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Cachemire

23/05/2011
Cachemire
Pour beaucoup de Français, ce nom évoque une laine remarquablement douce et malheureusement très coûteuse que nous croyons bien à tort originaire de l'Ecosse ou de la Nouvelle-Zélande.
D'une certaine manière, la naissance de l'Etat princier de Jammu et Cachemire au milieu du XIXème siècle est intimement liée à cette qualité de laine puisque le traité par lequel il avait été créé du fait de la vente par la Grande-Bretagne du Cachemire à un prince de Jammu prévoyait entre autres que ce dernier devrait chaque année remettre à la Couronne britannique plusieurs chèvres Hymalayan dont on tire la fameuse laine... (article 10 du traité d'Amritsar du 16 mars 1846, selon lequel le Maharajah Gulab Singh remettra chaque année au gouvernement britannique : « twelve shawl goat of approved breed (six males and six females) and three paires of Cashmere shawls »).
La réalité contemporaine du Cachemire n'est cependant ni douce, ni chaude comme l'est le « pashmina » : c'est même aujourd'hui la zone de conflit la plus dangereuse du monde come l'indique d'ailleurs le titre du dernier numéro de the Economist : « The world's most dangerous border ».
J'ai eu l'occasion la semaine dernière de rencontrer assez longuement un homme qui est à lui seul un résumé de cette histoire complexe, le docteur Karan Singh, membre du Sénat indien, ancien professeur de sciences politiques et aussi fils unique du derniers Maharajah de Jammu et Cachemire.
Bien que préférant se faire connaître sous le nom de « Docteur Karan Singh », ce prince a régné sous des formes diverses, comme régent ou comme gouverneur, pendant une vingtaine d'années sur l'Etat de Jammu et Cachemire.
Nous avons eu une longue conversation avec l'ambassadeur du Pakistan à Paris, le Docteur Karan Singh et votre serviteur. J'ai constaté avec intérêt que le prince militait clairement pour une solution pacifique et raisonnable du conflit, admettait que ce règlement devait reposer sur la frontière de facto qui est en fait issue de la ligne de démarcation lors de l'arrêt des hostilités à la fin du premier conflit indo-pakistanais en 1948.
Il nous a rappelé que des pas importants vers le règlement du conflit avaient été franchis notamment à l'époque du général Musharraf, lorsque celui-ci dirigeait le Pakistan puis, plus récemment grâce aux initiatives du Premier ministre Manmohan Singh même si les attentats de Mumbaï dont les auteurs étaient pakistanais, avaient semé le trouble dans l'opinion publique indienne.
Mais il a aussitôt indiqué que le fait que ces terroristes soient venus du Pakistan ne signifiait pas que le gouvernement de ce pays en était le complice ou l'instigateur.
Il a admis la comparaison que j'ai faite avec les très nombreux attentats commis par des terroristes basques en Espagne qui ont souvent eu leur base arrière sur le territoire français alors même que le gouvernement français les poursuit sans relâche mais ne parvient pas toujours à les débusquer.
Le monde se rend compte aujourd'hui que le problème le plus grave qui menace globalement sa sécurité n'est pas ou n'est plus le conflit au Moyen-Orient mais bien celui qui oppose sur les hauteurs de l'Himalaya un empire d'un milliard deux cents millions d'habitants à un voisin de près de 200 millions d'habitants, disposant tous les deux d'un impressionnant arsenal nucléaire et de très puissantes armées.
Et l'on ne saurait être complet sans rappeler que la Chine revendique le Ladakh indien qu'elle considère non sans raison comme une partie historique du Tibet tandis que l'Inde conteste l'occupation par la Chine d'une partie de l'ancien royaume du Cachemire.
Ce conflit historique est inextricablement mêlé à la question de l'Afghanistan et du reste lorsque le maharajah Hari Singh a fait appel à l'Inde et à son armée pour assurer la sécurité de son royaume tout en acceptant de la réunir au dominion de l'inde, il a cité à juste titre l'invasion des guerriers pashtounes provenant de la zone tribale du Pakistan.
Au cours des prochaines années, toutes les diplomaties du monde vont devoir se concentrer sur ce problème si nous ne voulons pas que le Cachemire ne devienne l'équivalent des Balkans pour la prochaine guerre mondiale comme le dit le Docteur Henry Kissinger dans une récente interview du Financial Times en date du 21 mai 2011.

Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 23/05/2011
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