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La France primaire.

19/05/2015
La France primaire.
J’ai un immense respect, nourri de l’évocation des « hussards noirs de la République » de Péguy et surtout de mes propres souvenirs d’enfance, pour ce que fut et est encore très largement notre enseignement primaire qui, survivant au prurit réformateur de nos ministres successifs et aux lubies « pédagogistes » des docteurs autoproclamés de la foi éducative, parvient encore, malgré tout, à donner aux enfants de France un socle de connaissances qui, même s’il n’est plus sanctionné par le fameux certificat d’études primaires, n’en reste pas moins appréciable.
Mais, si l’on se place sur la longue période, il semble que la technostructure éducative française, bien éloignée des classes et ne connaissant l’élève qu’à travers la théorie et la statistique, poursuit, en réalité, un objectif secret : prolonger les études primaires jusqu’au baccalauréat, voire aux premières années du supérieur.
Autrefois, l’entrée en sixième, ce que l’on appelait l’arrivée au lycée, était comme aborder un nouveau monde : le maître unique faisait place à des professeurs différents par discipline et, dans bien des domaines, on passait d’une vision à une autre, par exemple, de l’arithmétique aux mathématiques ou du calcul à l’algèbre, tandis qu’on abordait les autres langues pour communiquer avec d’autres peuples, ou les langues anciennes pour approfondir la compréhension du français.
Marcel Pagnol, fils d’instituteur, et qui, sur le tard, voulait approfondir les mystères de ce qu’il appelait l’arithmétique supérieure, en particulier les nombres premiers, a écrit des choses admirables sur ce passage du primaire au secondaire : après avoir inculqué des certitudes, il s’agissait en sixième d’instiller le doute, la réflexion, de nouvelles approches et de confronter, en quelque sorte, l’élève au débat et à la complexité.
Un kilogramme n’est plus en sixième la masse qui tombe parce qu’elle est lourde mais la masse qui est lourde parce qu’elle tombe, soumise à la gravitation…
Notre ministre de l’Education nationale décide la mort du latin et du grec, c’est-à-dire des Humanités, l’effacement de nos mémoires de ce que nous sommes, de la civilisation dans laquelle nous nous inscrivons encore. Les langues régionales, bien peu présentes dans les programmes actuels, sont passées à la trappe de la réforme.
Insistant sur l’importance de l’enseignement de l’Islam, on se garde bien de souligner l’interpénétration féconde des cultures comme en témoigne l’influence de la pensée grecque sur la culture islamique ou le fait que l’algèbre, qui nous paraît d’essence occidentale, porte un nom arabe à raison de ses origines. On se propose de sacrifier les Lumières et l’esprit du XVIIIème siècle, les ravalant au statut d’option facultative.
On veut, en quelque sorte, priver l’ensemble des élèves de ce passage au secondaire si bénéfique à leur culture et leur élévation d’esprit, au nom d’un égalitarisme borné qui condamnera à jamais ceux qui sont défavorisés à le rester tandis que leurs camarades mieux lotis par la naissance trouveront dans le cercle familial, l’enseignement privé ce qu’autrefois l’enseignement secondaire donnait à tous.
Les mesures fiscales, la politique économique, voire les choix diplomatiques ou les options de la construction européenne sont rarement irréversibles. Mais peut-on imaginer revenir sur quatre ans d’enseignement, de la sixième à la troisième, sur quatre années de retard mental, de privation de droits éducatifs, de censure implicite et d’instillation idéologique qui vont aplanir, affadir les esprits émergents d’une génération montante ?
La réforme des collèges, telle qu’elle est envisagée est contestée aujourd’hui dans les collèges eux-mêmes, dans une grande partie de la représentation nationale et dans tout ce que la France compte d’esprits éclairés dont les références académiques et la qualité d’expression rendent grotesque la qualification de pseudo-intellectuels.
Il est encore temps d’entendre tous ceux qui, des collèges aux académies en passant par les assemblées élues, souhaitent une réforme concertée et partagée.


Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 19/05/2015
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