Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   
Le Printemps, par Sandro Botticelli (1478)
Le Printemps, par Sandro Botticelli (1478)
Les printemps se suivent et se ressemblent : en 2008, la crise ne nous atteindrait pas, en 2009, elle était déjà terminée... et en 2012, le soleil serait revenu sur l'économie mondiale.
Je m'inscris en faux rituellement, chaque année, simplement pour prendre date.
Qu'est-ce qui justifie cette année ce regain d'optimisme saisonnier ?
Un semblant de reprise aux Etats-Unis, une détente des taux sur les bons du Trésor européens, rien de plus. A l'inverse, une observation lucide du spectacle de l'économie mondiale devrait nous conduire d'abord à considérer que la modeste reprise américaine est exclusivement la conséquence très passagère d'un afflux colossal de monnaie fabriquée par la banque centrale américaine sans que véritablement l'économie réelle ne soit sortie de son impasse.
Le Financial Times du 28 février publie un article de Robert Reich, professeur à Berkeley, qui remarque que compte tenu de l'effondrement des valeurs de l'immobilier aux Etats-Unis, et de la diminution des salaires, il est tout à fait improbable que ce pays puisse bénéficier rapidement d'une reprise solide.
Par ailleurs, l'Europe, comme les Etats-Unis, par des biais différents mais finalement avec des résultats assez semblables, crée des quantités hallucinantes de monnaie, ce qui entretient l'illusion d'une reprise artificielle et prépare l'explosion des bulles spéculatives futures.
Les Etats-Unis créent de la monnaie directement et sans vergogne en permettant à leur banque centrale d'acheter directement au Trésor public quelques milliers de milliards de dollars de bons du Trésor.
L'Europe fait, en réalité, la même chose mais de manière beaucoup plus hypocrite puisque, officiellement, la Banque centrale européenne n'a pas le droit d'acheter des bons du Trésor directement aux Etats au moment de leur émission. En réalité, la Banque centrale européenne a acheté de l'ordre de 200 milliards d'euros de bons du Trésor sur le marché secondaire, parfois quelques minutes après leur émission et presque aussitôt après qu'ils aient été achetés une première fois par des banques.
Par ailleurs, la Banque centrale européenne inonde les banques commerciales de prêts à 1% à trois ans. Cette liquidité permet aux banques de racheter des bons du Trésor avec des marges très confortables et j'ai déjà dénoncé le scandale qui consistait à financer les banques à 1%, lesquelles recyclent cet argent à plus de 4% auprès des Etats.
Toutes choses égales par ailleurs et même si les mécanismes sont différents, le financement de bons du Trésor par les banques centrales directement ou indirectement, représentent des montants similaires : les Etats-Unis bénéficient des souscriptions de la Fed à hauteur jusqu'à présent d'environ 1 700 milliards de dollars tandis que les financements de la Banque centrale européenne vis-à-vis des banques atteindront un montant du même ordre avec l'allocation de ce jour, 29 février, dont une grande partie est recyclée par les banques en achat de bons du Trésor.
Une menace tout à fait nouvelle pointe à l'horizon plus redoutable encore : celle de la crise chinoise qui peut provenir soit du retournement de la conjoncture immobilière dans ce pays où les excès du capitalisme vont infiniment plus loin qu'en Europe ou aux Etats-Unis soit d'une catastrophe financière qui peut survenir à tout moment dans la galaxie glauque de l'intermédiation financière underground, dans un pays où d'immenses mouvements d'argent se font hors du système établi par un jeu de rapprochement entre les prêteurs et les emprunteurs qui permet parfois de faire transiter des opérations d'un niveau financier hallucinant par le seul téléphone portable d'un courtier autoproclamé.
Aucune question financière n'a été réglée depuis le début de la crise : la réglementation bancaire n'a pas significativement évolué, et nous en sommes encore à attendre l'adoption de la « Volcker rule » aux Etats-Unis, c'est-à-dire l'interdiction faite aux banques de mener pour leur propre compte des opérations spéculatives au mépris de l'intérêt de leurs clients.
Le secteur de l'immobilier ni aux Etats-Unis, ni en Europe, est encore loin d'avoir été purgé de ses folies spéculatives. Aux Etats-Unis, combien de milliers de milliards de dollars faudra-t-il encore pour effacer les fantômes comptables des subprimes ? A Paris, quand les agents économiques arriveront-ils à comprendre que la montée des prix jusqu'au double ou au triple de la capacité financière de la quasi totalité des acheteurs potentiels ne peut conduire qu'à une crise brutale aux conséquences terribles ?
Chaque printemps apporte son lot d'illusions mais tant que nous n'aurons pas réglé les problèmes de base, tant que nous ne nous serons pas attaqué à la structure d'une machine financière devenue folle, nous n'aurons aucun espoir de sortir de la crise.
Et même lorsque nous aurons compris cela, il nous faudra tout de même quelques années d'efforts pour voir la situation s'améliorer.

Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 29/02/2012
Paul Giacobbi - Photo officielle

Consultez le blog de Paul Giacobbi sur votre mobile !


Les dernières notes
Communiqué 20/02/2017
Pace e Salute ! 10/01/2017
Toutes les archives