Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Il y a eu sur notre propre territoire des guerres justes et même des services cinématographiques des armées sincères : quand John Ford filmait la guerre contre le nazisme, c'était une vraie guerre, une juste cause et un cinéaste sincère.

Mais c'est aujourd'hui une tout autre guerre que viennent filmer, à l'aube où ils ont été convoqués par les communiquants des ministères, une multitude de cinéastes télévisés, sans doute dénués du talent de John Ford mais beaucoup plus dotés en personnel et en moyens techniques.

Il s'agit bien d'une guerre puisque l'on envoie des troupes armées en milliers d'hommes, avec véhicules blindés et couverture aérienne héliportée et que sans doute, l'offensive de ce petit matin a-t-elle été précédée classiquement par un travail de renseignement mené comme on espionne le territoire ennemi.

Cet état de guerre est aussi revendiqué par les acteurs les plus en vue de la scène gouvernementale qui prétendent mettre en place un « plan Marshall des banlieues » comme si la guerre était déjà finie et qu'ils l'avaient gagnée, comme si nos caisses publiques étaient, à l'instar de celles des Etats-Unis en 1946, pleines à craquer de tout l'or du monde.





Il est classique que les gouvernements populistes s'inventent une guerre lorsque leur popularité chute et, face à la crise économique, aux caisses vides et au pouvoir d'achat en berne, on nous dessine au-delà des barrière de nos villes une nouvelle ligne bleue des Vosges qu'il nous faudrait désormais fixer dans une sorte d'élan patriotique de revanche, ce qui nous permettrait de ne plus voir tout le reste et au gouvernement de ne plus expliquer ses fiascos récurrents.

Mais ce qui se passe aux portes de nos villes, au-delà de l'exutoire médiatique et politique, sensé relancer la popularité du gouvernement, ressemble de plus en plus à la pratique morbide des territoires occupés où se succèdent les accès d'Intifada et les vagues de répression armées.

Certes, nos renseignements généraux sont assez loin des performances du Mossad et nos CRS n'ont pas encore la puissance offensive de Tsahal tandis que notre gouvernement n'a pas encore entamé la construction d'un mur de séparation.

Pour autant, entre quotas d'expulsions de plus en plus élevés et statistiques exponentielles d'arrestations ou de rétentions administratives diverses, notre rhétorique gouvernementale assimile de plus en plus clairement la banlieue à l'immigration, l'immigration au séjour irrégulier, et ce dernier à la délinquance, de telle sorte que la banlieue devient insensiblement le lieu de tous nos maux dont seule une thérapeutique brutale pourrait nous libérer.

Il n'est d'ailleurs pas indispensable d'être véritablement efficace sur le plan militaire ou remarquablement performant dans le domaine du renseignement, pour commettre des erreurs politiques majeures et instituer durablement entre des populations et des territoires une totale ignorance réciproque, une peur panique d'un côté face à une haine tenace de l'autre, jusqu'à ce que l'on finisse un jour par se trouver obligé d'en appeler au cessez-le-feu et à la lente et difficile reconstruction de la compréhension mutuelle, de la solidarité et de la confiance.

Dans nos banlieues, nous en sommes aujourd'hui à l'exploitation médiatique et partisane d'opérations dont l 'inefficacité en terme de sécurité n'a d'égal que leurs conséquence dramatiques dans l'ordre du traumatisme et de l'humiliation.

Avant que l'on en vienne, un jour peut-être, à réclamer à l'ONU des observateurs internationaux pour le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis, il serait peut-être temps d'abandonner ces rhétoriques et ces simulacres guerriers et de comprendre que ces territoires de banlieues sont aussi la France, une France diverse, jeune, dynamique et créative, qui fera peut-être plus pour le renouveau de notre pays que les beaux quartiers vieillissants plus souvent obsédés par le bouclier fiscal et les plus-values boursières que par le redressement de la nation.

A Villiers-le-Bel, ce n'est pas Mozart qu'on assassine, c'est notre futur que l'on met à sac.



Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 22/02/2008
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