Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Explication de vote au nom du groupe RRDP sur le projet de loi de finances rectificative pour 2014, 9 décembre 2014


Monsieur le Président, cette loi de finances rectificative, comme d’ailleurs tous nos actes budgétaires depuis quelque temps, illustre l’axiome de la mathématique financière selon lequel il est impossible de retrouver l’équilibre sans croissance.
On pourrait y parvenir, bien sûr, grâce à un biais commode, classique, que nos rois et nos Républiques successives ont pratiqué avec succès depuis Philippe IV le Bel : l’inflation. Par je ne sais quel aveuglement collectif, nous avons cependant renoncé, sans trop nous en rendre compte, à la seule drogue existant en matière financière – finalement douce et inoffensive, à condition de respecter une posologie de 3 à 4 % par an et de ne jamais dépasser 10 % –, celle qui permet de taxer la rente et d’atténuer les dettes de l’entreprise et de l’État.
Secret perdu, enfoui dans une chambre secrète et inaccessible sous la pyramide de l’orthodoxie financière, l’inflation repose dans une paix éternelle. Quant aux pays de l’Union européenne, comme le Japon et bien d’autres, ils se trouvent dans la trappe à déflation.
Il reste aux grands prêtres de la finance, aux docteurs en sciences budgétaires à se disputer pour des riens, des détails, même si tout de même le diable et parfois Dieu peuvent, l’un ou l’autre, et parfois les deux à la fois, se nicher dans les détails.
Il y a tout de même un détail global qui n’est pas tout à fait rien : le Gouvernement réussit à présenter une nouvelle économie de 3,3 milliards d’euros au titre de cette loi de finances rectificative, un chiffre dont je ne doute pas qu’il sera contesté.
Nous nous rapprochons de la norme, mais d’une manière tangentielle, c’est-à-dire que, nous en approchant de plus en plus, nous n’y parviendrons que très fugitivement et qu’aussitôt après l’avoir atteinte, nous nous en éloignerons à nouveau inexorablement. Malheureusement, les choses sont ainsi.
Notre groupe, qui estime aussi que les détails peuvent être importants, même s’il ne croit guère au diable et laisse chacun croire en Dieu, se réjouit de l’adoption de plusieurs dispositions telles que le relèvement du taux de la taxe de risque systémique au profit des collectivités qui ont souscrit des emprunts structurés ainsi que celui de la taxe sur les surfaces commerciales – la TASCOM –, uniquement pour les hypermarchés.
Nous sommes également satisfaits – je le suis, personnellement à plus d’un titre – de la prorogation jusqu’en 2020 du crédit d’impôt investissement en Corse, sur l’initiative de notre groupe, à la suite d’une discussion franche et loyale avec le Gouvernement, et d’un arbitrage.
La loyauté, sinon l’enthousiasme, a conduit, de manière claire et nette, à l’adoption de ces dispositions, qui sont sages. Monsieur le secrétaire d’État chargé du budget, je vous en remercie personnellement. Elles vont permettre de maintenir, dans une logique de compétitivité et d’emploi, le taux du crédit d’impôt investissement corse à 20 % jusqu’en 2020.
Par ailleurs, nous nous réjouissons de l’évolution complexe, par application d’une directive européenne, de l’exonération d’impôt sur les sociétés des bénéfices distribués par une filiale : les maisons mères pourront dès lors mieux contrôler leurs filiales.
Enfin, concernant le versement transport, le vote par notre assemblée du retour au droit antérieur à la première loi de finances rectificative de juillet 2014 permettra de poursuivre la réflexion en vue d’identifier une solution plus équilibrée pour chacune des parties prenantes.
Au-delà de ces détails, toujours importants, et parfois essentiels, et de ces satisfactions – elles sont si rares en ces temps difficiles que nous devons, une fois encore, remercier le Gouvernement de les avoir loyalement accordées –, le contexte est ce qu’il est. Au printemps, l’Europe jugera du caractère structurel de nos réformes. Je doute qu’elle se contente alors d’une loi qui n’aura identifié, comme freins à la croissance, que les professions réglementées et le repos dominical.
Mais à chaque jour suffit sa peine. Aujourd’hui, notre groupe, toujours loyal au-delà de ses manifestations de lucidité et de son esprit naturellement critique, votera cette loi de finances rectificative, à une quasi-unanimité. (Applaudissements sur les bancs des groupes RRDP et sur plusieurs bancs du groupe SRC.)

