Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

La France a pris sur la question du nucléaire iranien une position forte et juste sur le fond, mais, une fois de plus, notre passion de briller, de nous faire entendre plus que les autres nous conduit dans l'impasse, la contradiction, voire le ridicule, et à coup sûr un isolement tout à fait préjudiciable à nos intérêts.

L'expression de notre intransigeance, allant jusqu'à l'utilisation fort peu diplomatique d'un vocabulaire guerrier (« guerre », « bombardement », « plan d'Etat-major ») rend plus difficile pour l'Iran le retour à une position conciliatrice qui lui ferait perdre la face, comme si ce pays fier cédait à la menace de la force. Contrairement à tout ce que nous avons dit, nos rodomontades n'ont pas renforcé l'opposition iranienne mais obligé celle-ci a se rapprocher par fierté nationaliste de la position du gouvernement qui met habilement en avant le droit du pays à la modernité de l'enrichissement nucléaire tout en se défendant de toute tentation sur l'armement. Nos menaces conduisent la nation iranienne, opposition comprise, dans l'impasse que nous prétendons éviter.

Notre position est par ailleurs parfaitement contradictoire avec tout ce qu'a été notre politique dans l'affaire d'Irak. Peu importe que le président ait changé en France, nous restons tenus par nos attitudes passées : confiance dans l'AIEA et le conseil de sécurité et plus généralement le multilatéral, refus de tout recours à la force. Le ridicule est d'ailleurs frôlé pour ne pas dire atteint lorsque nous parlons d'une offensive armée que nous serions évidement incapables de monter et pour laquelle notre participation ne pourrait être que marginale comme aujourd'hui en Afghanistan. Avec notre unique porte avion en réparation pour deux ans, on ne voit pas bien quelle force aéronavale la France pourrait déployer dans le golfe persique…

Mais le pire est tout de même l'isolement. L'Allemagne a réfuté clairement et par avance toute perspective d'action armée et a fermement précisé qu'elle se limiterait au cadre multilatéral. Les Etats-Unis se situent en apparence dans la même ligne que nous, bien qu'ils fassent mine, avec humour, de calmer nos ardeurs belliqueuses. Mais il faut être aveugle pour ne pas comprendre qu'entre les Etats-Unis et leurs vrais alliés - Grande-Bretagne, pays arabes de la région, Irak compris, et même Turquie - se trame avec l'Iran une négociation globale et complexe qui nous dépasse à tel point que nous n'avons même pas pris la mesure de ce grand jeu à la table duquel nous ne sommes pas admis.

Depuis quelques temps, bien des indices nous révèlent que ce grand jeu a déjà commencé. Le Président Bush a autorisé la publication d'un rapport de synthèse émanant de l'ensemble des agences du renseignement américain qui exonère pratiquement l'Iran de tout soupçon en matière nucléaire. Et comme par hasard, au même moment, le Président iranien Ahmadinejad a proposé au Conseil de coopération du Golfe qui regroupe l'Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, le Koweit, le Qatar, Oman et Barhein – pays qui au total hébergent 40 000 soldats américains sur leur sol – un pacte de sécurité et un accord économique visant « la paix et la prospérité pour tous ». Le même Ahmadinejad a du reste été reçu officiellement à La Mecque lors du « Hadj ».

S'il ressort de ce jeu qui s'esquisse devant nous un règlement durable et global nous serons, plus encore qu'après l'Irak, les dindons de la farce. L'Iran pourra alors, paraphrasant Condoleeza Rice, dire quelque chose du genre : « nous réglons nos différents avec nos voisins, nous oublions nos dissensions avec les Etats-Unis, mais nous faisons payer à la France son arrogance… »

Aujourd'hui, les déclarations de Monsieur El Baradai, dans l'attente de son rapport définitif, n'encouragent aucun pays à adopter des sanctions plus lourdes hors du cadre des Nations-Unies. L'Amérique quels que soient les commentaires plus ou moins déterminés qu'elle fera, gagnera du temps et s'appuyant maintenant sur un rapport de ses propres services de renseignement plus favorable encore à l'Iran que ne l'aurait jamais rêvé M. Ahmadinejad, adoptera une attitude plus positive. Aux dernières nouvelles, l'Ayatollah Khamenei n'exclut plus une normalisation des rapports entre l'Iran et les Etats-Unis, même s'il juge les conditions actuelles des américains inacceptables. A terme, la prochaine étape pourrait bien être la conclusion du grand jeu devant régler au plan régional et international la place de l'Iran.

