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La fin d'un monde

22/02/2008

Depuis des décennies, les pays occidentaux et surtout les Etats-Unis ont pris l'habitude de produire moins et de dépendre plus de la sphère financière, de l'immobilier, et plus généralement d'un reste de suprématie de plus en plus virtuelle.

Nous avons longtemps cru qu'en dépit de ce déclin dans l'économie réelle, le monde occidental s'en tirerait toujours par son avance technologique, sa domination financière ou encore par sa supposée supériorité politique et militaire.

Pendant ce temps, le centre de gravité de l'économie mondiale se déplaçait vers l'Asie ou plutôt y revenait, comme au début du XVIIIème siècle, quand la Chine et l'Inde produisaient plus de la moitié du PIB mondial.

Pendant que cette révolution s'opérait sous nos yeux, notre vieux monde et les Etats-Unis ont continué à vivre de leurs rentes. Mais au fil du temps, avec l'accélération de la désindustrialisation et l'accroissement de la charge des retraites dans nos pays vieillissants, nous avons commencé à vivre à crédit.

Les prêteurs ont d'autant moins manqué que l'évolution des prix des matières premières a concentré d'immenses richesses liquides au Moyen-Orient et en Russie.

Mais, en économie, lorsque le réel se détache du virtuel, il arrive toujours, parfois après des décennies, que la rupture se produise en quelques jours : c'est la fin d'un monde, non seulement sur le plan économique, mais encore avec d'immenses conséquences pour la stabilité politique et parfois pour la paix.

Nous ne sommes pas en train de vivre un épiphénomène, nous allons connaître une forte contraction du crédit qui va mettre cruellement en lumière le déséquilibre fondamental de nos économies occidentales. Il nous faudra nous adapter : repenser nos économies mais surtout l'équilibre du monde.


Dans un article lumineux publié par le Financial Times aux premiers jours de la crise, Georges Soros expose la gravité de la crise avec d'autant plus de pertinence qu'il en a été l'un des acteurs, ayant bâti une immense fortune sur les mouvements de la sphère financière.

Il souligne avec raison que la globalisation a permis aux Etats-Unis d'attirer l'épargne du reste du monde et grâce à cela de consommer plus qu'ils ne produisaient.

Pendant longtemps, les intégristes du marché ont cru que ce dernier réussirait spontanément à compenser des déséquilibres aussi fondamentaux et permettrait éternellement à des pays comme les Etats-Unis de vivre avec l'argent gagné par la production des autres.

Or, ce n'était pas le mécanisme du marché qui autorisait cette extravagance mais bien plutôt sa perversion au moyen d'instruments de plus en plus opaques et incontrôlés, tandis qu'il ne survivait plus depuis longtemps aux crises récurrentes que par des injections massives de liquidités monétaires en provenance de la Fed.

Si aujourd'hui la crise est aussi grave, c'est que précisément ni la perversion des instruments financiers, ni la technique de l'injection de liquidités monétaires ne suffisent à la juguler.

Dans ce contexte, notre ministre des finances, affirme que la France est à l'abri de la crise grâce au paquet fiscal et à la réforme des heures supplémentaires.

Jacques Attali reprenant tout le bréviaire du dogme de l'infaillibilité du marché, avec des mesures proposées, à juste titre, par le comité Rueff Armand il y a trente ans, Alfred Sauvy pour les taxis dans les années soixante, ou Michel Camdessus plus récemment, démontre une fois de plus qu'il est un spécialiste du temps et de l'anachronisme. Pour le reste, le docteur Kouchner soigne ... son image et le chef de l'Etat n'a plus en tête qu'une « politique de civilisation », ce qui les éloigne tous deux des réalités et de la crise.

Nous attendons plus sérieusement du gouvernement et du chef de l'Etat mais aussi, plus généralement de la classe politique et parlementaire, opposition comprise, ainsi que de l'Union Européenne ou de ce qu'il en reste, une remise à plat lucide de ce que nous avions cru être éternel : la possibilité pour l'Occident de prolonger à travers les marchés financiers et la puissance politique acquise, ce qui lui échappe de plus en plus en terme d'économie réelle.

Bien des choses ne vont pas dans ce monde qui va s'effacer sous nos yeux et nous aurons d'autant moins de regrets à son égard que nous serons capables, en tout cas en Europe, d'en fonder un autre, plus juste, plus solidaire et plus durable.



Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 22/02/2008
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