Commentaires (8) | Rédigé par Paul Giacobbi le 09/12/2014

Commentaires

1.Posté par Chiappini le 09/12/2014 17:32
tres bonne chose pour nous hotelier merci de votre implication en espérant que vous ne vous embarrasserez pas de gens comme stefani qui sont néfaste pour l'économie Corse lors des prochaines territoriales cordialement

2.Posté par Brynhild La Valkyrie le 09/12/2014 18:14
Monsieur le Député,

Si je vous comprends bien, vous souhaitez relancer l'inflation ou tout au moins la voir repartir ce qui me réjouit parce que je partage votre point de vue.

La déflation qui nous guette serait en effet la pire catastrophe qui pourrait arriver en France (hormis la folie d'une sortie de l'euro) mais, pour autant que je sache, l'inflation ne se décrète pas c'est la conséquence des politiques budgétaires, fiscales et monétaires qui sont menées dans un pays donné et pour ce qui nous concerne en Europe puisque nous ne pouvons rien faire de manière isolée ; tout en sachant que l'Allemagne et son intransigeante chancelière détestent l'inflation tellement ils ont été traumatisés par les brouettes de billet de banque qu'il fallait amener à la boulangerie pour obtenir un pain après la seconde guerre mondiale.

Dans ces conditions, sans nous faire un cours d'économie ou de finances publiques voire même de mathématiques financières parce que Dieu sait à quel point c'est rébarbatif, pourriez-vous nous expliquer, pour que vos lecteurs ne meurent pas idiots, de quelle manière vous souhaiteriez relancer l'inflation ?

Autrement je me verrai contrainte d'invoquer le diable pour m'expliciter les mystères de votre pensée et me guider à travers les méandres de votre esprit ...

Bien amicalement comme toujours.

PS : Concernant M.Stefani et les communistes, je partage l’avis de Chiappini …

3.Posté par Chiappini le 09/12/2014 20:22
Bonsoir si je peux me permettre de répondre au commentaire précédant je suis propriétaire d'un hotel en Corse du sud et le fait que nous bénéficions de ce crédit d'impôt nous permet de faire des travaux cet hiver et de faire travailler cetaine entreprise de notre region donc intéressant pour tous le monde

4.Posté par Brynhild La Valkyrie le 11/12/2014 11:29
Monsieur le Député,

Faute de réponse de votre part et après avoir consulté, en vain, Lucifer pour m’expliciter votre pensée je me vois contrainte de répondre moi-même à la question que je vous ai posée.

Alors, pour relancer l’inflation il existe une méthode appelée quantitative easing en anglais et que l’on peut traduire par assouplissement quantitatif en français.

Cette méthode consiste pour une Banque Centrale à créer de la monnaie. Cette monnaie n'est pas créée physiquement, il s'agit simplement d'une ligne de crédit sur le compte de la Banque Centrale.

Pour injecter cet argent fraîchement crée, la Banque Centrale achète des bons souverains aux institutions financières (banques, compagnies d'assurances, fonds de pension).

Les banques se retrouvent donc avec davantage de cash, qui peut ainsi être prêté plus facilement (et à un taux plus faible) aux entreprises et ménages, dans le but de booster l'investissement et la consommation.

Une fois la croissance retrouvée grâce à la hausse de l'investissement et de la consommation, la Banque Centrale doit en théorie vendre les bons souverains précédemment achetés (ou bien attendre que les bons arrivent à maturité), et détruire la monnaie qui a été créée. Si l'intervention est totalement stérilisée, la monnaie créée au moment de la crise pour booster l'investissement doit être détruite ensuite pour éviter les pressions inflationnistes.

Donc, l'assouplissement quantitatif est l'équivalent moderne de la planche à billet, en plus sophistiqué dans ses modalités toutefois. Ainsi la Banque Centrale se met à acheter des bons du trésor (ce qui revient à prêter à l'État) et d'autres titres financiers : elle met donc de l'argent en circulation dans l'économie et augmente ainsi les réserves du secteur bancaire.

Dans un cadre de crise et donc de manque de liquidités, le point 1 est capital. On évite ainsi une déflation. Le point 2 doit inciter les banques à accorder à nouveau des prêts.

Les politiques d'assouplissement quantitatif font l'objet d'un important débat entre les économistes.

Pour certains, le risque est de provoquer de l'inflation ou de favoriser les bulles spéculatives. Cette conséquence inflationniste de l'assouplissement quantitatif est parfois remise en cause par les keynésiens.

