cours des dernières années d'investissements dans les raffineries de telle sorte qu'il n'y a pas de capacité suffisante pour traiter les pétroles lourds qui souvent n'arrivent pas à se vendre, au moment même où les pétroles plus légers atteignent des prix très élevés, ce qui a été le cas lors de la spéculation de 2008.

- la notion de réserves est extraordinairement discutable dans la mesure où la quantité de réserves exploitables augmente colossalement en fonction du prix de vente du brut, mais à condition qu'il y ait une certaine stabilité du prix sur une période relativement longue.
Ainsi une augmentation spéculative des cours à 150$ pendant quelques mois n'entraînera pas les compagnies à prospecter un pétrole qui coûterait à exploiter presque autant que ce prix de pointe. D'abord parce que tant que l'on n'a pas foré, on ne peut pas être sûr de trouver du pétrole et encore moins se faire une idée précise de son coût d'exploitation. Ensuite parce qu'évidemment, entre le moment où l'on a décidé de prospecter dans telle zone, et celui où l'on exploite du pétrole, il peut se passer plusieurs années.
Ce que l'on peut dire néanmoins, c'est que si l'on admet des prix élevés du brut, les réserves sont immenses, dès lors que l'on envisage l'exploitation par exemple des roches bitumineuses. Jusqu'à présent, les Cassandre qui nous expliquent tous les dix ans que dans dix ans il n'y aura plus de pétrole se sont toujours trompées et ont toujours été obligées de décaler d'une décennie leurs prévisions pessimistes de telle sorte que l'on peut raisonnablement penser, comme le disait Sheikh Zaki Yamani, ministre du pétrole de l'Arabie Saoudite autrefois, que « l'âge de pierre ne s'est pas terminé parce qu'il n'y avait plus de pierre, mais parce que l'on a trouvé autre chose, il en sera de même pour l'âge du pétrole... ». On peut bien sûr prévoir un vrai Peak oil peu avant le milieu du siècle mais d'ici là la substitution aura déjà eu lieu !
- Les géologues spécialisés sont sûrement très doués pour la géologie des énergies fossiles mais les déterminants du marché restent fondamentalement soit des évènements géopolitiques qui n'ont aucun rapport avec la géologie, comme la crise iranienne ou la guerre du Kippour, soit des évolutions complexes de la demande (émergence de nouveaux pays industriels et économies d'énergie dans les pays plus développés) ainsi que sur des facteurs non moins complexes dans la chaîne qui sépare la production de la consommation et qui comprend inévitablement le transport et le raffinage. Même si les géologues ont sûrement raison sur la géologie, la formation des prix est un métier d'économiste et très franchement, compte tenu de la complexité du système, une corrélation quelconque entre les prévisions des géologues et l'évolution des prix provient plus d'un hasard statistique que d'une causalité démontrée.

- Ce que je viens de vous dire est d'autant plus vérifiable que nous sommes sur le marché d'un produit qui n'est pas substituable à très court terme, parce que si l'on a plus de pétrole pour faire marcher sa voiture à essence, on ne peut pas la changer du jour au lendemain en véhicule électrique. De ce fait, à court terme, le moindre écart entre l'offre et la demande produit une augmentation du prix qui n'est pas du tout proportionnel à cet écart. De même que si vous mourrez de soif, et qu'il vous manque un litre d'eau pour étancher votre soif, vous serez prêt à payer très cher ce litre d'eau ! Il est donc parfaitement erroné de confondre les éléments de formation du prix à moyen et long terme et les évolutions à court terme qui sont, de surcroît, totalement amplifiées par la spéculation.


Dans ces conditions, il est très difficile de prévoir quelque chose et il n'existe pas à ma connaissance de modèle économétrique intelligent de la formation des prix du pétrole et d'ailleurs, les spéculateurs sur ces marchés ont perdu bien plus d'argent qu'il n'en ont gagné.

Ce que l'on peut tout de même observer, c'est cette tendance des prix du pétrole à diminuer sur le long terme, et à toujours revenir à la baisse après les pics spéculatifs. Si l'on prend une courbe de long terme du prix du pétrole par baril depuis 1860 (en $ valeur 2008), on observe des prix très élevés, autour de 100 à 120 $, en 1860, puis une baisse considérable aux environs de 20 $ de 1870 à 1970, avec des pics à 40 $ de 1890 à 1900, puis de 1916 au début des années 20, une montée brutale vers 1974, puis une nouvelle chute à 25 $ de 1986 à 1998 etc...

En revanche, il est extraordinairement malsain pour notre équilibre écologique de brûler des hydrocarbures alors que l'on pourrait faire des économies d'énergie considérables encore et solliciter beaucoup plus les énergies renouvelables, ce que je crois nous arriverons progressivement à faire, mais compter sur une hausse extrême et durable des prix du pétrole pour nous obliger à le faire est probablement une illusion.

Je signale au passage qu'avec un peu de raisonnement de bon sens, une connaissance relativement sommaire des marchés et quelques notions du raisonnement économique, je me suis assez rarement trompé sur les évolutions à court et moyen terme du pétrole comme en témoignent mes interventions sur ce sujet à l'Assemblée nationale, ce qui veut dire qu'il n'y a pas besoin d'être un expert pour réfléchir à ces questions, même s'il faut être très prudent et humble s'agissant de mécanismes incroyablement complexes.


Merci en tout cas de contribuer à la connaissance de tous par vos critiques et commentaires.





Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 17/11/2009
Paul Giacobbi - Photo officielle

Consultez le blog de Paul Giacobbi sur votre mobile !


Les dernières notes
Communiqué 20/02/2017
Pace e Salute ! 10/01/2017
Toutes les archives