Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   
En attendant le miracle monétaire, du Japon aux Amériques en passant par l’Europe…
Il est trop tôt pour dire si l’expérience nouvelle d’une politique monétaire sans précédent au Japon donnera ou non un résultat positif.
Mais nous pouvons rappeler ce qui n’a pas marché précédemment au Japon et a plongé durablement ce pays dans la stagnation. Nous pouvons aussi souligner que la structure de la société japonaise induit un comportement de l’épargnant qui ne se retrouve ni en Europe, ni aux Etats-Unis et qu’il nous est difficile de tenter de nous inspirer, en Europe, de l’actuelle expérience japonaise.
Au début des années 90, le Japon s’est imposé une politique monétaire restrictive pour assainir une économie en pleine bulle spéculative. Elle a prolongé cette rigueur monétaire par une rigueur budgétaire à la fin des années 90, sans plus de résultat jusqu’à ce que très récemment le gouvernement de M. Abe décide de renverser la table.
Ce que l’on appelle les « Abenomics » dépassent tout ce qui a été fait par les banques centrales de la zone euro, des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne.
Aux Etats-Unis, dans la zone euro et en Grande-Bretagne, les bilans des banques centrales sont passés avec la crise de 5 à 7% des PIB respectifs en 2007 à plus de 20% en 2014 et une projection relativement stable pour les prochaines années. C’est donc un triplement de ces bilans entrainant une création monétaire corrélative. Au Japon, le bilan de la BoJ représentait déjà plus de 20% du PIB en 2007 et il représente sans doute 60% aujourd’hui, avec une projection qui l’amènera à 80% dans deux ans !
Pour le moment, cette politique incroyablement audacieuse n’a pas donné les résultats escomptés et, en tout état de cause, la structure de la société japonaise et le comportement financier qu’elle induit ne nous permet pas de reproduire ce qu’ils ont fait : au Japon, l’épargne des ménages est placée massivement dans des circuits financiers publics – à travers l’équivalent d’une banque postale – qui la replacent en bons du Trésor. Dès lors, le déficit public japonais, intégralement financé par l’épargne, n’induit pas d’effet de relance. Le Premier ministre Abe a décidé de financer la dette publique par la création monétaire en faisant souscrire massivement des bons du Trésor par la banque centrale.
Ce qui se passe aux Etats-Unis n’est pas tellement plus encourageant, ni d’ailleurs facilement transposable.
La création monétaire américaine a reposé sur l’achat de bons du Trésor et le refinancement débridé de tous effets privés, y compris les valeurs hypothécaires représentatives du marché du logement au moment où celui-ci s’effondrait.
Ces vagues successives de « QE » (quantitative easing) ont semblé faire repartir la machine économique avec un certain retour de croissance et un incontestable effet sur l’emploi.
Alors pourquoi ne pas suivre cet exemple ?
Je répondrai d’abord que si c’était si simple, il ne faudrait pas s’en priver. Mais cela n’est pas si simple.
En premier lieu, la croissance américaine est, tout à la fois, fragile et artificielle.
Elle a renfloué le système financier et reconstitué ses bénéfices, elle n’a pas permis de reprise significative de l’industrie.
La reprise, par ailleurs, n’a guère bénéficié au peuple qui, malgré la baisse significative du chômage, a l’air si peu satisfait qu’il inflige au président Obama une cuisante défaite électorale au Congrès.
C’est que la baisse du chômage marque aussi la mise au temps partiel forcé d’un nombre croissant de salariés, l’acceptation non moins résignée de postes sous-qualifiés, précaires et sous-payés pour une classe moyenne qui vit au quotidien la dégringolade sociale, voire la renonciation à une recherche d’un emploi stable et déclaré.
Enfin, rien ne nous dit que le mouvement d’amorçage de la reprise américaine par une injection de liquidité en milliers de milliards de dollars survivra à la fin des politiques de quantitative easing annoncée depuis quelques semaines par la Fed.
L’Europe est, quant à elle, affectée du syndrome de la déflation qui, à l’évidence, touche désormais l’Allemagne, tandis que les performances de reprise des pays « purgés », telles que la Grèce ou l’Espagne, s’apparentent plus à un rebond technique quand on a touché le fond qu’à une reprise durable.
Les autorités monétaires de la zone euro n’ont pas financé directement les déficits des Etats par des souscriptions massives de bons du Trésor par la BCE mais, indirectement, par la reprise aux banques du portage de ces bons dans le cadre des injections massives de liquidités qui leur ont été consenties.
Globalement, à travers des mécanismes différents, la part du bilan de la banque centrale par rapport au PIB a évolué parallèlement et à des niveaux comparables entre l’Europe et les Etats-Unis.
Les causes de l’échec européen sont à rechercher ailleurs.
Dans le fait, par exemple, que les Etats-Unis sont beaucoup moins dépendants du monde extérieur pour la reprise de leur économie que ne le sont les pays de la zone euro.
Nous en sommes donc à attendre les résultats au Japon, à nous interroger sur la pérennité des résultats obtenus aux Etats-Unis après l’infléchissement de la politique monétaire, à nous désespérer en Europe d’une nouvelle phase de crise hantée par le spectre de la déflation.
Et si la politique monétaire devait avant tout se borner à prévenir le gonflement des bulles spéculatives et à fournir les liquidités indispensables à une croissance de l’économie réelle, tout en assurant la surveillance, voire la police, des activités bancaires et, en particulier, de celles qui ont un rôle systémique ?
Ce n’est pas un miracle que l’on peut attendre de la politique monétaire, mais un retour à la normale.
Ce retour à la normale est d’autant plus indispensable que les statistiques monétaires témoignent d’un dérapage historique continu depuis près de soixante-dix ans.
En 1950, en effet, les encours de crédit du secteur privé représentaient, dans les pays développés, 50% du PIB, ils passaient à 170% en 2007 pour atteindre 200% aujourd’hui.
L’excès de liquidité monétaire est la cause profonde d’une économie mondiale de plus en plus financière et de moins en moins réelle tandis que ce grand écart provoque une aggravation des inégalités et nous condamne à des crises spéculatives à répétition.
Le salut viendra, après des années d’une politique difficile d’ajustement budgétaire, de flexibilité des marchés et de contrôle du monde financier.


Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 12/11/2014
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