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BoJ

18/04/2013
BoJ
Le titre de ce billet désigne la banque centrale du Japon dont le lecteur doit se demander en quoi elle pourrait influencer l’actualité nationale ou régionale.
Pourtant, la révolution culturelle que vient de lancer cette banque centrale apportera peut-être une réponse à la très grande inquiétude du moment sur l’éventualité d’une augmentation des taux d’intérêt sur les obligations publiques tout en faisant peser sur l’économie mondiale de nouveaux risques à plus long terme.
Dans un récent billet intitulé « Les fantômes de 1994 », j’avais émis l’hypothèse, toujours d’actualité, selon laquelle nous pouvions craindre une augmentation brutale des taux d’intérêt sur les obligations publiques, c’est-à-dire sur les emprunts émis par les Etats. Si, en effet, le volume de ces emprunts augmente brusquement cette année parce que ces Etats, depuis le début de la crise ont emprunté beaucoup plus massivement qu’auparavant et à plus court terme, tandis que les marchés financiers et les obligations privées paraissent plus attractifs, cela entrainera mécaniquement une forte augmentation des taux d’intérêt que devront payer les Etats pour emprunter dans le public. Cette augmentation pourrait être de l’ordre de quatre points, ce qui représenterait, à terme pour le Trésor public américain une charge supplémentaire de 600 milliards de charges par an et pour la France une charge de 80 milliards par an.
Le seul moyen d’éviter cela serait évidemment que les banques centrales se mettent à acheter encore plus massivement qu’auparavant des emprunts publics, provoquant une immense création monétaire supplémentaire qui entretiendra, non pas une poussée inflationniste mais une aggravation des phénomènes spéculatifs dans un monde déjà gravement déstabilisé par une folle spéculation.
En tout état de cause, l’annonce de la Bank of Japan (BoJ) qu’elle souscrira désormais des bons du Trésor de son pays à hauteur de 75 milliards de dollars par mois est évidemment un phénomène qui entraîne dans toute l’Asie des effets sur les émissions publiques et même aux Etats-Unis puisqu’on a constaté une diminution sensible et corrélative des taux de souscription des bons du Trésor américain.
Tout cela peut paraître affreusement technique et ésotérique mais témoigne de la folie ou, plus exactement, de l’état de dépendance qui fait reposer la survie économique de notre monde sur des décisions qu’un esprit ordinaire, animé par le sens commun, pourrait objectivement qualifier de folles.
La dette par habitant du Japon est l’une des plus élevées au monde. Elle est couverte aujourd’hui par l’épargne japonaise qui déposée dans le système financier japonais, en particulier à la poste, finance à peu près totalement les émissions massives d’emprunts publics.
La décision de la BoJ de souscrire des bons du Trésor ne correspond donc à aucun besoin de financement de l’Etat japonais mais à une volonté macro-économique : il s’agit non plus de financer l’emprunt public par l’épargne mais par la création monétaire et sans doute de permettre à l’épargne ainsi libérée de financer l’investissement dont la croissance économique japonaise aurait grand besoin.
C’est donc une situation très différente de celle des Etats-Unis ou de l’Europe où il y a bien longtemps que l’épargne publique ne finance plus les emprunts d’Etat.
Néanmoins, cette politique nouvelle de la BoJ peut ouvrir la voie à une nouvelle phase de création monétaire qui, à court terme, nous éviterait l’inconvénient majeur d’une hausse des taux d’intérêt sur les emprunts publics mais qui alourdirait objectivement la masse des capitaux spéculatifs, ce qui contribuerait inévitablement à une nouvelle explosion de bulles spéculatives.
Depuis six ans que la crise a éclaté, le monde vit dans cette folie et jongle en permanence dans une sorte d’exercice de cavalerie financière de plus en plus monstrueuse.
Quoi qu’il arrive désormais : plus dure sera la chute, moins pour les spéculateurs que pour les peuples qui devront bien, en définitive, payer très durement la facture.

Commentaires (4) | Rédigé par Paul Giacobbi le 18/04/2013
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