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Hibernia

29/11/2010
La fièvre spéculative qui a affecté la République d'Irlande pendant une quinzaine d'années semble être brusquement tombée tandis que la situation de l'ex « Tigre celte » donne maintenant des sueurs froides et fait frissonner tout le corps économique et financier de l'Europe.
Si les Romains appelaient l'Irlande « Hibernia », ce n'est probablement pas par référence à la fraîcheur du climat irlandais car, s'il pleut beaucoup dans cette île, la température ambiante reste douce. Il semblerait plutôt que l'expression latine pour désigner l'Irlande soit issue du vieil Irlandais « ériu » ou « iweriu » qui viendrait lui-même d'une racine indo-européenne signifiant « le pays fertile ».
Cette fertilité est une illusion.
En Irlande, l'herbe est effectivement très verte, mais la terre est ingrate, tourbeuse, difficile à cultiver. Dans l'ouest, la pomme de terre ne peut pousser que sur quelques parcelles, tandis que les troupeaux se prennent les pieds dans la « turf » (tourbe). La fertilité spéculative de l'Irlande s'est révélée tout aussi hypothétique.
J'ai bien connu la fièvre irlandaise. Il y a plus de vingt ans, le pays était encore très pauvre, relativement primitif et je me rappelle avoir beaucoup étonné nos amis irlandais en leur annonçant que nos premiers achats de jeunes mariés pour notre installation à Paris seraient une machine à laver la vaisselle et une machine à laver le linge, car ces équipements étaient encore à l'époque bien rares, même à Dublin, surtout pour un ménage pas particulièrement fortuné.
Au fil des années qui suivirent, le pays semblait connaître une vague de prospérité sans précédent et les jeunes diplômés de l'université de Trinity à Dublin ne prenaient plus les chemins de l'exil pour travailler tandis que bien souvent leurs aînés qui étaient allés chercher un emploi à l'étranger commençaient à refluer vers leur pays d'origine et réussissaient souvent à y constituer en peu de temps une véritable fortune.
Les prix de l'immobilier flambaient. Dans les quartiers du centre de Dublin, une maison de cent cinquante mètres carrés voyait en vingt ans son prix multiplié par plus de dix tandis que le moindre petit cottage de la côte ouest qui aurait valu le prix d'un vélo ou tout au plus celui d'un scooter dans les années soixante finissait par se vendre à des prix dignes de ceux de la Côte d'Azur.
Mais tout cela ne reposait en réalité sur pas grand chose et même si l'économie réelle de l'Irlande a connu des progrès fulgurants tout au long de ces années, ceux-ci étaient très loin de justifier le délire d'une spéculation sur toutes les valeurs qui doublait ou triplait celle qui aurait été raisonnable.
Finalement, la petite histoire malheureuse de l'Irlande au cours des dernières décennies me fait penser à cette comptine pour enfants que l'on chantait autrefois tout en s'étourdissant dans une ronde : « Ring a ring o'roses, a pocketful of posies, atishoo atishoo, all fall down ».

Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 29/11/2010

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