Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

La crise économique en France conduit à une véritable décomposition politique, alors qu'elle provoque ailleurs dans tout le monde démocratique des réflexes salutaires de cohésion nationale.


Dans un contexte international où des pays aussi différents que les Etats-Unis, l'Inde ou l'Allemagne tentent de relancer au même moment leurs économies par des moyens assez semblables qui mélangent, au mépris de toute orthodoxie, un keynésianisme primaire et un monétarisme caricatural, il n'est pas surprenant que l'on observe dans les démocraties une tendance à la cohésion politique, au-delà des traditions idéologiques, des oppositions partisanes et des querelles de personnalité.


C'est le cas par exemple aux Etats-Unis où le président Obama amplifiera considérablement des mesures économiques et monétaires déjà largement développées par George Bush, et pour lesquelles ce président républicain a obtenu l'appui indispensable des majorités démocrates de la Chambre des Représentants et du Sénat.


C'est aussi le cas en Allemagne où les discussions extrêmement profondes et vives au sein de la coalition gouvernementale entre chrétiens-démocrates et socialistes n'ont pas empêché deux plans successifs de relance d'être décidés.


A l'inverse, en France, il semble se dessiner, à mesure que la crise développe ses effets, non seulement une radicalisation des rapports entre l'opposition et la majorité, mais encore des dissensions de plus en plus fortes au sein de chacune des formations politiques, de droite comme de gauche.



Cette propension toute gauloise aux disputes et aux querelles, selon le mot du général de Gaulle, semble inscrite dans les gènes de notre histoire nationale mais présente, face à la crise économique la plus grave que nous ayons connue, des inconvénients majeurs.

En ce début d'année 2009, il faudrait être naïf pour croire qu'il suffira de plans de relance, même s'ils atteignent des milliers de milliards de dollars au plan mondial, pour faire repartir des économies structurellement déséquilibrées et d'une réunion des grands argentiers de la planète pour rebâtir tout à la fois une réglementation efficace d'un monde financier en folie et un système monétaire international ayant perdu tout repère depuis 1971.

De plus en plus de questions se posent quant au financement de ces plans de relance et, en particulier, celui des Etats-Unis. Personne n'est encore capable de chiffrer l'exacte proportion des pertes qu'il faudra constater dans les dizaines de milliers de milliards de dollars cumulés dans les divers instruments financiers qui ont servi à externaliser, c'est-à-dire à dissimuler, les risques bancaires.

De ce fait, personne ne peut dire aujourd'hui ce qu'il adviendra des taux des bons du Trésor américain après des émissions d'un volume sans précédent de l'ordre de dix milliards de dollars en moyenne par jour ouvrable, ou ce qu'il en sera des entreprises financières après constatation de toutes les pertes cachées jusqu'à présent hors bilan. Peut-on évaluer les conséquences de la contraction du crédit qui se constate partout malgré les garanties de solvabilité consenties universellement par les autorités monétaires ?

Et qui pourrait affirmer que tout risque de défaillance des Etats est écarté et que les monnaies, à commencer par la première d'entre elles, continueront à se maintenir dans des fluctuations raisonnables, malgré un mouvement de création monétaire sans précédent historique ?

La crise, même financière, est encore devant nous et nous n'en sortirons pas sans nous accorder sur une nouvelle vision du monde, à la fois des économies et des sociétés mais aussi de la répartition du pouvoir et de la richesse à travers les continents. Comment y parvenir sans une coordination au niveau mondial mais aussi une certaine cohésion pour ne pas dire un consensus politique sur l'essentiel au sein de chaque nation ?

La décomposition politique à laquelle nous assistons en France aujourd'hui stérilise l'opposition réduite à un réflexe pavlovien lui faisant dénigrer tout ce qui vient de la majorité, voire à la défense totalement illégitime d'un prétendu « droit d'obstruction parlementaire » qui constitue une atteinte inacceptable en démocratie au fonctionnement régulier des pouvoirs publics. La majorité manque de légitimité pour faire adopter des mesures difficiles ou tout simplement pour tenir un langage de vérité.


Sauf à rendre très difficile la mise en oeuvre de politiques courageuses contre la crise, la France ne peut continuer ainsi au début d'une année 2009 où elle sera très durement ébranlée.

Pourtant, en privé, les convergences d'analyse et de propositions deviennent évidentes comme en témoignent les récents travaux du groupe parlementaire de travail sur la crise réunissant députés et sénateurs de tous les partis politiques.

Il ne s'agit pas d'appeler à un gouvernement d'union nationale, inconcevable quand l'union est si difficile à maintenir au sein de chacun de nos innombrables partis, ni de souhaiter la multiplication des débauchages individuels qui renforcent plus les méfiances et les divisions qu'ils ne contribuent à rapprocher les points de vue, mais de voir enfin la France fonctionner politiquement dans le cadre d'une approche négociée des grandes questions économiques et sociales posées par la crise, comme cela se fait dans d'autres nations démocratiques. Ce travail de négociation doit être mené au premier chef au Parlement car s'il n'existe pas chez le législateur, il pourra difficilement se diffuser ailleurs, tandis qu'à l'inverse le blocage qui affecte aujourd'hui l'Assemblée nationale pourrait gagner l'ensemble du corps social face à la crise.

Sans cet effort de cohésion nationale qui témoignerait enfin d'une véritable maturité de notre régime politique, il sera beaucoup plus difficile à la France que d'autres de sortir de la crise et de se préparer au monde nouveau qui naîtra après.


Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 05/02/2009
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