En voulant jouer seuls, en avant de tous les autres, nous avons commis ce que sanctionnent les règles du football comme celles de la diplomatie : un « hors-jeu ». En ce moment précis nous croyons, tout en courant seuls sans tenir compte des autres, que nous allons marquer un point historique alors même que les joueurs nous observent goguenards et que l'arbitre s'apprête à exclure notre folle action par un brutal coup de sifflet.


Mais le pire est tout de même l'isolement. L'Allemagne a réfuté clairement et par avance toute perspective d'action armée et a fermement précisé qu'elle se limiterait au cadre multilatéral. Les Etats-Unis se situent en apparence dans la même ligne que nous, bien qu'ils fassent mine, avec humour, de calmer nos ardeurs belliqueuses. Mais il faut être aveugle pour ne pas comprendre qu'entre les Etats-Unis et leurs vrais alliés - Grande-Bretagne, pays arabes de la région, Irak compris, et même Turquie - se trame avec l'Iran une négociation globale et complexe qui nous dépasse à tel point que nous n'avons même pas pris la mesure de ce grand jeu à la table duquel nous ne sommes pas admis.

Depuis quelques temps, bien des indices nous révèlent que ce grand jeu a déjà commencé. Le Président Bush a autorisé la publication d'un rapport de synthèse émanant de l'ensemble des agences du renseignement américain qui exonère pratiquement l'Iran de tout soupçon en matière nucléaire. Et comme par hasard, au même moment, le Président iranien Ahmadinejad a proposé au Conseil de coopération du Golfe qui regroupe l'Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, le Koweit, le Qatar, Oman et Barhein – pays qui au total hébergent 40 000 soldats américains sur leur sol – un pacte de sécurité et un accord économique visant « la paix et la prospérité pour tous ». Le même Ahmadinejad a du reste été reçu officiellement à La Mecque lors du « Hadj ».

S'il ressort de ce jeu qui s'esquisse devant nous un règlement durable et global nous serons, plus encore qu'après l'Irak, les dindons de la farce. L'Iran pourra alors, paraphrasant Condoleeza Rice, dire quelque chose du genre : « nous réglons nos différents avec nos voisins, nous oublions nos dissensions avec les Etats-Unis, mais nous faisons payer à la France son arrogance… »

Aujourd'hui, les déclarations de Monsieur El Baradai, dans l'attente de son rapport définitif, n'encouragent aucun pays à adopter des sanctions plus lourdes hors du cadre des Nations-Unies. L'Amérique quels que soient les commentaires plus ou moins déterminés qu'elle fera, gagnera du temps et s'appuyant maintenant sur un rapport de ses propres services de renseignement plus favorable encore à l'Iran que ne l'aurait jamais rêvé M. Ahmadinejad, adoptera une attitude plus positive. Aux dernières nouvelles, l'Ayatollah Khamenei n'exclut plus une normalisation des rapports entre l'Iran et les Etats-Unis, même s'il juge les conditions actuelles des américains inacceptables. A terme, la prochaine étape pourrait bien être la conclusion du grand jeu devant régler au plan régional et international la place de l'Iran.

En voulant jouer seuls, en avant de tous les autres, nous avons commis ce que sanctionnent les règles du football comme celles de la diplomatie : un « hors-jeu ». En ce moment précis nous croyons, tout en courant seuls sans tenir compte des autres, que nous allons marquer un point historique alors même que les joueurs nous observent goguenards et que l'arbitre s'apprête à exclure notre folle action par un brutal coup de sifflet.


Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 22/02/2008
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