Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   
L'insoutenable dette des pays occidentaux
Les pays européens sont en train de s'accorder pour organiser une faillite ordonnée de la Grèce. Il en coûtera un effacement de moitié de la valeur des créances publiques compensé par une aide des Etats aux banques détentrices de ces valeurs.
En clair les gouvernements européens vont voir leur dette s'alourdir encore.
Et une fois la Grèce sauvée avec un coût de près de 100 milliards d'euros pour les contribuables de la zone euro et autant pour les détenteurs de créances, nous verrons poindre la question de l'Italie et de ses 1 900 milliards d'euros de dette publique. En réalité, l'Italie est déjà entrée dans la tourmente avec un taux d'intérêt de ses emprunts publics qui s'apprête à dépasser les 6%.
Ne serait-il pas temps de reconnaître qu'aucun pays occidental, pas même l'Allemagne, ne sera capable de rembourser l'intégralité de sa dette ou même, dans un délai raisonnable, de la réduire de moitié ?
Prenons la France. Sa dette publique avouée est de l'ordre de 1 700 milliards d'euros avec une dette potentielle dont il vaut mieux ne pas parler d'environ 1 000 milliards d'euros supplémentaires pour assurer la retraite des fonctionnaires d'Etat.
Quand tout va bien et que la croissance est forte, de l'ordre de 2 à 3%, notre beau pays génère un déficit annuel de l'Etat de l'ordre de 40 milliards d'euros et, depuis le début de la crise, nous tournons autour de 100 à 150 milliards d'euros avec des recettes fiscales qui ne dépassent pas les 250 milliards d'euros.
Pour rembourser la dette française, il faudrait que nous revenions à un excédent d'une quinzaine de milliards d'euros par an qui nous permettrait, en nous serrant terriblement la ceinture, de réduire la dette de moitié en cinquante ans et de la rembourser totalement en un siècle...
Encore faudrait-il tenir compte de l'aggravation de notre endettement lorsqu'il nous faudra rembourser les échéances des emprunts contractés pendant la crise.
Ainsi, en 2010, la République française a-t-elle emprunté 150 milliards d'euros pour couvrir son déficit courant et une bonne trentaine de plus pour rembourser les échéances des emprunts contractés environ sept ans auparavant.
Ce qui signifie qu'en 2017, à supposer qu'à ce moment nous soyons revenus à l'équilibre voire à l'excédent, il nous faudra bien honorer une échéance qui ne sera pas très éloignée de 200 milliards d'euros, ce qui nous obligera évidemment à emprunter à nouveau des sommes colossales.
Bien évidemment, les politiques de rigueur qui nous feraient passer d'un déficit de 100 à 150 milliards d'euros comme aujourd'hui à un excédent de l'ordre de 30 milliards d'euros supposeraient une diminution des dépenses et un accroissement des impôts générant près de 200 milliards d'euros d'économies par an, ce qui aura des effets très déprimant sur la croissance et donc sur les recettes de l'Etat et entraînera un cortège de misère pour une grande partie de la population, d'abandon de pans entiers du service public et de dégradation insupportable de l'éducation et, plus généralement, de tout ce qui prépare l'avenir.
L'idée que nous pourrions rembourser est une absurdité démontrée et c'est ainsi qu'aux Etats-Unis comme en Europe, tous les savants calculs qui sont rituellement exposés chaque année, sont démentis l'année suivante par les évènements. A ce jour, ni les promesses grecques de retour à meilleure fortune, ni celles de l'Italie, ni celles de la France ou des Etats-Unis, pour ne pas citer pratiquement tous les autres pays occidentaux, n'ont été tenues.
En réalité, chacun le sait, il n'existe que deux solutions pour se sortir d'une situation d'endettement insoutenable : la faillite ou l'inflation. Parfois les deux successivement, comme en Allemagne en 1923, l'hyper inflation ayant conduit à faire défaut, la République de Weimar s'est ainsi exonérée de ses dettes en général et de ses dettes de guerre en particulier.
Malgré une création monétaire inouïe qui a vu les banques centrales augmenter leurs bilans en milliers de milliards de dollars, l'inflation reste très modérée dans nos pays, tout simplement parce qu'elle suppose une inadéquation de l'offre et de la demande et que celle-ci n'existe que dans très peu de domaines, comme par exemple pour certains produits alimentaires à certains moments, tandis que l'on voit très rarement une économie en récession sombrer dans l'inflation, sauf raison extérieure très particulière, telle qu'une augmentation brutale des coûts de l'énergie comme cela s'est produit en 1975.
L'autre solution, c'est le défaut pur et simple.
L'Argentine est un pays prospère et qui a fait faillite il y a quelques années. L'Allemagne a fait faillite deux fois au vingtième siècle et reste sans doute aujourd'hui l'économie la plus solide de l'Europe occidentale.
La Grèce a beaucoup de chance. C'est un petit pays et ses partenaires de la zone euro croient qu'ils ont les moyens de la sauver et vont le faire. Mais si demain l'Italie est défaillante ou l'Espagne, l'Irlande, le Portugal ou la France, qui pourrait envisager de les sauver à coup non plus de centaines mais de milliers de milliards d'euros ?
Le seul moyen que ces pays ont aujourd'hui d'honorer leur dette s'est d'emprunter encore plus. Aucun n'est capable, non seulement de commencer à rembourser un euro mais même d'assurer le paiement de ses intérêts d'emprunt sans emprunter à nouveau.
La question va se poser beaucoup plus vite que prévu, peut-être dans les prochains mois. Ne devrions-nous pas commencer à étudier l'Argentine et l'Islande, voire la reconstruction financière de l'Allemagne d'après-guerre, histoire d'être prêts pour le jour où il nous faudra bien en passer par là ?


Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 25/10/2011
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