Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

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De plus en plus fort…
Un proverbe chinois conseille d’attendre tranquillement au bord de la rivière jusqu’à y voir flotter le cadavre de son ennemi.
On pourrait aussi évoquer tous les sophismes relatifs aux ennemis des ennemis qui deviennent vos amis ou aux amis des ennemis qui deviennent vos ennemis, pour illustrer l’extraordinaire retournement de situation par lequel l’Iran devient finalement la puissance protectrice de l’Irak tandis que les Etats-Unis s’allient au régime des Ayatollahs pour préserver l’intégrité du régime chiite de M. Maliki contre l’armée islamiste qui le menace.
Pour goûter tout ce que cette situation, pourtant logique et réaliste, a d’extraordinaire, il nous faut remonter en arrière de quelques décennies.
Il était une fois un pays du Moyen-Orient avec à sa tête un des pires dictateurs de l’histoire, Saddam Hussein, qui se trouvait l’allié des Etats-Unis d’Amérique car il résistait, dans le cadre d’une guerre sans merci, où il utilisait les gaz de combat, au régime classé « terroriste » par les Etats-Unis : l’Iran de l’Ayatollah Khomeini.
Ladite guerre a fini par se terminer sans vainqueur ni vaincu dans une sorte de statu quo haineux entre les deux pays, et puis, un beau jour, l’Irak a envahi le Koweit se croyant autorisé à le faire par les Etats-Unis dont l’ambassadrice à Bagdad avait à tout le moins manqué de clarté et de professionnalisme.
Il en est résulté une première Guerre du Golfe au terme de laquelle les Etats-Unis sont devenus de facto les protecteurs du Kurdistan dont ils interdisaient par la voie aérienne l’accès aux troupes de Saddam Hussein, tandis qu’ils laissaient ce dernier maître du reste de son territoire, tout en imposant à son peuple, par des sanctions économiques, une misère effroyable.
Puis, les Etats-Unis ont commencé à reprocher à l’Irak de Saddam Hussein la possession de stocks d’armes de destruction massive interdites alors même qu’ils n’avaient trouvé aucun reproche à faire lorsque leur allié d’alors, l’Irak, avait utilisé des gaz contre les troupes iraniennes ou même contre leurs compatriotes kurdes.
Les Etats-Unis ont donc envahi l’Irak et institué une sorte de protectorat qu’ils ont géré de la manière la plus absurde puisqu’après avoir été accueillis avec enthousiasme, ils se sont rendus odieux malgré quatre mille milliards de dollars dépensés.
Entre temps, l’ennemi terroriste n°1 a changé de visage et se trouve être désormais le fondamentalisme sunnite et son dernier avatar, l’ISIS (Islamic State in Iraq and Syria) ou ISIL (Islamic State in Iraq and the Levant), à côté duquel Al Qaïda passerait pour une innocente association culturelle un peu trop activiste.
Dès lors, l’Iran qu’entre temps on avait menacé des foudres des Etats-Unis sur le développement nucléaire militaire, se retrouve à tout le moins l’allié objectif des Etats-Unis au point que non seulement M. Obama a ouvertement poussé à un accord sur le nucléaire mais a fini par avoir une discussion directe sur la coordination de l’action militaire laquelle se résume sur le plan stratégique et tactique en une intervention aérienne programmée des Etats-Unis, coordonnée par des troupes iraniennes déjà en action sur le terrain.
Détail cocasse : ce sont semble-t-il des unités assimilables aux gardiens de la Révolution islamique, les Pasdaran, qui sont les correspondants au sol de l’aviation militaire américaine.
On se rappellera qu’il y a quelques années, le président Clinton avait tenté, sans succès, une intervention héliportée pour libérer les diplomates américains détenus en otage à l’ambassade à Téhéran par les mêmes gardiens de la révolution !
Ainsi, la nouvelle situation irakienne qui se dessine est la suivante : l’Iran devient puissance protectrice de l’Irak ou plutôt de sa majorité de confession chiite et intervient militairement au besoin pour contenir les offensives d’une armée islamiste sunnite, pouvant compter dans cette action militaire sur l’appui tactique aérien de l’aviation américaine.
Si l’on ajoute que ladite aviation américaine garantit par ailleurs, et ce continument depuis la première Guerre du Golfe, l’indépendance de facto du Kurdistan irakien, lequel est l’ennemi juré du gouvernement turc, par ailleurs allié de toujours des Etats-Unis, on jugera sans doute utile de clarifier un peu la conception et la mise en œuvre de la diplomatie américaine laquelle, ayant ruiné le Trésor public des Etats-Unis, finit par désigner et garantir au pays qui fut son pire ennemi la position de protecteur d’une nation pour laquelle ils ont mené deux guerres !
Comme dit le général Alcazar dans Tintin : « de plou en plou fort ! ».

Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 18/06/2014
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