Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   
L’Espagne ou le paradoxe de l’histoire
Bien plus que la Grèce, c’est aujourd’hui la situation financière de l’Espagne qui menace la zone euro et le monde.
La Grèce est un petit pays, sa faillite aura des conséquences considérables mais sans commune mesure avec celle de l’Espagne qui se profile tout aussi inéluctablement.
L’Espagne a tout misé sur l’immobilier depuis des décennies et l’immobilier s’est effondré dans ce pays comme il s’est effondré dans tout l’Occident mais plus durement encore dans la péninsule ibérique où son développement était lié massivement à la spéculation sur les résidences secondaires.
Outre qu’à tout le moins cela devrait nous servir d’avertissement en Corse et nous faire accepter le plus rapidement possible une limitation de l’acquisition foncière pur les non-résidents, cette ruine prévisible de l’Espagne est un paradoxe de l’histoire.
L’histoire économique de l’Europe a été bouleversée par l’afflux de l’or des Amériques en Castille à partir du XVIIème siècle. Cet afflux a enrichi colossalement l’Espagne mais a aussi entravé son développement puisque le pays, regorgeant de ressources, n’a pas éprouvé le besoin d’accroître sa production.
Par ailleurs, l’ensemble de l’Europe a subi une inflation consécutive à cet afflux de signe monétaire qui ne s’accompagnait pas d’une augmentation corrélative de la production. De même, on a vu apparaître, par la même cause de l’afflux artificiel de numéraire, les premières bulles spéculatives de l’histoire moderne.
Voilà l’Espagne qui regorgeait, il y a trois siècles, de tout l’or du monde et qui va s’effondrer aujourd'hui parce qu’elle n’a plus d’argent !
Cependant, à y regarder de plus près, le paradoxe n’est qu’apparent.
La fortune financière de l’Espagne de Philippe II était due à l’or des Amériques et la fortune du « miracle espagnol » des années précédant la crise à la valorisation de l’immobilier. Ces deux phénomènes sont assimilables : ils consistent à donner une valeur artificielle à un bien, peu importe que ce soit l’or ou la pierre, et à gonfler une bulle économique, sans que la production ne suive durablement.
Dans l’un comme dans l’autre cas, il y a bien un effet d’entraînement de cette richesse sur la production, notamment celle des bâtiments (églises, couvents et palais autrefois, immobilier touristique de nos jours) mais tout s’effondre quand la source de la richesse se tarit.
Les crises économiques sont un phénomène assimilable à celui d’une folie collective, et la Bible en a donné une représentation saisissante dans l’épisode du Veau d’or. Peu importe que l’objet de notre adoration, ou plutôt de notre folie spéculative, soit une idole, un métal jaune ou des ensembles immobiliers, cette folie conduit toujours à l’effondrement inexorable et lent, comme l’histoire de l’Espagne à partir du XVIIIème siècle, ou brutal comme celle que ce grand pays est en train de subir sous nos yeux.

Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 22/05/2012
Paul Giacobbi - Photo officielle

Consultez le blog de Paul Giacobbi sur votre mobile !


Les dernières notes
Communiqué 20/02/2017
Pace e Salute ! 10/01/2017
Toutes les archives