Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse

Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Conseiller à l'Assemblée de Corse


   

Ainsi s'interroge, dans son édition datée du 6 octobre 2009, le journal Le Monde et c'est une question tout à fait fondée que se posent la plupart des commentateurs dans la mesure où l'on peut sommairement estimer que la contribution du secteur public, banques centrales et Etats, au système financier au cours de la dernière année représente une injection d'environ dix mille milliards de dollars, pour un PIB mondial de l'ordre de 60 000 milliards de dollars.

Ce chiffre, qui ne vaut que pour être un ordre de grandeur, ne signifie pas du tout une augmentation corrélative de la masse monétaire mondiale et/ou de l'endettement des Etats.

En effet, s'il y a eu contribution du secteur public aux banques et donc, à ce titre, expansion de la liquidité, il y a eu corrélativement une vaste destruction monétaire, par dépréciation des actifs et des créances concernées, par la réduction drastique des crédits bancaires.

Par ailleurs et à l'inverse, ces contributions du secteur public au secteur financier, par exemple pour ce qui concerne les injections de liquidités en provenance de la banque centrale à destination des banques commerciales, constitue ce que l'on appelle non pas une augmentation de la masse monétaire mais une augmentation de la base monétaire qui permet précisément aux banques de prêter.

Par ailleurs, les déficits des Etats sont financés par l'emprunt, donc en quelque sorte par un recyclage de la liquidité, même si aux Etats-Unis la Fed prévoit de souscrire 300 milliards de dollars de bons du Trésor à long terme.

Sans entrer dans trop de détails, on peut néanmoins dire globalement que l'apport de liquidités au secteur financier a été très largement supérieur à la destruction monétaire et que si l'augmentation de la base monétaire n'a pas donné lieu à une augmentation corrélative de la masse monétaire, cette dernière se produira dès lors que l'on retrouvera un peu de visibilité et de croissance.

Au demeurant, au plus fort de la crise financière proprement dite, la croissance de la masse monétaire aux Etats-Unis, selon l'agrégat M2, a été, si mon souvenir est bon, de l'ordre de 15% en rythme annuel.

Aujourd'hui, dans le monde financier, l'anticipation de l'inflation est déjà largement présente et d'ailleurs, selon des tableaux présentés récemment dans le Financial Times, il y a une différence de l'ordre de deux à trois points entre les taux des bons du Trésor garantis par rapport à l'inflation et ceux qui ne le sont pas.

Tout étudiant ayant franchi le cap du Deug en économie connaît l'équation tautologique d'Irving Fischer (MV=PT) par laquelle la masse monétaire (M) est étroitement corrélée au volume des transaction (T) et au niveau général des prix (P) moyennant une pondération par la variation de la vitesse de circulation de la monnaie.

Ceci veut dire en clair qu'il n'est pas concevable qu'une augmentation sensible de la masse monétaire ne se traduise pas par de l'inflation sauf le cas où elle s'accompagnerait d'une chute extraordinairement violente du volume des transactions et/ou d'une augmentation surprenante de la vitesse de circulation de la monnaie (V).

On peut imaginer que jusqu'à présent l'augmentation de la masse monétaire n'a pas produit, ou très peu, d'inflation parce que l'activité commerciale, notamment sur le plan international, a diminué de manière sensible. Mais dès que la croissance, même très modeste, reviendra, et que le commerce repartira, même timidement, l'inflation réapparaîtra.

La question que pose Le Monde est parfaitement justifiée mais il est à peu près inconcevable que les Etats, saisis soudain d'une vertu qui ne les a jamais vraiment caractérisé depuis deux mille ans se mettent à augmenter massivement leurs impôts et à diminuer massivement leurs dépenses pour seulement retrouver la situation qui était la leur avant la crise.

S'agissant simplement de la France où l'on peut estimer que le déficit structurel du budget de l'Etat se situe aux alentours de 50 milliards d'euros par an et où la crise a engendré un déficit conjoncturel de l'ordre de 100 milliards d'euros par an, on voit mal comment la République pourrait raisonnablement s'en sortir simplement par l'impôt et les économies.

Il faudrait en effet pour rattrapper 200 ou 300 milliards d'euros d'aggravation de nos dettes du fait de la crise envisager cinq ou six années pratiquement sans déficit, voire avec un excédent en dizaines de milliards d'euros !

Aux Etats-Unis, je ne suis pas assez intelligent pour comprendre les calculs du bureau du budget américain ou, plus exactement, il me semble qu'il faudrait à peu près 15% de croissance annuelle du PIB pour que leurs projections deviennent un tant soi peu réalistes !

Je dois m'excuser auprès des lecteurs de ce blog pour des considérations aussi indigestes et je lui demande de ne retenir qu'une chose : au point où nous en sommes, en France et ailleurs, il doit s'attendre à une certaine augmentation des impôts mais plus encore à un retour durable d'une dose très significative d'inflation.


Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 05/10/2009
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