Cependant, selon d'autres économistes, cette inflation se mesurerait principalement par l'augmentation des prix des matières premières telles que le pétrole, l'or et l'argent métal, ou les produits agricoles.

En 2012, la Banque centrale d'Angleterre elle-même reconnaissait dans un rapport destiné au parlement que sa politique de rachats d'actifs avait avant tout privilégié les 5 % de citoyens les plus riches, par le gonflement du prix de certains actifs financiers détenus par ces derniers.

Le journaliste économique Anatole Kaletsky critique quant à lui le fait que les politiques monétaires d'assouplissement quantitatif n'ont pas d'effet sur l'économie réelle, car les banques ne prêtent pas automatiquement davantage dans l'économie. Il suggère des politiques d'assouplissement quantitatives qui iraient plus directement vers l'économie réelle, par exemple en distribuant directement de l'argent aux citoyens.

Les conséquences à attendre :

Commençons par observer ce qui s’est passé au Japon au début des années 2000 :

De 2000 à 2005 (et surtout de 2001 à 2002, la banque centrale japonaise se lance dans une politique de quantitative easing l’amenant à plus que doubler la taille de son bilan, avant de revenir en arrière en 2006 et 2007.

Le constat est clair : il n’y a eu strictement aucun effet observable du Q.E japonais sur le taux d’inflation, qui n’a pas progressé de 2001 à 2005, et qui a fini par augmenter un peu à partir de la fin 2006 (alors que le Q.E était arrêté depuis longtemps), sous l’effet de facteurs extérieurs (hausse du cours des matières premières).

Il en va de même pour aujourd’hui : les taux d’inflation restent faibles, autour de 2%, dans la plupart des économies développées, malgré des politiques de création monétaire assez intenses, tout simplement parce que les liquidités injectées ne vont pas dans l’économie réelle.

La vitesse de circulation de la monnaie est en effet en chute libre, au plus bas depuis plus de 50 ans.

Et comme l’explique Joseph Stuber dans son dernier article sur le quantitative easing, l’essentiel des liquidités injectées sont actuellement épargnées et mises en réserve et non pas consommées.

Pour qu’il y ait de l’inflation, il faut :

- Des pressions à la hausse sur les salaires.
- Ou une hausse du prix des intrants (matières premières en particulier).
- Ou une économie en surchauffe caractérisée par une forte demande et une expansion rapide du crédit (privé en particulier).

Actuellement, ces conditions ne sont pas du tout présentes :

- Le marché du travail est morose, et les pressions sur les salaires s’exercent plutôt vers le bas (au moins dans les économies développées).

- Le ralentissement de l’économie chinoise et d’autres économies émergentes, associé à la récession européenne exerce des pressions à la baisse sur le cours des matières premières à moyen terme, même si le long terme est sans doute très haussier pour ce secteur.

- Le crédit privé est certes en timide reprise (5% par an actuellement aux USA contre 10 à 12% avant crise), mais bien loin de ses niveaux de 2005-2007.

Pour toutes ces raisons, comme Joseph Stubler, je ne crois pas que le quantitative easing de la BCE et de la FED parviendra à relancer l'inflation sur le moyen terme.
Je n'en attends également aucune relance durable des économies, vu que les taux des emprunts d'état américains, allemands, japonais et français sont déjà au plancher et ne pourront être abaissés de façon importante.

Je reste à votre disposition pour davantage d’explication et vous prie d’agréer, Monsieur le Député, l’expression de ma considération distinguée.

