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Cézanne au Luxembourg…
En arrivant l’autre jour au musée du Luxembourg pour voir l’exposition Cézanne, il me revenait à l’esprit que le peintre avait été heureux un jour de 1895 à l’idée d’être exposé dans ce qui était alors le musée du Luxembourg. Ambroise Vollard, le célèbre marchand dont l’admirable portrait figure dans l’exposition, raconte cela dans un essai qu’il a consacré à Cézanne :
« Cézanne, en apprenant que ses baigneurs iraient au Luxembourg, l’antichambre du Louvre, avait eu ce cri du cœur : « Maintenant j’emm…de Bouguereau ! »
Ce Bouguereau était un peintre insignifiant mais très célèbre à l’époque, membre de l’académie des beaux-arts et que la critique du temps plaçait bien au dessus de Cézanne. La seule postérité de Bouguereau, dont les toiles insipides se trouvent encore dans les étages « académiques et pompiers » du musée d’Orsay et dans certains musées de province aux Etats-Unis, c’est précisément ce mot de Cézanne !
Au-delà de cette anecdote, l’exposition est admirable. Les trois baigneuses peintes en 1877 et qui furent la propriété de Matisse sont la préfiguration, après de nombreuses esquisses, de ce que seront les fameuses baigneuses du musée de Philadelphie dont j’ai déjà parlé dans ce blog.
Une femme nue de 1890 est presque surréaliste en juxtaposant une femme sur un divan et sur le côté des poires immenses vue de haut sur une nappe flottant verticalement. Le visage d’Ambroise Vollard est sombre, penché, mangé de barbe et d’ombre, sans que l’on distingue les yeux, le regard. Mais son plastron resplendit de nuances nacrées faites de blancs, de bleus, d’une réminiscence de jaunes et de verts où se concentre tout le génie de cette lumière cézannienne que le peintre a refusé à la figure de son marchand.
Mais la plus grande émotion vient des derniers paysages, cubistes voire abstraits, comme cette route tournante, peinture à l’huile que l’on croirait aquarelle où le peintre semble déjà prêt à suivre le chemin qui le conduira, au-delà de la toile, dans un autre monde dont il esquisse déjà l’entrée.
L’itinéraire esthétique de Cézanne est d’une extraordinaire complexité, fait d’allers et de retours qui rendent parfois la datation d’une œuvre difficile, du moins pour un simple amateur comme moi. En réalité le cheminement de Cézanne est polyphonique, il poursuit plusieurs routes à la fois qui se séparent et se rejoignent successivement : celles des pommes, des baigneuses, des rochers et des arbres, du soleil éblouissant aux nuances infinies du « temps gris » comme il disait, celles des nus irréels et du visage austère de sa femme… et à la fin le point d’orgue des Grandes baigneuses et la vibration irisée, irréelle, des dernières natures mortes dans lesquelles la bouteille, les fruits, les verres et la nappe éclatent d’une vie lumineuse comme si le peintre mourant infusait sa vie encore jaillissante dans ces objets quotidiens en train de devenir pour lui une image rétinienne qu’il voudrait emporter avec lui quand ses yeux se seront définitivement fermés.
Allez voir Cézanne, mieux essayez de l’écouter, d’entendre sa musique qui vous semblera d’abord une rengaine nostalgique et populaire, un témoignage d’un temps lointain, mais dont vous comprendrez un jour qu’elle ne vous quittera jamais plus parce qu’elle est la parole d’un géant.

Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 07/11/2011
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