Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   
La polémique sur les objets de M. Murakami à Versailles est tout à fait hors de propos.
La question n'est pas de savoir si tel ou tel style artistique aurait ou non sa place au palais de Versailles. S'il s'agissait effectivement d'oeuvres d'art, j'aurais tendance à penser que l'art est à sa place partout et je ne discuterais pas un instant par exemple une exposition Basquiat dans la Galerie des Glaces.
S'agissant des objets manufacturés par les entreprises de MM. Koons et Murakami, la question n'est pas du tout celle de l'art, puisque ces objets produits en série et dans des usines n'ont aucune prétention artistique mais celle du business puisque ces entreprises ont pour objectif la promotion d'une marque afin que les objets produits puisse se vendre au prix le plus élevé possible.
Il suffit d'aller sur le site de l'entreprise de M. Murakami qui s'intitule « Kaïkaï Kiki Co., Ltd » pour comprendre quel est l'objet de la société qui est d'ailleurs très précisément décrit en page d'accueil : « Its goals as an enterprise include the production and promotion of artwork, the management and support of select young artists, general mangement of events and projects, and the prodution and promotion of merchandise ».
Le vocabulaire employé, les objectifs affichés sont très clairs. Il ne s'agit aucunement d'émotion artistique, d'inspiration, de création mais simplement, ce qui n'a rien de blâmable en soi, de production et de commercialisation.
L'utilisation du mot « art » nous rappelle simplement son caractère amphibologique qu'il a d'ailleurs hérité du grec et du latin et qui se retrouve également en italien moderne puisque le concept désigne tout à la foi l'art en tant que véhicule d'émotions sublimées et la technique, dont il n'est pas exclu qu'elle puisse inclure une préoccupation esthétique.
Ainsi, même à l'époque de la Renaissance florentine, parlait-on dans la cité de Laurent le Magnifique de « l'arte della lana » pour désigner la production et la commercialisation de la laine dans le cadre de la corporation éponyme qui faisait partie des sept corporations majeures de la capitale toscane. De même, je reconnais volontiers, en tant qu'admirateur de Raymond Loewy, qu'il peut y avoir une esthétique remarquable dans l'objet industriel.
Ainsi, à partir du moment où les choses sont claires et que l'on considère les objets produits par les firmes Murakami ou Koons comme des objets manufacturés à usage décoratif, il est assez facile de démontrer quelle est l'ampleur du profit tiré grâce à la promotion à Versailles, de regretter que l'établissement public n'ait pas été plus intéressé à ce profit et de s'inquiéter de possibles conflits d'intérêts.
De l'aveu même des promoteurs de ce genre d'objets, le fait d'avoir été exposé par Versailles apporte une plus-value considérable.Ainsi, une oeuvre de Murakami, intitulée comme son entreprise productrice « Kaïkaï Kiki » et qui était estimée de 400 000 à 600 000 livres, a été vendue près de 2 millions de livres chez Christies pour une raison exposée benoîtement par le responsable du département art contemporain de la maison d'enchères, Françis Outred : « Murakami's performance was certainly helped by his recent exhibition at Versailles ». La plupart des commentateurs considèrent que la vente des oeuvres de Jeff Koons a beaucoup profité également de la promotion de Versailles.
Les acheteurs de Koons ou de Murakami sont un public très particulier de personnes très riches, sans formation culturelle ou artistique, soucieux d'acheter très vite des oeuvres dont l'authenticité ne peut faire de doute et qui sont médiatiquement reconnues.
Ce genre de personnes sont souvent moquées pour leur ridicule et la consécration versaillaise de leurs objets kitsch, acquis en millions de dollars, est en réalité une sorte de certification de bon goût qui mérite à tout le moins d'être rémunérée par une augmentation de la cote des produits.
Le bilan économique de l'exposition de Versailles est une augmentation des prix de vente et de revente des produits ayant bénéficié de cette promotion royale que l'on peut estimer au moins de 20 à 40%.
Au regard de ces bénéfices, le moins que l'on puisse dire c'est que le coût de l'opération a été très limité pour les firmes bénéficiaires : ainsi M. Koons a payé 800 000 euros sur les 1 900 000 euros du budget total de l'exposition à Versailles, investissement minime qui a été aussitôt amorti par l'augmentation du prix des oeuvres dès la première vente qui a suivi.
Il faut savoir d'ailleurs que les objets décoratifs de ces messieurs ne sont pas fabriqués par eux-même mais par leurs salariés sur la base de leurs « idées » et toujours tirés à quelques exemplaires, de l'ordre de trois à six, ce qui fait que, une augmentation de cote de l'ordre de 20% représente une augmentation de profits de plusieurs millions de dollars pour chaque série !
S'agissant d'affaires d'argent, on peut enfin s'inquiéter d'un conflit d'intérêt. Ainsi, M. Aillagon, ancien ministre de la culture et actuel responsable de Versailles, a-t-il été, de 2004 à 2006, le conseiller de la société Artémis, présidée par M. François-Henri Pinault, fils aîné de M. François Pinault. A partir d'avril 2006, il a été nommé responsable du Palazzo Grassi, le lieu d'exposition de la fondation d'art contemporain de M. Pinault à Venise. Par ailleurs, nous savons que ladite collection Pinault contient, entre autres merveilles, nombre d'objets issus des firmes Koons et Murakami. Enfin, il n'est pas tout à fait indifférent de noter que le même M. Pinault est le principal actionnaire de Christies.
Je ne suis pas personnellement choqué que le château de Versailles puisse être loué pour des opérations de promotion. Peu importe que le locataire provisoire soit une marque d'automobile, de réfrigérateur ou de machines à laver ou d'objets manufacturés kitsch de grand prix.
Le tout est que le bénéfice qu'en tire le château de Versailles soit proportionnel à celui qu'en retire la firme cocontractante. Or, nous l'avons démontré plus haut, la location promotionnelle du château de Versailles a rapporté infiniment plus à ces messieurs et à leurs entreprises qu'elle ne leur a coûté.
Autrement dit, si l'opération Koons ou l'opération Murakami avait été facturée de l'ordre de 10 à 20 millions d'euros à ces messieurs, je n'y aurais vu que des avantages à la condition bien sûr que le catalogue ait bien précisé qu'il s'agissait d'une opération purement commerciale et en aucune façon d'un évènement culturel qui engage le jugement des responsables de Versailles.
La seule explication de cette incroyable sous-facturation (de l'ordre du dixième ou du vingtième de ce qu'elle aurait dû être) est évidemment les liens d'intérêt passés, peut-être présents et éventuellement futurs entre le principal responsable de Versailles et des entreprises de commercialisation ou d'exposition dont une partie notoire du chiffre d'affaires est réalisé avec les objets des entreprises Koons et Murakami. Il y a donc lieu de clarifier le débat.
Que dirait-on si le responsable de Versailles avait travaillé pendant de longues années pour une grande marque de cosmétique et qu'il ouvrait à très bas prix la galerie des Glaces pour des évènements promotionnels organisés par cette marque ?
Encore que, le packaging des cosmétiques et des parfums français me paraît d'une esthétique largement supérieure à celle des objets de ces messieurs dont le lecteur de ce blog pourra juger en se rendant sur le site : http://english.kaikaikiki.co.jp/


Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 25/10/2010
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