Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


   

Mon intervention en discusion générale, le 14 cotobre 2014.


Le président de notre groupe devant intervenir sur le projet de loi de
finances, je me bornerai à quelques observations sur la loi de programmation des
finances publiques.
La programmation des finances publiques est une construction intellectuelle qui
emprunte beaucoup aux mathématiques, ce qui lui donne une apparence de rigueur,
tout en omettant de tenir compte de données fondamentales et incontournables, ce qui
rend les projections à ce point erronées qu'elles en deviennent poétiques. Dans le genre
de la fiction poétique cependant, nous sommes encore loin de 1' Office of management
and budget des Etats-Unis d'Amérique.
Au nombre des données fondamentales que nous omettons de prendre en compte dans
cette odyssée financière, ce scénario dont nous savons bien qu'il ne se réalisera pas, il y
a le fait que, sur une période de cinq ans et en l'absence de tout dynamisme de
croissance, les restrictions budgétaires produisent un effet déflationniste. La situation
actuelle de l'Europe en est une magnifique illustration.
Certaines théories, d'ailleurs controversées, comme celle des professeurs Rogoff et
Reinhart, prétendent que la rigueur produit des effets de croissance au-delà de sept ou
huit ans. Cependant, outre que nos projections ne dépassent pas cinq ans, l'expérience
récente des cures budgétaires européennes nous conduit à constater que le remède tue
le malade avant de le guérir - je mets à part le cas de pays comme la Grèce qui, dans
l'absence de réelles structures économiques, n'est pas significatif à cet égard.
En second lieu, nous feignons de croire que la croissance sera mécaniquement
relancée par de simples allégements de charges, présents ou futurs. Sans nier la
possibilité d'un effet positif de l'allégement des charges, on peut dire qu'il ne produira
que peu de résultats en l'absence de réformes structurelles visant à restaurer la fluidité
du marché du travail et l'attractivité de l'investissement en France.
Au-delà des incantations, des pavés jetés dans la mare, des pétitions de principe sur le
« business » que l'on aime et le « bashing » que l'on déplore - tout cela dans le respect
de la loi Toubon - , la flexibilité du marché du travail doit être restaurée, comme le
soulignait Jean Tirole, nouveau lauréat du prix d'économie décerné en souvenir d'Alfred
Nobel, en s'appuyant sur une analyse scientifique de la connaissance des acteurs.
Celui-ci si déplore par exemple qu'un juge, qui n'a aucune compétence dans ce
domaine, puisse avoir à apprécier la validité d'un choix économique de licenciement,
alors que, selon lui, cet acte devrait être libre, quitte à demander à l'entreprise d'en
supporter les conséquences financières à travers la prise en charge de l'indemnisation
du chômage.
Quant à l'attractivité, elle suppose la confiance, qui est loin d'être revenue, en tout cas
chez les investisseurs étrangers. Même les capitaux français préfèrent s'investir à
l'étranger quand ils en ont la possibilité.
Plutôt que de réformer sans trop le dire ou de réformer progressivement dans le cadre
de concertations, vous procédez par effets d'annonce successifs suivis par autant de
crises de nerfs corporatistes et de reculades.
Enfin vous ne tenez pas compte, non pas du risque d'une nouvelle
crise financière, mais de la certitude qu'elle se reproduira à court terme. On m'a
reproché tout à l'heure de confondre 2007 et 2008. Le Journal officiel fait foi qu'à
l'automne 2007 je disais ici à Mme Lagarde que la crise financière, qui avait déjà pris
des proportions monstrueuses aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, allait bientôt nous
atteindre.
De même ont peu d'ores et déjà affirmer, sans être un expert ni même un lecteur
régulier de la littérature économique, que le flot de liquidités née d'une création
monétaire illimitée va submerger le monde.
C'est d'autant plus vrai que l'économie est entrée clairement en stagnation en Europe,
Allemagne comprise, et même en Chine. Quant au dynamisme apparent des États-Unis,
il est largement artificiel, puisque provoqué par la plus colossale création monétaire que
le monde ait connue.
Malgré ces remarques, je ne peux que rendre hommage à la compétence, au courage et
à la détermination budgétaire du Gouvernement. On ne peut pas lui reprocher de ne pas
inclure dans sa prévision le risque d'une crise financière majeure, ni d'avoir du mal à
lancer des réformes sur lesquelles tous les autres gouvernements se sont cassé les
dents, ni de s'efforcer d'entrer dans un cadre européen qu'il fait tout pour assouplir.
Le rapport politique au sein d'une majorité ne se réduit pas à la tentation de se
désolidariser quand cela va mal, encore moins à une pratique qui s'apparenterait au
chantage.
La loyauté qui est la nôtre n'est pas aveugle, elle n'en a que plus de mérite. Vous savez,
messieurs les ministres, que vous pouvez compter sur elle. (Applaudissements sur les
bancs du groupe SRC.)
Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 15/10/2014