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5.Posté par Y a t-il un pilote dans l'avion? le 11/12/2014 13:23
Il ne sert à rien de se doter de dispositifs fiscaux encourageants tant que l'on a pas réglé ce qui empêche tout développement économique, bride toute initiative privée et fait fuir les investisseurs à savoir le racket, la violence, la terreur, la mauvaise réputation qui en découle...Le plus beau des encouragements économiques serait un signal fort de l'Etat dans le domaine de la sécurité qui je le rappelle n'est rien de moins qu'un droit fondamental. Il serait temps de se préoccuper de cette "gangrène".Que fait la Police, que font les gendarmes, que fait la Justice. je vous l'affirme: RIEN. Les gendarmes sont particulièrement efficaces pour atteindre leur objectif de NON résultat. Ils ne peuvent pas tout faire, ils font "campagne" (les années passées en Corse comptent double pour la retraite comme aux Colonies). Et pendant ce temps les politiques bavardent de réformes institutionnelles, constitutionnelles. Est ce que ces réformes, si elles aboutissent changeront quelque chose à cette dérive criminelle ou à la crise économique? Montebourg dans un de ses nombreux combats d’arrière garde prônait la 6ème République alors qu'il avait pour mission le redressement productif! Pendant ses joutes oratoires la France continuait lentement et surement de sombrer dans les tréfonds de la crise économique. Un sursaut serait le bienvenu! Ne sentez vous pas ce décalage de plus en plus important entre les attentes et les besoins de la population et "l'offre politique". C'est dans cet abyme que s’engouffre le Front National. Nonobstant ces commentaires peu amènes envers l'Etat et la classe politique en général, je vous félicite pour cet amendement et vous encourage à poursuivre votre action au service de la Corse. Enfin, je vous concède que l'inertie des autorités compétentes en matière de sécurité n'est pas imputable au Parlement mais bien à l'Etat et à ses indigents serviteurs qui à leur décharge ne savent plus à quel est le cap et attendent le "crash" car il n'y a plus de pilote dans l'avion.

6.Posté par Brynhild La Valkyrie le 14/12/2014 14:28
En complément de mes billets concernant l’inflation et comme je vois que vous vous interrogez sur l’origine de la baisse des prix pétroliers voici une nouvelle contribution au débat sur l’inflation.

1/La deuxième opération de refinancement ciblée des banques européennes (TLTRO) réalisée jeudi par la Banque centrale européenne n'a pas rencontré le succès escompté. Les banques ont emprunté un peu plus de 130 milliards d'euros contre une fourchette comprise entre 150 et 200 milliards d'euros escomptée par le marché. Compte tenu de ce résultat mitigé, la pression se renforce sur la Banque centrale européenne pour augmenter son stimulus monétaire dès le début de l'année prochaine en vue de faire repartir l'inflation, probablement par le biais d'un programme d'achat massif de titres de dette publique ou privée.

2/La déflation va-t-elle finir par couler l'économie européenne ? La menace se fait de plus en plus pressante, même en France. Jeudi, l'institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a révélé que les prix à la consommation au mois de novembre avaient reculé de 0,2 %. Sur un an, c'est-à-dire par rapport à novembre 2013, les prix n'ont progressé que de 0,3 %. La zone euro est au diapason, puisque les prix n'y ont augmenté que de 0,3 % également. Mais le signal le plus inquiétant vient de l'inflation "sous-jacente", hors tarifs réglementés (gaz, électricité), effet de la fiscalité (TVA...) ou des matières premières (pétrole...) et des produits frais. En France, cet indicateur, censé mieux refléter "la tendance de fond de l'évolution des prix", a reculé de 0,2 % par rapport à novembre 2013. "C'est la première fois" que cela arrive depuis 1990 quand l'Insee a commencé à l'utiliser ! Effets du contre-choc pétrolier. Dans le détail, les prix des produits manufacturés amplifient leur recul, parmi lesquels ceux des voitures neuves, des équipements audiovisuels, photographiques et informatiques, souligne l'Insee. "Outre le recul saisonnier des prix de certains services, la baisse des prix à la consommation en novembre résulte d'un nouveau recul des prix des produits manufacturés et des prix de l'énergie, en particulier des produits pétroliers", résume l'institut. De quoi laisser planer le risque d'une spirale infernale...


http://www.boursorama.com/actualites/la-deflation-va-t-elle-s-abattre-sur-la-france-745fdfea028bfd1f6649aece028478e7

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7.Posté par Brynhild La Valkyrie le 16/12/2014 20:30
Monsieur le Député,

Pour alimenter le petit débat que nous entretenons vous et moi à propos de l’inflation et de la déflation je vous propose de lire, si vous ne l’avez déjà fait, cet article et surtout de regarder la vidéo à la fin de l’article que je trouve très intéressante.

http://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0204021434971-patrick-mange-russie-il-y-a-des-similitudes-avec-la-crise-financiere-de-1998-1075662.php?xtor=RSS-39&utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

Bien amicalement comme toujours.

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8.Posté par rubinu le 17/12/2014 09:10
Bonjour,
Visiblement l'amendement en question a été supprimé au sénat par un autre amendement, présenté par M. De Montgolfier (amendement visant à supprimer l'article 30 sexdecies).
Est ce qu'une riposte est prévue ?
Est ce que la prorogation est définitivement perdue ?

Merci d'avance

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