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2 août 1914, Marcel Proust prophète...
La guerre de 14, sans doute la véritable première guerre mondiale, a été déclarée entre la France et l'Allemagne, le 3 août 1914. Il n'est que de lire les journaux de l'époque, les débats parlementaires ou la littérature qu'ont inspiré ces journées fatidiques pour comprendre que personne n'imaginait une tuerie à millions de victimes et n'avait réalisé l'échelle planétaire de cette guerre qui embraserait les grandes nations d'Europe et par là leurs empires respectifs dans le monde entier.
Le dimanche 2 août au soir, Marcel Proust écrit dans une lettre à son parent, banquier et ami, Lionel Hauser, cette phrase véritablement prophétique : « Quand je pense que des millions d'hommes vont être massacrés dans une Guerre des Mondes comparable à celle de Wells, parce qu'il est avantageux à l'empereur d'Autriche d'avoir un débouché sur le Mer Noire », ou encore : « J'espère encore, moi qui ne suis pas croyant, un suprême miracle qui arrêterait à la dernière seconde le déclenchement de la machine omni-meurtrière ».
Quelques ignorants peuvent penser que Marcel Proust était un homme du passé, un snob attaché aux vanités d'un monde en extinction, un bourgeois jouissant égoïstement de sa fortune ou encore un esthète reclus dans ses pensées et ignorant les malheurs de son temps.
Il nous démontre superbement le contraire en quelques mots d'une lettre dont l'objet principal est d'ailleurs de s'interroger sur la décision qu'il doit prendre dans des placements boursiers (« 200 Tramways de Mexico », Marcel Proust a toujours eu un faible pour les placements exotiques mais terriblement hasardeux qui contribueront à le ruiner mais dont les noms évocateurs n'ont jamais cessé de l'enchanter...).
Ces phrases sont véritablement extraordinaires :
« une guerre des mondes » est peut-être la première apparition de cette appellation qui viendra beaucoup plus tard de « guerre mondiale » ;
« des millions d'hommes », est aussi prophétique puisque les armées françaises ont perdu moins d'un million d'hommes dans les guerres napoléoniennes et que la guerre de 1914-1918 en tuera près de 1 500 000 et que personne n'imaginait un tel carnage en août 1914.
« machine omni-meurtrière » est peut-être encore plus extraordinaire puisque tout à la fois Proust évoque une mécanique qui échappe aux hommes qui l'ont imaginée puis construite et ses conséquences morbides pour tout ce qui l'entoure. Il faudra attendre la guerre froide et la peur qu'inspirera l'arme nucléaire pour que de telles expressions apparaissent dans notre vocabulaire et que de tels concepts inquiètent nos esprits.
Je pourrais encore relever qu'en 1906 Proust commence à écrire son oeuvre fondamentale où la relativité du temps, la révolution de la société et de l'esthétique sont les thèmes essentiels. Roland Barthes a, dans une étude décisive, évoqué et daté ce moment où, dit-il, « la mayonnaise prend ».
1906, c'est l'année où l'histoire s'accélère avec les grandes grèves en France, où la science invente un univers nouveau avec la théorie einsteinienne de la relativité, l'année ou Cézanne peint « Les Grandes Baigneuses » et Picasso « Les Demoiselles d'Avignon » ».
On ne le dira jamais assez : Proust est sans doute à la recherche du temps perdu mais il est plus que tout autre, non seulement un homme de son temps, mais un des rares qui font avancer leur temps.

Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 22/12/2011
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