4e Rencontres territoriales des Antilles et de la Guyane organisées par le CNFPT,1er octobre 2014


La Corse : un exemple de transition institutionnelle ?
Intervention de Paul Giacobbi, député, président de la Collectivité territoriale de Corse.

La Corse est malheureusement la victime des exactions de la criminalité organisée, elle semble perpétuellement agitée par ce fameux débat institutionnel dont l’écho lointain et souvent mal interprété, exaspère parfois l’opinion publique nationale qui semble ne pas comprendre qu’une population puisse revendiquer une reconnaissance officielle de la langue qu’elle parle tous les jours ou qu’elle puisse s’inquiéter de voir la quasi-totalité de sa propriété foncière passer aux mains de personnes non résidentes.
Pourtant, la Corse est aussi un territoire de la République où l’on peut relever des indices très positifs comme le renoncement unilatéral et définitif à la violence par des organisations « politiques » qui l’ont utilisée pendant des décennies ou comme une forte attractivité démographique dont témoigne une croissance migratoire soutenue.

C’est aussi un territoire de la République où :
- Des concepts institutionnels, juridiques et fiscaux ont déjà été expérimentés sur de longues périodes et pourraient servir d’exemple quand ils n’ont pas encore été déjà étendus à d’autres parties du territoire national (I).
- Le débat « institutionnel » se développe depuis quatre ans dans un cadre démocratique et largement consensuel mais réunissant de très larges majorités au sein de notre assemblée régionale en s’appuyant notamment sur une expertise académique de premier plan, ce qui pourrait parfois inspirer d’autres territoires de la République subissant des problèmes comparables et se trouvant à la recherche de solutions analogues (II).
Commentaires (7) | Rédigé par Paul Giacobbi le 01/10/2014

Lemmings

24/09/2014
Lemmings
Contrairement à une légende, les lemmings, petits rongeurs arctiques, ne se suicident pas collectivement même s’il peut arriver, lors des migrations qu’ils effectuent chaque année, qu’une partie d’entre eux disparaisse dans des bousculades se produisant au bord de falaises…
L’image est cependant restée dans notre vocabulaire que parfois certaines catégorie d’êtres humains se conduisent comme des lemmings et se suicident collectivement.
J’ai suffisamment donné mon opinion sur la SNCM pour ne pas y revenir mais nous trouvons un autre exemple particulièrement choquant de ce comportement collectif suicidaire avec la grève des personnels navigants techniques d’Air France, c’est-à-dire des pilotes.
Outre que le statut extravagant desdits pilotes rend leurs revendications particulièrement déplacées, il convient de souligner que ce n’est pas ce statut qui est en cause pour ce qui les concerne mais le fait pour la compagnie de pouvoir développer une filiale, Transavia, qui puisse avoir ses propres pilotes dont le statut et la rémunération se rapprocheraient un peu de la moyenne européenne et mondiale de la corporation qui n’est d’ailleurs à plaindre nulle part dans le monde.
On rappellera simplement, pour donner une idée des enjeux, que la caisse de retraite complémentaire de ces malheureux agents, malgré le faible nombre des ressortissants, dispose d’une réserve de 3,6 milliards d’euros…
Plutôt que d’annoncer une xième renonciation à la recherche d’un minimum de compétitivité pour Air France, ce qui condamne la compagnie à disparaître à moyen terme, chacun doit être conscient qu’il faut organiser une mutation, respectueuse des droits acquis, faute de quoi, on pourra effectivement assimiler le comportement des pilotes d’Air France à celui des lemmings.
A un détail près cependant : si tant est qu’ils se suicident collectivement, les lemmings n’entrainent pas dans leur chute d’autres espèces, alors que les pilotes d’Air France, actuellement en fonction, risquent d’entraîner dans leur chute les personnels au sol de la compagnie et les personnels navigants commerciaux, c’est-à-dire les hôtesses et les steward qui ont dû accepter au cours des dernières années, de très significatives évolutions de leur statut pourtant infiniment moins favorable que celui des pilotes.
Les uns et les autres peuvent se trouver demain privés d’emploi mais l’une des différences est que les pilotes de ligne partant à la retraite bénéficieront des réserves colossales de leur régime de retraite complémentaire tandis que les autres partageront le sort des salariés ordinaires infiniment moins favorable.
A un moment où l’on parle de patriotisme économique, une telle évolution conduira inévitablement à l’acquisition du réseau Air France par une compagnie moyen-orientale : après le Louvre à Abu Dhabi, ce qui est d’ailleurs plutôt une bonne idée, verra-t-on une compagnie Air France dont les capitaux seraient détenus par une monarchie des Emirats Arabes Unis tandis que le centre opérationnel et la direction se trouveraient transportés de Roissy aux rives du Golfe persique ?
Commentaires (6) | Rédigé par Paul Giacobbi le 24/09/2014

Couple

24/09/2014
Couple
Au chapitre des exportations de matériel militaire, le couple franco-allemand connaît de graves turbulences aéro-maritimes.
Le gouvernement allemand par la voix de Madame Merkel, comme par les prises de parole manifestement télécommandées de M. Manfred Weber, député européen et membre important de la CDU/CSU, exige que la France renonce à livrer les navires de transport Mistral à la Russie.
Pendant ce temps-là, le ministre allemand des affaires étrangères s’en va en Inde pour demander au gouvernement de ce pays de renoncer à acheter les avions Rafale français de Dassault, alors même que le contrat est prêt à être signé et que le gouvernement indien l’a officiellement annoncé, tandis que la proposition concurrente et principalement allemande de l’EuroFighter a été rejetée au terme d’une longue procédure par le gouvernement indien au profit du Rafale.
Ce qu’il y a de plus choquant, c’est qu’il semble que le ministre allemand laisse entendre que la France n’est pas un pays fiable en termes de livraison de matériel militaire comme le montrerait l’exemple de la livraison actuellement plus ou moins suspendue des navires Mistral à la Russie.

Tout ceci est assez déloyal et grave pour qu’il faille rappeler d’abord que les contrats doivent être honorés. C’est ce qu’avait fait dans un premier temps à propos du Mistral le ministre Laurent Fabius.
Ensuite, il conviendrait que nos partenaires, alliés et amis, lorsqu’ils sont nos concurrents sur le plan commercial, le soient loyalement, c’est-à-dire s’abstiennent de demander à nos clients de revenir illégalement sur les décisions qu’ils ont pu prendre en notre faveur. Le gouvernement indien ne peut légalement à ce stade préférer une offre écartée dans le cadre d’une procédure d’appel d’offres achevée depuis plus de deux ans.
Parmi les nombreuses choses qui peuvent rendre la vie d’un couple difficile, il y a ce comportement d’un des conjoint qui ne respecte plus l’autre, se moque de lui en public et lui marche sur les pieds en permanence, au sens propre comme au sens figuré.
Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 24/09/2014
Le deuxième référendum écossais
L’Ecosse s’est prononcée hier, à une large majorité, en faveur du maintien de la nation écossaise dans le cadre du Royaume-Uni.
Le même jour, une très ancienne institution écossaise, le fameux club de golf de St Andrews, a organisé une consultation parmi ses membres afin de savoir s’ils étaient d’accord pour accepter des femmes dans leurs rangs.
Les 2400 membres, exclusivement masculins, du Royal and Ancient Golf Club ont pris part à un vote qui a accordé à 85% le droit aux femmes de devenir des membres à part entière du club.
Dorénavant, seuls trois clubs réputés restent exclusivement masculins au Royaume-Uni, le Honourable Company of Edinburgh Golfers de Muirfuild, le Royal Troon (sud-ouest de l'Ecosse) et le Royal St George's (sud-est de l'Angleterre).
Le résultat contre l’indépendance de l’Ecosse est plus controversé, mais ce référendum historique a pour conséquence immédiate une nouvelle évolution des liens entre l’Ecosse et le Royaume-Uni. C’est le sens de la déclaration de David Cameron qui s’est dit prêt à octroyer des pouvoirs renforcés aux quatre nations qui composent le Royaume-Uni.
Nous espérons que cet exemple donnera à réfléchir à ceux qui ne mesurent pas les enjeux des questions d’identité régionale, d’autonomie politique, voire de reconnaissance officielle des langues régionales et mènent des combats d’arrière-garde contre les soi-disant "égoïsmes", "populismes" et "séparatismes".
Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 19/09/2014
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